News - 25.06.2018

Encore un haut fait d’arme à l’actif de l'armée israélienne !

Encore un haut fait d’arme à l’actif de l'armée israélienne !

Le prestigieux journal médical britannique « The Lancet *» qui paraît chaque semaine depuis le 5 octobre 1823 a publié, dans sa livraison du 23 juin 2018, le texte qui suit écrit par Mustafa Barghouti, président de la Société Médicale Palestinienne de Secours (SMPS).

Le monstrueux assassinat de la secouriste palestinienne Razan Ashraf al-Najjar par la soldatesque sioniste a eu une répercussion mondiale grâce notamment à la vidéo diffusée par CNN.

On se souvient aussi de l’horrible  crime commis en février 2016 par le sergent  franco-israélien Elior Azaria  qui a tiré une balle dans la tête de Abdoulfattah Acharif, blessé et à terre,  ne présentant aucun danger. Cet homicide n’a été connu que parce qu’un Palestinien a filmé la scène et l’a mise sur les réseaux sociaux. Pour Netanyahou et sa clique fascisante, Azaria est un « héros ». Mais, malin comme le renard de la fable, le gouvernement sioniste a trouvé la parade : une loi va interdire de filmer les soldats de l’armée sioniste en action! La proposition de loi émane du député Robert Ilatov, du parti Israël Beiteinu dont le leader est l’extrémiste pro-colonie moldave Avigdor Lieberman,  ministre de la Défense  du gouvernement sioniste.

L’article de «The Lancet»

«Razan al-Najjar est une volontaire de premiers secours d’urgence de la SMPS. Elle était née le 13 septembre 1997 à Khuza,  dans la Bande de Gaza,  dans les territoires palestiniens occupés. Elle est décédée le 1er juin 2018 suite à un tir alors qu’elle aidait une personne blessée près de la frontière entre Israël et Gaza. Elle était âgée de 20 ans.

En début d’année, Razan al-Najjar a déclaré dans une interview au New York Times: «Nous avons un seul et unique but : sauver des vies et évacuer des gens. Nous voulons envoyer un message au monde : sans armes, nous pouvons tout faire.» Razan était une secouriste volontaire de l’ONG palestinienne SMPS. Elle travaillait près de la frontière quand un soldat israélien  lui a tiré dessus le 1er juin 2018 alors qu’elle aidait un homme blessé. Son collègue Mahmoud Abdoul Ati a été, lui  aussi,  atteint  alors qu’il s’occupait du blessé avec Razan ce jour-là. Il m’a dit que Razan était «une des personnes les plus engagées pour aider les  blessés et elle était particulièrement gentille avec ses collègues.»

Des milliers de gens, choqués par la mort d’une jeune femme qui remplissait son devoir humanitaire, ont suivi son cortège funèbre. Depuis son décès, beaucoup de personnes se sont présentées pour s’entraîner aux premiers secours en qualité de secouristes volontaires pour les urgences.
Razan a grandi à Khuza, une petite ville agricole près de la ligne d’armistice séparant la Bande de Gaza d’Israël, dans le district de Khan Younès. Ashraf, le père de Razan est mécanicien – actuellement au chômage- et sa mère,  Sabrine, est femme au foyer. Elle était l’aînée de ses trois frères et de ses deux sœurs. Elle a suivi les cours d’une école gouvernementale à Khuza mais n’a pu s’inscrire à l’Université étant donné les contraintes financières de sa famille.

A l’âge de 18 ans, Razan a commencé à se porter volontaire pour les urgences médicales de premiers secours chez SMPS. Dans ce but, elle a suivi plusieurs petits cours de premiers secours et d’aide infirmière chez SMPS, à l’hôpital al Nasser. Elle a alors travaillé comme volontaire avec SMPS et dans les hôpitaux d’al Nasser en prodiguant les premiers secours dans sa communauté. Depuis ce que nous, les Palestiniens,  appelons La Grande Marche du Retour du 30 mars 2018, Razan a donné les premiers secours et a aidé à évacuer les blessés comme intervenant  de front – de première ligne-durant les manifestations. Elle était connue pour sa force et son engagement.  Dans son interview au New York Times, elle a particulièrement insisté sur le fait que «être un paramédical n’est pas un travail d’homme seulement. C’est aussi un travail de femme. Les femmes ont à jouer ici un grand rôle en s’occupant des blessés.»

Le 1er juin 2018, Razan et  la SMPS fournissaient les premiers secours aux blessés et s’activaient à les évacuer. Les volontaires, y compris Razan portaient des uniformes blancs qui les identifiaient comme volontaires de premiers secours d’urgence. Razan et ses cinq collègues ont crié aux soldats israéliens pour les alerter sur leur qualité de soignants et de secouristes s’occupant des blessés et en levant les mains comme l’a montré la vidéo de CNN. Ils se trouvaient loin de la frontière et loin des manifestants. Soudain, un soldat israélien s’est mis à tirer à balles réelles. Razan a été atteinte. Elle a fait quelques pas avant de s’effondrer. Conduite à l’hôpital européen de Gaza, elle y rendit son dernier souffle. Deux autres volontaires de SMPS ont aussi été atteints aux jambes par balles mais n’ont pas été fatalement touchés. Un troisième collègue s’est cassé une jambe en  essayant  de s’échapper. Razan est le deuxième auxiliaire de santé tué par les soldats israéliens au cours des manifestations du Grand Retour. Ces attaques  ont affecté 240 autres membres  du personnel médical dont 29 agents ont été blessés par balles réelles.

Sa mère m’a raconté que Razan a passé sa vie à s’adonner au travail humanitaire de la SMPS. Elle a ajouté : «Personne ne peut dire ce que je ressens. Je veux dire au monde que  Razan est partie et que j’ai pris sa place. C’est pourquoi j’ai commencé à m’impliquer moi-même avec la SMPS en première ligne, au front.  Ce que Razan faisait était  un travail humanitaire et je ne peux comprendre  pourquoi ils l’ont tuée. Bien qu’elle ait été  exposée au danger et à de grandes contraintes, elle insistait sur le côté humain de son engagement. Quand j’ai commencé à me porter volontaire pour les premiers secours à la SMPS, j’ai réalisé la difficulté qui accompagne le service  des autres.»
Razan  vit dans le cœur de sa famille. Elle manquera cruellement à sa famille de la SMPS. Comme me l’a confié sa mère : «Razan est morte mais sa mission continue.»»
The Lancet, volume 391, n° 10139, p. 2496, 23 juin 2018.

Traduit de l’anglais par Mohamed Larbi Bouguerra

* La lancette est un petit instrument médical  à lame plate, acérée et tranchante, utilisé notamment pour la saignée et les incisions. Il y a une cinquantaine d’années,  dans notre pays,  les barbiers l’utilisaient, sous le nom de « nechtèn » pour saigner leurs clients souffrant, par exemple,  de maux de tête.  


 

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