News - 17.07.2026

L’intelligence artificielle: promesses et craintes

L’intelligence artificielle: promesses et craintes

Par Lotfi Souab - L’avènement de l’intelligence artificielle ravive un clivage radical. Techno-optimistes et sceptiques s’affrontent dans un face-à-face qui engage – bien plus qu’une opposition technique – une réflexion anthropologique sur ce que devient l’humain quand il n’est plus seul à penser.

IA: la quatrième blessure narcissique?

L’avancée rapide de l’intelligence artificielle, passée du mythe à la réalité, en l’espace de quelques décennies, constitue sans doute l’une des ruptures technologiques les plus décisives de notre temps. Tandis que les techno-optimistes célèbrent dans l’IA l’activation d’une intelligence augmentée salutaire, les sceptiques y perçoivent une dérive préoccupante, celle d’une raison déléguée à des machines aveugles.

Cette querelle s’inscrit pourtant dans une série de remises en question de la place privilégiée que l’homme croyait occuper dans le monde. La blessure cosmologique - Galilée: la terre n’est pas le centre de l’univers – ; la blessure biologique – Darwin: l’homme est un animal; la blessure psychologique : son artisan est Freud pour qui l’inconscient dirige l’être humain. Quant à la quatrième, elle est d’ordre narcissique et inhérente à l’IA. Celle-ci remet en cause le monopole humain, le langage et la création, suggérant que ces capacités ne sont plus l’apanage exclusif de l’homme.

Le temps des promesses

L’IA excelle dans le traitement de volumes de données massifs que le cerveau humain ne peut synthétiser. Il faut souligner sa capacité extraordinaire à générer du texte, des images, des vidéos et des sons. En tant que modèle de langage, il est utile pour des tâches créatives et la rédaction de contenus. 
Son utilité se vérifie dans l’immédiat (introduction de Google Maps, correction orthographique, traduction, etc.).

Cet outil offre à la médecine une assistante précieuse dans les diagnostics. Selon des spécialistes, les IA spécialisées dans les diagnostics donnent 85% de bonnes réponses, plus que les médecins humains (65%).

Dans le domaine éducatif, les professeurs se mobilisent pour s’adapter à la nouvelle réalité des cours de ChatGPT. Ces derniers tentent d’améliorer le dispositif. Par ailleurs, l’IA est particulièrement performative dans les tâches de recherche, de vérification et d’écriture.

Le temps des craintes

L’idée force qui pointe souvent est la mise en danger de la vie privée des gens. Ces technologies nous observent en permanence, collectent nos données. Certains vont même jusqu’à établir un parallèle avec le monde d’Orwell, notamment 1984 (un mode opaque et inquiétant). L’on s’inquiète également de l’arrivée des robots gérés par des entreprises tentaculaires de plus en plus invisibles et, à juste titre, intelligents, considérés comme destructeurs d’emplois. L’idée du remplacement de l’homme hante plus que jamais les esprits. La Chine a prévu l’annulation de 12000 emplois «classiques». Ce qui ravive la crainte d’une élimination massive des travailleurs.

Mais, là où le bât blesse, c’est le mensonge qui pèse sur l’éthique. Cette forme de personnification de la machine paraît inquiétante, alors même qu’elle est dépourvue de conscience, d’émotions. Dès lors, comment gérer cette parole non humaine? Est-il facile de remplacer des compositeurs, sachant que l’IA est dépourvue de cœur, de corps, de ressentis, de sentiments?

Mais, la raison la plus redoutable a trait à la manipulation de l’armement quand on sait que cet univers est commandé par les plus grandes firmes internationales (les récentes guerres en Irak, à Gaza, en Iran) en sont une triste illustration.

Par ailleurs, il y a une crainte liée au délestage cognitif (opération qui consiste à confier à l’appareil une partie voire tout le travail mental à exécuter.) 
Le risque est là: ne plus penser par soi-même et tout demander à l’IA, preuve éclatante de l’aliénation algorithmique.

Le temps du dialogue: pour un partenariat critique et nuancé

Affrontement ou collaboration ?

Nous pensons que la dichotomie Homme/Machine pourrait être dépassée en faveur d’une coopération. Nous souscrivons à l’approche d’Alexandre Gefen, critique littéraire mais aussi expert en Intelligence Artificielle et Humanités Numériques, qui plaide en faveur d’une alliance vigilante qui veille à préserver la singularité de l’humain. Dès lors, humaniser le numérique apparaît comme une tâche urgente sous peine de creuser des inégalités numériques. On peut imaginer que le travail de demain sera hybride.

Pour Alexandre Gefen, le défi n’est pas de savoir si les machines pensent, mais comment les humaines continuent à penser avec elles: cette prise de position est confortée par Michel Desmurget. Docteur en neurosciences, il est l’auteur du livre Faites-les lire ! Pour en finir avec la crétin digital. Il affirme: «Personne, je crois, ne dit qu’il faut éradiquer ces outils, mais il faut être vigilant quant à la façon dont on les utilise. Ce qui serait inquiétant, ce serait que l’on se remette à des logiciels d’IA pour penser à notre place.»

En définitive, le véritable défi n’est pas technologique mais éthique et politique. Serons-nous capables de subordonner la puissance algorithmique aux exigences du bien commun (vaste programme ambitieux !).

Lotfi Souab
 

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