News - 23.09.2019

Mourad Guellaty - Tunisie 2019 : Le règne de l’obscurantisme

Mourad Guellaty  - Tunisie 2019 : Le règne de l’obscurantisme

"La place de l’obscurantisme est l’obscurité" (Hugo Barbier)

Même s’il fait souvent beau et lumineux  dans notre beau pays, il fait  noir dans nos têtes et nos esprits, depuis que la Tunisie  ne cesse de poursuivre sa descente en enfer d’une obscurité qui ne cesse de nous côtoyer.

L’obscurité, refuge de l’obscurantisme,  n’a pas à juste titre  bonne presse, et tous les commentaires la concernant ne sont pas joyeux.
Seules les salles de cinéma lui offrent un espace, qui peut dans certains cas contribuer à instiller la culture dans les esprits attentifs et gourmands.

Partout ailleurs, l’obscurité est un allié difficilement maitrisable et de préférence à éviter  dès lors que cela est possible.

Hugo Barbier, éminent juriste et écrivain à ses heures,  affirme que "sans l'obscurantisme des pensées étriquées, l'homme aurait les yeux plus grands que l'Univers".

Les petites pensées, celles qui résultent du regard de l’homme sur sa seule proximité, ne peuvent le conduire qu’à s’installer dans un horizon rétréci, dans une petite ambition, autour de sa seule personne, sans voir plus loin pour se rendre compte que le bonheur est bien celui qui se distribue autour de soi, dans un univers qui comprend sa famille, ses amis, son pays et au-delà, quand l’idée et l’action sont  grandes, souveraines et généreuses. 

Est-ce bien ce que notre pays connait depuis les évènements de 2011, qui ont marqué la fin d’une ère autocratique et donné un espoir immense d’une marche en avant  vers la démocratie et  le progrès économique ?

L’ambition personnelle moteur de l’action politique

A tous les niveaux de l’action politique, notre peuple se déchire, que ce soit au sein des instances représentatives nationales ou  dans le cadre plus étroit des régions et des communes, les citoyens  depuis le "Omda" jusqu’à plus haut  se  livrent à des guerres d’image et d’annonce pour le bouquet final, celui d’être en position de victoire le jour J de la "grande illusion".

Ce jour là, ils seront nombreux à briguer le fauteuil suprême, à défaut ils se tourneront vers d’autres horizons, et peut être d’autres ambitions : un mandat de représentant du peuple, de type députation, voire une mairie d’une grande ville, ou enfin une promesse d’un fauteuil dans la grande fonction publique,  dans une belle ambassade ou dans une entreprise industrielle ou commerciale "intéressante", bénéfices élevés et risques modestes !

L’ambition politique n’est cependant pas discrète, elle s’affiche au risque de créer dissensions, animosités et de multiplier la concurrence.  Elle est particulièrement contagieuse, dés lors qu’elle est médiatisée, qu’elle encourage les moins audacieux à déclarer leur flamme,  celle de faire partie des élites " qui donnent leur temps et leur savoir au pays et à leurs compatriotes".

Elle crée ce grand mimétisme de l’ambition qui réduit drastiquement la sagesse de la réflexion, celle qui devrait conduire notre peuple au redressement de son économie si longtemps malmenée.

Redresser notre économie

Notre économie est en chute libre, seule l’économie parallèle, qui est devenue sa sœur jumelle permet de faire travailler ceux qui sont laissés sur le bord du chemin.

L’économie parallèle est un palliatif couteux, dans la mesure où, si elle permet d’offrir des emplois à des personnes qui en sont privés, est créatrice  de préjudices aux caisses de l’Etat et de la sécurité sociale.

Elle survit  en toute impunité au bénéfice de ceux nombreux qui la pratiquent, sans se soumettre aux paiements des taxes de toutes natures et des cotisations sociales.

Elle concurrence à faible coût, l’économie réelle qui se trouve ainsi dépourvue de revenus multiple qui devraient normalement lui être consacrés.

Notre administration et nos autorités, ont plus d’un souci à gérer, sont  faiblement armées et ont autres choses à faire que de se confronter à cette hyène transparente intangible et obscure.

Conclusion

Redresser notre économie, exige que nous sachions parfaitement de quels éléments elle est faite, et de quels maux elle souffre.

Rien n’indique, en effet, que nous maitrisons totalement ses contours, du fait de l’importance de sa composante informelle pas toujours facile à appréhender.

Nous sommes, en ce domaine, dans l’absence de certitude, ce qui ne devrait pas nous empêcher d’élaborer des hypothèses  fiables, qui nous permettront de mettre un terme à la chienlit actuelle et construire ensemble, nous tous citoyens tunisiens, sans exclusif ni dosage, une économie débarrassée de l’obscurantisme, forte et juste.

Selon Victor Hugo "l’âme ne se rend pas au désespoir sans avoir épuisé toutes les illusions".
Que Dieu fasse que nous gardons tous encore quelques illusions ….

Mourad Guellaty

 

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5 Commentaires
Les Commentaires
Habib OFAKHRI - 24-09-2019 00:55

Selon les stats,le déficit provient de l'ardoise salée de l'énergie et de l'alimentation.Solution: -Promouvoir l'investissement dans la prospection des hydrocarbures et énergies renouvelables . -Axer l'agriculture sur les cultures intensives par le biais des semences locales et durables. -Rationaliser les ressources hydriques en donnant la priorité à l'eau potable pour tous et rejeter ces énièmes licences d'exploitation de l'eau qui n'a de minerale que le nom. Pourquoi se voiler la face? A sa manière le secteur formel favorise indirectement l'informel: quid de la ristourne de la TVA ,des impôts sur le chiffre d'affaires.?Comment s'assure-t-on que les sociétés exportatrices n'injectent sur le marché local que 10pc de leur production? Aussi,importe-t-il de stopper l'hémorragie des importations pacotilles et superflues de Chine et de Turquie et d'autres pays (plastique,gadgets ,chaussures et textiles,electro-menagers ,fruits secs,friperie..).A cela s'ajoute la contrebande des cigarettes et des spiritueux.Et la liste peut s'allonger... L'État doit stabiliser le marché jusqu'à épuisement des stocks intrants et sevir sur les barons fraudeurs à la loi (surfacturation,fausse déclaration ,dumping...) Le prochain quinquennat devrait être inauguré par "un état d'urgence économique " pour rétablir les équilibres socio-économiques et faire en sorte que s'incrustent la morale et l'éthique dans le mental des administrateurs et administrés. La génération post-independance a été bernée par l'idéologie de "l'unité nationale".Celle post-révolution post-independance a compris que cette unité a longtemps masqué les disparités entre les citoyens honnêtes et les régions de la Tunisie profonde...

Mohamed ben Youssef ben ABDALLAH - 24-09-2019 11:03

Comme toujours, LA TRIBUNE DE SI GUELLATY BRILLE PAR SA PERTINENCE. BRAVO !

Michka ben Alitoumi - 24-09-2019 19:04

Hélas Mr Guellaty a raison, puisque l'obscurantisme règne en maître sur la politique et sur la pays. Michka ben Alitoumi

Naboultane Fatma - 25-09-2019 09:07

Pertinent, pertinent et demi. BRAVO !

Naboultane Fatma - 25-09-2019 16:35

On aimerait que tout cela ne soit pas vrai. Hélas c'est en deçà de la vérité! Fatma

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