News - 01.06.2026

Après la victoire du PSG, violences urbaines et maintien de l’ordre public en France

Après la victoire du PSG, violences urbaines et maintien de l’ordre public en France

Par Colonel-Major (Retraité) Mohamed Ghazi Essaied Colonel-Major (Retraité) Mohamed Ghazi Essaied - Avant-même le coup de sifflet final de la Coupe d’Europe de Champions League et la victoire du PSG, les adeptes de la violence urbaine à l’issue des rencontres sportives s’apprêtaient à se déclencher à Paris, et dans plusieurs villes françaises, dans des scènes devenues répétitives. Quant aux Britanniques d’Arsenal, malgré leur défaite, ils n’ont connu aucune confrontation avec les forces de l’ordre et la capitale londonienne n’a enregistré aucun dommage. Déception, résilience ou civisme?

Plusieurs hommes politiques français se sont donc expressément emparés de l’affaire, notamment sur la problématique du retour à l’ordre. De ce fait, le gouvernement, qui gère l’engagement des forces de sécurité intérieure et accessoirement des forces armées [dont ce n’est pas la mission principale car non spécialement équipées et formées pour ce type de mission; à moins exception française(1), attend toujours un sans-faute. Toute la difficulté du maintien de l’ordre est donc dans cet objectif très délicat à atteindre: ramener l’ordre sans aggraver la situation, tout en limitant les blessures des éléments violents et idéalement, en évitant leur mort (2)
Les buts des certains «supporters» violents dans les rues s’articulaient autour de trois axes: (1) Réduire la liberté d’action des forces de l’ordre par le volume, la densité et la dispersion de leur dispositif; (2) discréditer la force par l‘affichage de l’intimidation et l’aspect injuste et déséquilibré de l’usage des forces de l’ordre; (3) exploiter l’action par l’attraction des médias.

Comment minimiser les risques? Le cas français est instructif. Par le respect de la discipline, par conséquent des règles d’engagement et de comportement, qui est capital jusqu’aux plus bas échelons. Le grand principe du maintien de l’ordre public (MOP), tel que défini un peu partout dans le monde, est le suivant: Faire preuve de modération et garder son sang-froid. Il s’agit, en effet, de prendre de la distance par rapport à l’événement afin de préserver une capacité d’analyse. Chaque manifestation est unique et apporte son lot d’apprentissage, de découvertes et de redécouvertes. Le MOP est une matière vivante, une science humaine, un combat mettant en friction deux volontés opposées et dans lequel l’expérience joue un rôle prédominant. La sanction est immédiate en cas d’erreur de jugement. L’officier d’expérience hume l’air, sent la foule, analyse le terrain, voit venir l’affrontement et sait faire évoluer son dispositif pour se préparer au choc éventuel. Le contexte implique un contrôle de la foule exerçant leur droit de défiler, et l’interpellation des éléments violents organisés. Ces casseurs sont des personnes qui commettent des actes de violence, de vandalisme et qui agressent les forces de l'ordre en marge des manifestations. Ils ont le visage le plus souvent masqué par des écharpes, des capuches ou des casquettes et agissent en petits groupes isolés.

Le « soldat » du maintien de l’ordre, en France, et ailleurs, doit être capable d’accepter des blessures et des coups sans riposter. La force d’une unité de maintien de l’ordre se mesure non pas à son pouvoir de destruction, mais à sa capacité à encaisser la violence sans la restituer. Nous avons tendance à se focaliser sur les manifestants et non sur les hommes d’en face. Des hommes de loi et aux ordres, mais comme nous tous, des êtres humains avec des limites psychologiques et physiques.

Quelles sont les risques potentiels ? La violence des foules a revêtu en France, ces derniers temps, plusieurs formes: depuis les insultes jusqu’aux jets de pierre, d’objets métalliques, aux projections de liquides agressifs (acides, bouteilles incendiaires …), aux tirs de mortiers d’artifices, aux incendies de véhicules et de centres commerciaux. Si la frontière entre la sécurisation des points sensibles et les violences urbaines (grande délinquance) est assez nette, celle entre les Violences Urbaines et le Maintien de l’Ordre Public est plus difficile à établir. La question centrale du MOP, rappelons-le, est l’emploi de la force, notifié dans les règles d’engagement, avec une constante : l’absolue nécessité d’éviter l’emploi des armes à feu (par définition létales). Bien que la légitime défense soit clairement établie face à des hooligans dangereux, en l’occurrence «armés», une grande hantise de tout pouvoir politique est que ces derniers puissent être blessés, ou pire, tués.

Il y a quelques années, dans une ville européenne, des supporters étaient particulièrement agressifs à l’égard des forces de l’ordre, en arrosant ces derniers au moyen de manches haute pression ou en leur jetant d’énormes écrous. Ils n’ont pas hésité non plus à s’en prendre à un hélicoptère, qui évitera de justesse une fusée de détresse!

Quels sont les objectifs des forces de l’ordre, comme affirmé en France? Ils sont pluriels et parfois antinomiques: Assurer l’absolue sécurité des autorités nationales; garantir la crédibilité du pays; sécuriser les nombreux sites et bâtiments pouvant constituer des cibles d’actions violentes médiatisées, dont un certain nombre présentent des vulnérabilités structurelles; préserver l’agglomération et ses habitants des dégradations et atteintes physiques; «permettre l’exercice du droit de manifestation»; et enfin maintenir les missions habituelles de sécurité publique.

De par le monde, il s’agit maintenant de se préparer à la Coupe du Monde de football qui démarre ce 11 juin...

Colonel-Major (Retraité) Mohamed Ghazi Essaied

Notes

(1) Le cas de la France est particulier: Les gendarmes, bien qu’ayant conservé leur statut de militaires, dépendent du Ministère de l’Intérieur. Pour le maintien de l’ordre public, la gendarmerie dispose de la gendarmerie mobile; tandis que la police nationale dispose des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS), équivalent de nos BOP.

(2) FM 3-19.15 « Civil Disturbance Operations» datant d’avril 2005.

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