Hommage à ... - 20.01.2013

Adieu, Serge Guetta

Adieu, Serge,

Serge Guetta vient de s’éteindre après une longue maladie. Il nous quitte discrètement, à sa manière, sans déranger personne. Né en Tunisie à Gabès et y ayant vécu jusqu’à l’âge de 41 ans, Serge est resté toute sa vie profondément tunisien.

Modeste, affable, proche des gens et attentionné, il a toujours fait preuve d’une grande curiosité intellectuelle, doublée d’une intelligence hors pair.

Serge est un développeur, au service de la collectivité.

En Tunisie d’abord, et aux côtés de son ami et premier patron, Feu Azouz El Mathari, il a fondé la Société Tunisienne de Banque, baptisée La Banque ! Il en a assumé pendant de longues années les plus hautes responsabilités. Il en a fait un instrument irremplaçable de financement du développement. Visionnaire, il l’a lancée avant l’heure, sur les routes de l’Afrique pour y installer de multiples filiales, en partenariat avec plusieurs Etats africains.

En 1969, il part pour une nouvelle aventure à la Banque Mondiale, aventure qui lui permet de retrouver les chemins de l’Afrique, de s’y installer de longues années durant, notamment à Kinshasa et à Abidjan. Ses relations avec les chefs d’Etats des pays hôtes ne  sont pas toujours simples. Il en est proche, tout en conservant la distance nécessaire à l’exercice serein de ses fonctions et à la clairvoyance objective de ses jugements et de ses conseils.

Parti en 1990 à la retraite, Serge retrouve rapidement le chemin de l’Afrique et du développement en assumant les fonctions d’administrateur délégué du groupe Chanic.

Au-delà de ses responsabilités professionnelles, et j’en ai oublié beaucoup, Serge était profondément humain, avait le sens de la famille et de l’amitié. Il se préoccupait des autres, était toujours curieux de se qui se passait en Tunisie. Il demandait des nouvelles de tous. Il était heureux de savoir que les autres faisaient leur chemin et avançaient. Il avait mis beaucoup de ses amis, simplement et spontanément sur les voies de la réussite, mais il n’en parlait jamais. Il n’était jamais avare d’un conseil éclairé, mais en même temps, il n’était jamais demandeur de quoi que ce soit. C’étaient toujours les autres qui reconnaissaient leur dette vis-à-vis de lui.

Je me souviens de lui me racontant sa surprise quand, dans un train, à la frontière suisse, alors qu’il allait faire la connaissance de la famille de son futur gendre, les policiers helvétiques lui faisaient remarquer qu’il manquait un visa à son passeport tunisien, lui qui avait couru le monde avec un laisser passer des Nations Unies et qui ne s’était jamais posé la question des frontières et des visas.

Il parlait de ses amis tunisiens, et ils étaient nombreux, au présent, des vivants et des morts, de leur passé et de leur présent, avec attachement et sincérité, sans nostalgie, ni regrets.

Serge était simple, attentionné et chaleureux. Il savait mettre tout le monde à l’aise. Il avait grand plaisir à recevoir, à cuisiner pour les autres et à partager, en portant toujours l’attention qu’il fallait à chacun.

Serge nous quitte aujourd’hui, mais il restera, à jamais, par ses qualités humaines, sa capacité à aimer, profondément proche de tous ceux qui l’ont connu ou approché.

La Tunisie, qu’il a aimée et servie, lui restera profondément reconnaissante.

Témoignage d’un ami tunisien, Radhi MEDDEB
 

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3 Commentaires
Les Commentaires
Zouheir Allagui - 21-01-2013 11:29

Bonjour et un Grang Merci Cher Ami Radhi Meddeb pour savoir exprimer les mots et le parfum de la reconnaissance pour un Ami tunisien parti sur d'autres rives,Serge Guetta,Paix à son âme.Il aimait son pays,sa région,Gabès et l'Afrique.La Tunisie coulait dans ses veines et en était très fier.C'est beau de témoigner de la reconnaissance pour des êtres qui ont donné ce qu'ils ont pu et pris si peu ! L'élègance du verbe,l'élan du coeur et cette modestie si peu commune et si peu partagée qui fait la Valeur de l'Humain.

BRAHIM Taïeb - 24-01-2013 15:01

C'est avec une réelle émotion que j'ai lu ce témoignage rendu à Serge Guetta. J'ai eu l'honneur et le privilège de l'avoir connu durant ma carrière à Jeune Afrique. Il était l'ami de Jeune Afrique et de son patron Béchir Ben Yahmed (sur la photo. cela aurait dû être précisé) et collaborateur épisodique par des tribunes - réflexions sur l'actualité économique et financière africaine. Chaleureux - affable - modeste, autant de qualités dont je peux en témoigner.

Ezedine Hadj-Mabrouk - 03-02-2013 13:59

En apprenant de l’article de Si Radhi Meddeb le décès de mon ancien collègue Serge Guetta, je tiens à exprimer ici ma tristesse et surtout mes condoléances à la famille de Serge. Aussi, je tiens à remercier Si Meddeb qui a effectivement trouvé les mots justes de reconnaissance à un des meilleurs tunisiens. Serge était profondément tunisien. Un simple geste de sa part m’avait fait découvrir au début des années 80 la profondeur de sa tunisianité et le remarquable professionnel et homme qu’il était. A la lecture du bulletin d’information interne de la Banque Mondiale de l’époque, Serge avait noté l’annonce du recrutement d’un jeune tunisien nommé Ezedine Hadj-Mabrouk. La même semaine je recevais à mon nouveau bureau à la Banque à Washington un coup de fil de quelqu’un qui s’est présenté comme étant mon compatriote et un collègue à la Banque. C’était Serge Guetta (que je ne connaissais avant) qui a tenu à m’exprimer en tant que tunisien ses félicitations à mon entrée à la Banque et de m’inviter de le rencontrer pour faire connaissance entre Tunisiens. En le rencontrant, j’avais la maladresse de m’adresser à lui en français, Serge a tenu à me saluer et à me parler en arabe, l’arabe du vrai tunisien du bled. J’ai détecté pendant cette première rencontre un attachement profond de Serge à son pays la Tunisie et à son développement et à son bien-être. Comme l’avait bien dit Si Zouheir Allagui "la Tunisie coulait dans ses veines et en était très fier". Si j’ai perdu contact avec Serge à son transfert de la Banque Mondiale et de Washington Il y a déjà presque 25 ans, J’ai gardé en bonne mémoire cet honneur que seul Serge m’avait fait à l’époque de son simple geste de coup de téléphone. Et comme on dit on prend souvent la mesure de l’homme de leurs simples gestes ! Que Dieu bénisse l’âme de Serge, et qu'elle repose éternellement en Paix.

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