News - 27.05.2012

Les conseillers de Marzouki ont-ils le droit de critiquer publiquement le gouvernement ?

Si la révolution a libéré la parole, l’obligation de réserve doit-elle être maintenue pour les conseillers du président de la République ? La question est posée après la multiplication, la semaine dernière, des prises de parole publiques de nombre d’entre eux, déclenchées en orgues de Staline, allant pour certains jusqu’à demander au gouvernement de démissionner, le conseiller économique, Chawki Abid, certes connu depuis longtemps pour son franc parler, Adnene Mancer, porte-parole officiel et Ayoub Massoudi, en charge de la communication, ne se sont pas privés de monter au créneau. 
 
Abid exprime son mécontentement de la manière dont le gouvernement Jebali conduit les affaires de l’Etat et demande rien moins que sa démission. Manser, s’attaque au fonctionnement du ministère de la Justice, dénonçant un retard dans l’expédition des affaires de corruption et de compromission, laissant à peine entrevoir son vœu de voir l’échafaud installé sur la place publique et la guillotine reprendre service sous une justice populaire au nom de la révolution. Quant à Massoudi, il prend pour cible le gouverneur de la Banque centrale, Mustapha Kamel Nabli, se demandant pourquoi il demeure encore en poste ?
 
Le la est donné ! La classe politique, toutes tendances confondues, assiste non sans stupéfaction, à ces grands déballages et tiraillements entre alliés de la Troïka. Si les critiques ne surprennent personne, c’est leur expression publique, par des membres du cercle rapproché du président de la République qui vient rompre une longue tradition instituée en Tunisie et dans de nombreux pays. Le propre d’un conseiller c’est de rester dans l’ombre de son patron en s’imposant une totale discrétion médiatique. Sa mission était jusque-là, surtout d’étudier les dossiers qui lui étaient confiés, de rédiger des notes avec des éclairages et des propositions, de murmurer à l’oreille du chef et d’assurer le suivi des décisions qu’il aura prises. Il est que le conseiller sorte de la zone privée pour s’exprimer en public et sur instruction du président lui-même, nous n'en sommes pas dupes, afin d’étayer une position du chef, l’expliciter et la faire porter. Jamais pour mettre en avant ses propres idées et positions. Tout ce qu’il dit est en effet censé traduire la pensée du chef.
 
Cest peut-être, une illustration du changement que la  nouvellela nouvelle équipe de Carthage nous a promis : prendre sa liberté et se lancer dans les médias et les réseaux sociaux, « à titre personnel », souligne-t-on avec insistance et revendiquant le droit à la libre expression. A quoi faut-il s’attendre ? Sans doute, à ce que les autres conseillers des autres dirigeants leur emboîtent  le pas et se répandent en répliques et contre-attaques, mais aussi à d’autres positions et remises en cause ? On imagine la  cacophonie qui s’installera et l'image  que donnera d’elle-même la Troïka ?
 
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