Coupe du monde et géopolitique: La crise mondiale en toile de fond
Par Mohamed Kilani - La Coupe du monde se tiendra cette fois dans un contexte très complexe sur fond de guerres, de crises économiques et de conflits latents qu'une étincelle pourrait transformer en affrontement armé. A l’innovation de confier l'organisation à trois pays, et l'évolution du nombre de participants à quarante-huit, se greffe la question de l'Iran dont la qualification au tournoi final n'est pas synonyme de présence effective.
Le spectre de la guerre ne quittera nullement les esprits des protagonistes de tous bords. Ce qui exige un service de sécurité vigilant et réactif au besoin lors des 114 matches du 11 juin au 19 juillet 2026.
Quant aux indicateurs financiers, ils ne trompent pas. Commençons par les droits de télévision. Déjà la Chine et l’Inde - soit 20% des droits - sont encore récalcitrantes, préférant l’attentisme pour obtenir de meilleures conditions. Le décalage horaire est parmi les arguments plaidant pour cette négociation. La Fifa compte néanmoins engranger pour cette édition quatre milliards de dollars. Un signe du gigantisme rampant qui caractérise cette multinationale de premier ordre.
A titre indicatif, ce qui peut paraître burlesque pour les uns, anecdotique pour les autres, le président de la Fifa a multiplié ses revenus par quatre en huit ans. Il perçoit annuellement 5,2 millions d'euros, ce qui équivaut à cinquante mille dinars tunisiens par jour. Mais la Fifa est, depuis Joao Havelange (président de 1974 à 1998), un foyer de scandales financiers, de corruption et de magouilles, notamment lors des campagnes électorales pour l’attribution de l’organisation de la phase finale de la Coupe du monde.
En outre, la hausse des prix des billets, l'impact de la guerre en Iran sur le pétrole, et donc le transport aérien, la révision du transport dans les métropoles américaines du Mondial, tout cela constitue une menace pour la réussite de la Coupe du monde. Sport populaire à l'origine, le football n'est plus un spectacle accessible ou bon marché. Aucun téléspectateur ne pourra suivre gratuitement un match de haut niveau. Même les espaces dédiés en plein air aux retransmissions des matches sont payants. Dans les cafés, la consommation risque de connaître une révision conséquente des tarifs.
Les menaces sur le football ont été par le passé occultées par la Fifa. En 1970, le football a été à l'origine d'un conflit armé entre le Honduras et San Salvador après un match qualificatif au Mondial mexicain.
En 1978, la dictature militaire en Argentine a pesé de tout son poids pour conduire l'équipe nationale vers le sacre final, après un décisif Argentine-Pérou (6-0) qui a barré la route de la finale au Brésil.
En 1986, la guerre des Malouines a été en arrière-plan du match Argentine-Angleterre, animé par la main de Dieu de Maradona, en guise de revanche sur les assaillants militaires anglais, et le but du siècle inscrit par ce même génie du football, ressenti comme une humiliation par les Britanniques. Ayant organisé seuls la Coupe du monde en 1994, les Américains comptent sans doute sur cette édition pour soigner une image ternie par l'arrogance et des dépassements dans plusieurs domaines. Le rêve américain, autrefois perçu comme une aspiration chez les jeunes et même les moins jeunes, s'est transformé en un rejet d'une culture dominatrice sans éthique et portée sur des principes de plus en plus éloignés de l'image d'autrefois.
Mohamed Kilani
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