News - 20.03.2018

A Kalthoum Bornaz ! A Kalte pour les siens...

A Kalthoum Bornaz ! A Kalte pour les siens...

Le prix du CREDIF de la création féminine sur la femme tunisienne a couronné  cette année  le livre intitulé Kalthoum Bornaz l’étoile à la recherche du fil perdu, édité par Alia Baccar. Au nom du jury formé par Mmes Souad Harrar, Monia Lachheb et moi-même, j’ai rendu hommage à la mémoire de la femme à la caméra sur l’épaule.

A Kalthoum Bornaz ! A Kalte pour les siens...

Une grande fleur ? Un oiseau du paradis? Une plume emportée par le vent ? Une silhouette fugace ? Non, c’est la dame à la caméra sur l’épaule. Tu la vois là ? elle vient de passer, elle filme, elle filme inlassablement depuis 2011, elle est notre mémoire, la mémoire de nos marches, de nos indignations, de nos colères et de nos espoirs, de la chaude camaraderie qui s’établit entre des femmes et des hommes qui ne se connaissaient pas hier et qui à présent se tiennent par la main, s’embrassent avec effusion, communient dans la même cause, « Travail, Liberté, Dignité nationale», ou, avec la même foi, la même voix , la même intensité réclamant « L’égalité entre les femmes et les hommes , l’égalité entre les régions». Kalthoum, Kalte, la dame à la caméra sur l’épaule, c’est elle qui fixe pour l’éternité nos marches pour nos droits et pour nos libertés, cette dame a un passé et un présent inscrit pour toujours, de militante de tous les instants.

Mais Kalthoum filmait bien avant 2011, elle a toujours filmé, elle a toujours cherché à fixer les instants fugaces d’une joie familiale, d’une fête nationale ou privée, d’un mariage avec toutes ses facettes «Keswa»,...d’une réunion ; mais, par delà la somme de tous ces moments, elle a semé tout au long de ces années que nous aurions voulues infinies, éternelles, des jalons pour la liberté mais aussi pour la beauté.

Je n’oublie pas «Trois hommes dans un théâtre» ou avec très peu de moyens et des amis surtout, elle a réussi à arracher à des entrepreneurs sans scrupules, notre théâtre municipal qui était voué à la casse avec l’ensemble du quartier. Vous connaissez le résultat de ce qu’ils ont cassé et remplacé ?...Eh bien c’est tellement laid qu’ils vont le recasser ! Ainsi va le monde !

Dois-je parler de tout ce qu’elle a sauvé ? De tout ce qu’elle a défendu ? Non, vous lirez vous même les pages de ce beau livre qui raconte une vie que nous aurions tellement aimé voir plus longue. Vous verrez, chaque page est un témoignage, chaque page est une émotion.

Contentons-nous de lui rendre hommage en ces jours de campagne pour l’égalité dans l’héritage, en  ces jours de commémoration du 8 mars, à  Chtar mhabba, l’autre moitié du ciel où, courageusement, elle s’attaque à cette inégalité séculaire, révoltante soit disant prônée par Dieu mais ô ! Combien arrangeante pour les hommes, combien arrangeante pour leur égoïsme forcené et obtus et, dois-je le déplorer encore une fois, tellement accepté par les colonisées de l’esprit et elles sont nombreuses ! Chtar mhabba, mi-amour, à demi-aimée, à demi-désirée, à demi-servie et ô ! Combien nécessaire, la femme tunisienne d’aujourd’hui t’est redevable de ton goût pour le combat, de ta volonté inébranlable de changer le monde ou plutôt la Tunisie, ce pays que tu aimais tant. Répétons d’ailleurs ce cri de Michèle Fitoussi Y en a marre des superwoman ! Premières pour les corvées, dernières pour les droits...

Je ne te dis pas Adieu Kalthoum car, plus importante que toi, la dame à la caméra sur l’épaule, ce sont toutes les traces que tu nous a laissées, je devrais dire ton héritage, tes films, tes combats qui resteront non pas seulement dans nos cœurs et dans nos mémoires mais à jamais gravés dans l’histoire de notre pays.

Mounira Chapoutot-Remadi
Présidente du jury
Au CREDIF, Tunis le 16 mars 2018

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