News - 18.09.2018

Ahed Tamimi à Paris : «Tout Palestinien résiste à l’occupation dès sa naissance»

Ahed Tamimi  a Paris : «Tout Palestinien résiste à l’occupation dès sa naissance»

Mohamed Larbi Bouguerra - Correspondance spéciale pour Leaders - Invitée d’honneur à la fête du journal l’Humanité (14-16 septembre 2018), la jeune résistante  de 17 ans est enfin parvenue à sortir de la Palestine occupée grâce à la ténacité du quotidien fondé par Jean Jaurès et son magnifique sens de la solidarité internationale. L’ordre colonial israélien l’avait empêchée de répondre à une précédente invitation de militants belges. Pierre Laurent, secrétaire général du PCF, Clémentine Autain, députée de la France Insoumise (parti de M. Mélenchon) et Ian Brossat, conseiller à la mairie de Paris se sont félicités de la présence de celle qui «incarne la résistance du peuple palestinien».

Avec cette visite à la Ville-lumière, elle faisait ainsi son premier voyage hors de sa Palestine natale.

Voilà un peu plus d’un mois qu’Ahed est  sortie des geôles sionistes mais elle reste sous la menace d’un sursis. Un million de personnes avait exigé du gouvernement israélien sa libération. En décembre 2017, le tribunal militaire d’Ofer l’avait condamnée à huit mois de prison pour avoir frappé deux soldats israéliens ayant  fait irruption dans la cour de sa maison dans le village de  Nabi Saleh, près de Ramallah  où se déroulent de nombreuses  manifestations pacifiques.  Sa mère Nariman- qui l’accompagne à Paris ainsi que son père Bassam*- a également écopé d’une peine de prison pour avoir filmé, à l’époque,  cette scène avec  son téléphone portable. Ce qui n’entame guère la combativité intacte d’Ahed! Soumoud! Soumoud toujours!

L’immense foule de la Fête,  au parc de la Courneuve,  a fait un formidable accueil  à la petite résistante en provenance de Cisjordanie en scandant, à l’intention du gouvernement français et du Président Emmanuel Macron: «Un Etat pour la Palestine!». Innombrables aussi étaient les jeunes qui arboraient le pin’s «Free Palestine.» ou des T-shirts soutenant le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). Quant au directeur de l’Humanité, M. Patrick Le Hyaric, inaugurant «Le Village du monde» à la Fête**,  il a ainsi salué Ahed et ses parents: «Notre Fête est heureuse de t’accueillir, toi, la petite fille de Palestine, face à ces gens armés jusqu’aux dents. Vous défendez le droit international, vous êtes l’honneur de notre humanité. La France doit s’opposer à l’infâme colonisation des terres palestiniennes.»

Ahed porte les combats de tous les jeunes

Au cours de la visite d’un stand dédié à la cause de son pays à la Fête de l’Humanité, Ahed devait déclarer: «Notre génération hérite de l’occupation israélienne. On continue le combat contre la colonisation. J’espère que nous allons fêter ensemble la libération des Palestiniens.» Evoquant sa détention à la prison de Hasharon, Ahed narre de douloureux souvenirs (l’Humanité, 17 septembre 2018, p. II): «J’y ai vécu des pressions psychologiques très  fortes, on se retrouvait sans nourriture ou empêchées de se rendre aux toilettes. C’est humiliant. La cellule est étroite, l’air irrespirable. Ils mettent le chauffage l’été et la climatisation l’hiver. Il n’y a pas de justice sous l’occupation.  Israël viole aujourd’hui le droit international: il y a actuellement  plus de 6000 prisonniers palestiniens, dont 350 enfants empêchés de voir leurs parents.»

Ces paroles émeuvent fortement l’assistance qui peine à retenir ses larmes. Ce qui  fait dire à Ahed : «Je vois beaucoup de gens pleurer dans la salle. Je ne voulais pas vous faire pleurer. Dites-vous que nous ne sommes pas des victimes mais des artisans de la paix.» Ahed devait être accueillie aussi sur le stand de la ville de Stains (banlieue de Paris) par le maire M. Azzedine Taïbi***.

Ayant obtenu son bac en prison, Ahed a l’intention de faire des études de droit. Elle veut  dénoncer l’occupation et le contrôle de la vie des Palestiniens par la soldatesque israélienne. Elle rêve probablement de dénoncer «le caractère sadique» de l’armée israélienne comme le montre ad nauseaum le cas de Hébron et «les rêves d’expulsion que nourrissent certains» (Amira Hass, «A tous les juifs de gauche du monde  je dis: S’il vous plaît, n’émigrez pas en Israël»,  Haaretz, 18 septembre 2018) . Elle veut dénoncer ces incursions nocturnes que sa famille a si souvent vécues, ces assassinats gratuits de jeunes Palestiniens et ces arrestations arbitraires comme celle de son frère aîné emprisonné par une lettre de cachet des services secrets  intérieurs le Shin Beth (pour garder un moyen de chantage vis-à-vis de cette famille symbolique de la résistance ?). Elle veut aussi dénoncer le cas  de l’avocat franco-israélien Salah Hammouri, en détention arbitraire depuis 390 jours, sans efforts apparents de la part de la France pour le faire libérer et sans que sa femme ait pu rencontrer  le président Macron. Maître Hammouri ignore les charges portées à son encontre et n’a pas la moindre idée de la date de sa libération ! Ainsi fonctionne l’unique Etat démocratique du Moyen-Orient!

Interviewée par France 24, la jeune militante rapporte qu’elle a été arrêtée à l’aube et qu’on l’a empêchée de s’habiller. Dans le fourgon cellulaire, elle a été frappée, insultée  et on lui a tiré les cheveux. Son interrogatoire a duré 16 jours en l’absence de ses parents et de son avocat. On l’a aussi empêché de dormir pour casser sa résistance et sa forte personnalité.

Lors de ce passage sur France 24, elle a lancé à la jeunesse israélienne un appel afin qu’elle «récupère son humanité»  et cesse d’être la victime de ceux qui ont rempli son  cœur de haine et de racisme. Elle pensait probablement au ministre israélien  de l’Education, l’extrémiste  Naftali Bennett, fondateur d’un parti sioniste religieux et qui a interdit notamment l’étude d’un livre traitant d’une histoire d’amour entre une Israélienne et un Palestinien. Tamimi  a  déploré que des enfants israéliens de 14 ans portent des armes et les voit comme des victimes du sionisme et de l’expansionnisme israélien.

Ahed Tamimi fait perdre son sang froid  à l’ambassadrice d’Israel

La visite d’Ahed Tamimi et de ses parents a fait réagir l’ambassadrice de l’Etat sioniste à Paris Aliza Bin Noun (Time of Israël). Elle reproche, à Ahed, entre autres sornettes- «attaques au couteau», «opérations martyrs» -  son soutien à Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah libanais qualifié de «terroriste» par cette diplomate. Ahed Tamimi, sur France 24,  a balayé ces critiques en affirmant son  soutien à tous les amis de  la cause palestinienne et à tout opposant à l’occupation.

Bin Noun feint d’oublier  qu’un criminel comme le Franco-Israélien Elor Azaria -qui a logé, en mars 2016,  une balle dans la tête d’Abdul Fatah Acharif , blessé,  étendu à terre et perdant son sang- est actuellement fêté comme un héros en Israël. Azaria a à peine purgé la même peine de prison qu’Ahed ! Elor Azaria est fêté par le groupe d’extrême droite Otzma Yehudit. A Hébron,  Ofer Ohana, membre de ce groupe, se vante d’avoir  agressé Imad Abou Samsia qui a pris la photo qui a fait connaître au monde l’odieux geste d’Azaria. A l’heure où cette ambassadrice, outrée par l’arrivée en France d’Ahed et de sa famille à l’invitation du PCF,  fustigeait la militante palestinienne, la sauvagerie de l’armée sioniste abattait à Gaza, Chadi Abdellal âgé de 12 ans, vendredi 14 septembre 2018.

La visite d’Ahed Tamimi à Paris, à l’occasion de la Fête du journal l’Humanité remet en mémoire cet écrit d’Edward Saïd datant de  juillet 1999 : «Parce que la lutte contre le nationalisme juif est difficile, j’ai toujours pensé que l’idée de Palestine doit être synonyme d’une nouvelle modernité fondée ….sur des relations avec le monde entier.» (Edward Saïd, «Israël, Palestine, l’égalité ou rien», La Fabrique Editions, Paris, 1999,p. 18)

Ahed Tamimi est le phare, l’icône de cette «nouvelle modernité» ouverte sur le vent du large et ses promesses de liberté pour la Palestine et tout le monde arabe.

Mohamed Larbi Bouguerra

* Bassam a aussi passé trois ans dans les prisons sionistes.
** Où étaient notamment présents deux partis tunisiens ainsi que ceux des pays maghrébins, l’Iran, Cuba, la Grèce, le Vietnam qui souffre toujours de l’épandage de produits chimiques (Agent Orange) par l’armée américaine….
***La ville de Stains organise mardi 18 sept. 2018 un débat sur la Nakba avec une délégation palestinienne et la participation de Mme Marie-George Buffet, députée de Seine-Saint-Denis, ancien ministre et de M. Azzedine Taïbi, maire de la ville.

 

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2 Commentaires
Les Commentaires
amine slim - 19-09-2018 10:35

une future prix nobel de la paix !

BOUGUERRA MOHAMED LARBI - 19-09-2018 15:42

A M.Amine Slim: Merci Mr pour cette suggestion. Ce serait une juste récompense quand on pense qu'un politicien de l'acabit de Shimon Pérès ( cf le livre d'Eric Rouleau" Dans les coulisses du Proche-Orient") a obtenu le prix Nobel de la Paix! D'autant qu' Ahed Tamimi a le sens des responsabilités. Elle vient de déclarer à Libération (Paris): "Chaque mot que je dis, c'est un poids, une responsabilité, et donc quelque chose de lourd que je porte". L'AFPS annonce qu'elle a été reçue mardi par le président du Conseil départemental de Loire-Atlantique à Nantes ainsi que ses parents et ses deux frères. Après Nantes, dit l'AFPS, elle se rendra à Grenoble le 20/09 et sera le 21/09 à Nancy (Tomblaine). Par la suite, ce sera la Grèce puis l'Espagne, l'Algérie et la Tunisie avant de rentrer à Nabi Saleh occupé. Une campagne de signatures pour sa libération a récolté un million de paraphes. Ce qui a fait d'elle une icône de la résistance palestinienne. Une autre campagne de signatures pourrait peut être lui ramener le Nobel de la Paix? Nul doute que les Tunisiens- qui ont toujours aidé et porté dans leur cœur la Palestine- lui feront un bel accueil

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