News - 18.07.2017

BFT - Le député Marouen Felfel : Mon témoignage sur un scandale d’Etat

Marouen Felfel - BFT : un scandale d’Etat, mon témoignage

L’affaire de la Banque franco-tunisienne (BFT) est  un scandale d’Etat aux racines anciennes. Je tiens à apporter mon témoignage pour l'histoire et mes vaines tentatives pour éviter la catastrophe.
Elle est le reflet probant des ravages de la haute corruption dans notre pays et de l’incompétence de l’Etat en matière de conciliation économique. La CIRDI (juridiction internationale rattachée de la Banque mondiale) a rendu hier sa décision sur le litige opposant devant elle l'Etat tunisien à l'investisseur étranger ABCI. Elle déclare l’Etat tunisien coupable de violation du droit de propriété pour expropriation illégale sous contrainte et de déni de justice. En plus de la violation de l’ordre juridique interne, l’Etat tunisien a outrageusement violé l’ordre juridique international en vertu du verdict de la cour.

La suite naturelle du délibéré fut l’application d’une sentence particulièrement lourde pour l’Etat : dommages et intérêts de prêt d’un milliard de dinars tunisiens soit un énième coup de massue sur un corps étatique affaibli par l’endettement et en besoin constant de fonds.
L’interrogation rationnelle qui se  pose est la suivante : Aurions-nous pu éviter cette catastrophe ?

La réponse est malheureusement affirmative et permettez-moi de détailler mes humbles contributions au dénouement du litige et à la recherche d’une solution amiable au différend. Depuis plus d'un an, en tant député membre de la commission des finances et dans le cadre de mes fonctions de contrôle parlementaire, j’ai tenté à maintes reprises de sensibiliser les responsables gouvernementaux et les medias sur la gravité et le péril que constituait ce conflit.

J’ai volontairement poussé à l’ajustement de la stratégie gouvernementale en matière de gestion du différend et la dernière tentative fut une question écrite au chef du gouvernement. Dans cette dernière, je le mettait en garde devant sa responsabilité historique à assumer les conséquences financières et juridique de la politique de son gouvernement en matière de règlement des conflits internationaux et de relations internationales d’investissement.

Il en est finalement résulté un traitement désastreux du dossier marqué par un Donquichottisme primaire que je regrette tristement.

Au-delà du dernier avertissement adressé au Premier ministère, j’ai personnellement transmis à travers le bureau de l’Assemblée cinq questions écrites aux ministres des Finances, de la Justice, de l'Investissement et de la Coopération internationale ainsi qu’à Monsieur le Secrétaire d’Etat chargé des domaines de l’Etat et des Affaires foncières et à M. le gouverneur de la Banque centrale. J’ai encore une fois alerté ces derniers de la gravité du dossier et les ai incité à trouver une solution amiable au litige qui garantirait un réinvestissement par l’investisseur étranger des fonds du dédommagement sur le territoire tunisien.

A l’évidence, pour tout spectateur objectif, l'Etat se trouve dans cette affaire en position de faiblesse au vu du caractère non équivoque des faits : gel des avoirs, expropriation irrégulière et utilisation de l’arme pénale contre le représentant légal de l’investisseur. A cela s’ajoute une gestion désastreuse de la banque qui a l’a conduit à une situation de quasi faillite non déclarée. Pourtant les tentatives de conclusion de conclusion d’accord à l’amiable entamées en 2011 ont échoué en 2012 et l’Etat s’est montré totalement non conciliant dans cette affaire malgré sa position fragile.

Avec l’affaire du plateau continental jugée par la Cour internationale de Justice en 1982 durant laquelle la Tunisie a honteusement perdu une partie non négligeable de ses ressources naturelles au profit de la Libye, ce verdict constitue une défaite juridique et politique déshonorante pour la Tunisie. Elle révèle à nouveau l’incapacité de l’Etat à régler ses différends internationaux et à adopter des postures pragmatiques et raisonnée vis à vis de conflits aux conséquences capitales pour son économie et sa relance.

Devant mes multiples alertes et mises en gardes répétées, l’Etat a fait la sourde oreille et son absence de réactivité nous coute aujourd’hui très cher. Il devra assumer matériellement et moralement les conséquences de cette défaite et qui aurait malheureusement pu être évité avec un minimum de prévoyance et de diplomatie.

Derrière ce scandale, ce sont les rouages de la corruption profonde de l’Etat qui transparaissent. Les conflits d’intérêts incessants et le manque de volonté politique en la matière, quoique renforcé récemment, mènent le pays vers un effondrement douloureux sur le long terme et ce type de verdict ne sera pas le dernier si l’on poursuit dans cette voie.

Je suis donc de nouveau contraint de réitérer l’appel à combattre la corruption et tous les comportements dommageables des autorités publiques et politiques qui annihilent de jour en jour le développement de ce pays et ses ambitions pour l’avenir.

Marouen Felfel
Député à l’Assemblée des représentants du Peuple
Membre de la Commission des Finances


 

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5 Commentaires
Les Commentaires
Ben ayada - 18-07-2017 21:18

Un témoignage vide de corps et âme, mr le député tant impliqué dans ce dossier, soit vous détaillez les faits soit taisez vous a jamais. Yen a marre des sonneurs d'alerte vide. Donnez des faits, des détails, des noms, en d'autre nom l'état ne fait pas son travail mais vous non plus

Chakroun Lotfi - 18-07-2017 21:29

J'ai lu avec attention cet article et je reste sur ma faim : Le Député n'a rien fait d'autres qu'indiquer qu'il a tout fait pour éviter à la Tunisie de perdre cette affaire qui l'oppose à l' ABCI. OK. Merci M.le député mais votre article ne dit rien sur le fond de l'affaire. Vous écrivez que cette affaire est le reflet de la corruption qui ronge l'état tunisien. Je ne peux qu'être d'accord avec vous! Toutefois, je suis un simple citoyen et j'ai le droit d'apprécier les dysfonctionnements de l'état en des termes généraux ( corruption, incompétence, bureaucratie mauvaise gouvernance etc.... ) . Par contre Vous, vous êtes député et vous avez le droit, en tant que représentant du peuple d'accéder à des informations plus précises. Traiter cette question en des termes aussi généraux est de mon point de vue, de la part d'un député aux premières loges , une manière dédaigneuse , très expéditive et une façon de juveneliser les électeurs. M. Le député vos électeurs sont majeurs et ont besoin de comprendre, de connaître les détails à la base de cette nouvelle catastrophe. S'il vous plaît arrêter de parler de généralités et soyez plus précis dans vos commentaires et accusations. Nous en avons marre de cette façon de faire des responsables politiques qui se comportent comme à l'époque de ZABA et de Bourguiba. Changer de culture et ayez un peu plus de respect pour vos électeurs si vous voulez réellement que ce type de catastrophes ne se répètent plus.

moourad - 19-07-2017 01:56

non seulement il n'avance rien mais il se vante dlavoir parler aux membtes du gouvernement

Hentati Myriam - 19-07-2017 14:25

Tout à fait d'accord avec Messieurs Ben Ayada et Chakroun. Ce "témoignage" ne dit rien, alors que nous attendons tous des explications détaillées. M. Marouen Felfel, la remise des médailles n'est pas pour aujourd'hui.

TRABELSI Habib - 19-07-2017 22:21

« Rien ne sert de témoigner, il faut dénoncer à point »… Via les Médias, M. Marouen FELFEL « Rien ne sert de témoigner, il faut dénoncer à point », disais-je pour plagier le « Lièvre et la Tortue » de Jean de la Fontaine. Autrement dit, M. Marouen Felfel –et avec tout le respect que je vous dois—ce MEA CULPA, combien sincère soit-il, VIENT TROP TARD ! Et là, je souscris les yeux fermés à l’essentiel des propos de BEN AYADA, CHAKROUN LOTFI, MOOURAD, HENTATI MYRIAM (LIRE Commentaires dans LEADERS) avec cette seule différence : c’est que moi et bien d’autres journalistes, sans être pourtant « des députés aux premières loges », avions tiré le signal d’alarme, via Kapitalis et autres médias qui ont assumé courageusement leur devoir d’informer, d’analyser et d'attirer l'attention des décideurs... Mais, pour vous prouver que je ne cherche pas à polémiquer, je termine ce « billet amer » par deux autres adages populaires : « Il n'est jamais trop tard pour bien faire » et « Mieux vaut tard que jamais »... même si, je l'avoue sans ambages, l’ardoise que le contribuable aura à payer sera lourde…

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