News - 07.07.2026

Comment la diplomatie tunisienne a été mobilisée pour soutenir l'élection du juge Slim Laghmani: Un exercice de haute voltige

Comment la diplomatie tunisienne a été mobilisée pour soutenir l'élection du juge Slim Laghmani: Un exercice de haute voltige

Obtenir un poste de haut niveau, pour le candidat de son pays, dans le système des Nations unies et sa galaxie, tout comme dans des institutions financières, relève d’un parcours du combattant. Quels sont les facteurs qui peuvent y concourir ? Et quelle démarche adopter ? L’élection du Pr Slim Laghmani en qualité de juge au Tribunal international du droit de la mer constitue un cas d’école.
Décryptage depuis New York, où tout s’est joué et où la Mission permanente de Tunisie auprès de l’ONU a œuvré intensément et avec doigté pour l’emporter.

D'une manière générale, explique à Leaders Nabil Ammar, ambassadeur-représentant permanent de la Tunisie auprès de l’ONU à New York, il faut s’assurer de multiples conditions. D’abord, cibler et planifier à l’avance les postes présentant un intérêt réel et prioritaire pour le pays".

Vient ensuite le choix du bon candidat, celui qui aligne le profil le plus approprié et qui est en mesure de justifier sa compétence et sa légitimité pour occuper le poste. Dans le cas précis du Pr Slim Laghmani, la Tunisie a su présenter un excellent candidat jouissant d’une longue expérience dans le droit de la mer, en particulier, et d’une bonne notoriété. Mais, avoir un excellent candidat n’est pas parfois suffisant car il faut lui recueillir les votes des autres pays ; il nous est arrivé d’avoir le meilleur candidat mais qui ne passe pas car la machine diplomatique n’a pas fonctionné à plein régime;
Le soutien massif des plus hautes autorités, la mobilisation entière et continue de l’appareil diplomatique, une coordination étroite entre la centrale et les postes diplomatiques surtout où les élections ont lieu, sont de première importance. Le travail sur terrain sur le lieu des élections est déterminant; le facteur contact personnel est essentiel, car pour de nombreux pays ce sont les diplomates sur place qui décident du vote sans avoir à se référer à leur capitale; il nous faut disposer d’une banque de données toujours a jours de nos compétences dans les différents domaines.

La promotion de la candidature et du candidat requiert une grande attention: aller à la rencontre des représentants de tous les Etats, organiser des entretiens avec le candidat, et maintenir les efforts en continu, sans relâche.

L’officiel est important, à travers toutes les démarches qui ne doivent omettre aucun pays, le relationnel personnel est déterminant. Des collègues, d’anciens collègues, des amis et des connaissances doivent être contactés. Il s’agit de mettre en valeur la légitimité de la Tunisie à postuler à cette charge et la contribution significative qu’apportera son candidat. De plus, l’action s’exerce tant dans les capitales des pays concernés, d’où émaneront les instructions, qu’à New York où se déroulera effectivement le vote. Jusqu’à la dernière minute, rien n’est joué d’avance, il faut rencontrer tout le monde. C’est ainsi que l’ensemble des membres de la Mission de Tunisie s’est mobilisé dans une parfaite synchronisation.

Des enseignements à tirer

Il faut dire que l’ambassadeur Nabil Ammar a fait prévaloir son expérience diplomatique et d’ancien ministre des Affaires étrangères, très convaincu, en outre, par la candidature du Pr Slim Laghmani. L’élection, après un premier échec, du Pr Haykel Ben Mahfoudh, en décembre 2023, en qualité de juge à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, pour le mandat 2024-2033, pilotée par Nabil Ammar, alors ministre, a fourni des enseignements utiles. L’expérience tunisienne a ainsi gagné dans son approche.

Pour le Pr Slim Laghmani, l’exercice était encore plus difficile, s’agissant d’emporter la majorité des deux tiers des voix (sur 172), surtout face à d’autres candidats qui se sont bien préparés et alignaient des compétences reconnues. Les efforts ont été payants : 116 voix dès le premier tour.

« L’après-élection, rappelle l’ambassadeur Ammar, n’est pas à négliger. D’abord, ne l’oublions pas, il s’agit, entre les pays, d’un échange de soutien mutuel de candidatures. Il faudrait remercier les électeurs et penser à leur renvoyer l’ascenseur. Ce qui est également important, c’est que le candidat, une fois élu, réalise qu’il est pleinement redevable à son pays et doit maintenir des liens très solides avec lui. Il se doit également de réussir dans sa mission pour ouvrir la voie aux autres.».

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