News - 21.07.2020

Abderrazak Chéraït: Ali Boukhris, un phare s’est éteint à Bekalta (Album Photos)

Abderrazak Chéraït: Ali Boukhris, un phare s’est éteint à Bekalta (Album Photos)

Par Abderrazak Chéraït - Jeudi 11 juin dernier s’est éteint Ali Boukhris. La Tunisie perd ainsi l’un des bâtisseurs de son industrie moderne et moi un ami de très longue date. Si l’ingratitude est l’un des traits marquants de ces dernières décennies dans notre pays, je ne saurais, pour ma part, laisser passer un tel événement sans rendre un dernier hommage à une figure qui aura servi sa patrie avec autant de compétence, de dévouement que de discrétion.

Brillant lauréat de l’Ecole des mines de Paris, ce natif de Bekalta rentre en 1960 au pays pour contribuer, dans son domaine, à l’édification de la Tunisie moderne. L’année suivante, à l’âge de 28 ans, il se voit confier la direction de la mine, aujourd’hui abandonnée, de Kalaâ Jerda (depuis rebaptisée Kalaâ Khasba), puis celle de Métlaoui (1963-1968), avant d’être nommé en 1969 directeur général technique de la Compagnie des phosphates Sfax-Gafsa, l’année suivante devenue  Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), qu’il dirigera en tant que P.D.G. durant une bonne dizaine d’années. A ce poste, il sera l’artisan du renouveau de l’activité phosphatière en Tunisie.

Excellent gestionnaire, Ali Boukhris se révèlera également un visionnaire en fondant en 1969 les Industries chimiques maghrébines (ICM) à Gabès, qui font accéder le phosphate tunisien à l’ère de l’industrialisation avec le traitement du minerai pour en tirer des dérivés chimiques, intrants très demandés dans diverses branches de l’industrie et dans l’agriculture. Autour des ICM se développera un pôle industriel chimique réparti sur quatre régions : Sfax, Mdhilla, Gabès, sans parler de Gafsa. Une véritable épopée qui suscitera la convoitise de bien d’opérateurs miniers dans la région, du Niger au Golfe, sans parler de l’Office chérifien des phosphates (Maroc)  qui aura dépensé des trésors de séduction pour amener l’expert  à rejoindre ses effectifs. En vain. Il ne trahira pas. Mais il sera trahi par les siens, qui lui intentent un procès inique qui conduira à sa mise à l’écart.

D’ultimes services

L’aubaine allait rapidement être saisie au vol par le président du Fonds arabe pour le développement économique et social (Fades), le Koweïtien Abdellatif al-Hamad, qui l’appellera à ses côtés (1998-2006) comme conseiller spécial principal. Huit années au cours desquelles il donnera la mesure de son expertise en tant que spécialiste des montages financiers au profit des grands projets publics et privés acquise par sa collaboration avec la Banque tuniso-koweïtienne de développement. La Tunisie sera l’un des principaux bénéficiaires de ses conseils, en particulier dans le domaine des infrastructures routières.

Les liens de profonde amitié qui me liaient à Ali Boukhris me font le devoir d’évoquer sa mémoire au moment où il se retire sur la pointe des pieds. De concert avec tous ceux qui l’ont connu et fréquenté, je ne saurais assez louer ses qualités humaines qui ont toujours auréolé les moindres de ses actions. Ni sa modestie, lui qui avec de rares chefs d’Etat étrangers aura très probablement été le seul Tunisien à voisiner avec le président Bourguiba lors d’une parade de celui-ci dans sa voiture décapotable, comme le montre la photo ci-jointe. J’ai le privilège de détenir ce document qu’il m’a confié avec d’autres qui le représentent en présence d’illustres hôtes de la Tunisie venus visiter ses installations industrielles, à l’instar de Haouari Boumediène ou d’Abdelaziz Bouteflika.

Au moment où le pays semble déboussolé, il est utile de rappeler aux Tunisiens le souvenir d’hommes qui ont donné à leur patrie sans calculs. Dans l’espoir que leur exemple serve de repère

Abderrazak Chéraït

 

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2 Commentaires
Les Commentaires
Habib OFAKHRI - 21-07-2020 17:29

"Trahi par les siens " dites-vous qui lui intentent un "procès inique"!.Qui sont-ils ses siens et sur quel fondement portez-vous ce jugement sur le procès mentionné...Il est de notoriété dans ce pays et bien sous d'autres cieux que les personnes qui "réussissent "sont trivialement enviés...Cherchez l'erreur. Le passage du défunt dans le secteur phosphatier n'a pas été bénéfique ni pour Metlaoui ni pour le Jerid.Aucune alternative à l'extraction du phosphate n'a été envisagée...Les enfants de paysans jeridiens transformés en"zouvris" sont désormais sans perspective d'avenir...Ils se replient sur Tozeur et ses bourgades où la chance de décrocher un emploi est non moins précaire. Rip.

makgech - 24-07-2020 15:44

bel hommage funèbre de même qu'un vibrant témoignage d'indéfectible amitié .

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