News - 28.06.2026

Il y a soixante ans naissait le COT

Il y a soixante ans naissait le COT

Par Mohamed Kilani - Lorsque des dirigeants de divers horizons se sont réunis le 29 juin 1966 pour donner une nouvelle dénomination au Club olympique de Tunis, ils ne pouvaient prétendre lui promettre un avenir immédiat radieux. Ce nouveau club s'appelle le Club olympique des Transports, une association sportive ancrée dans un environnement social austère, mais devenue une nécessité culturelle, sociale et sportive très insistante.

Derrière cet enfantement, des hommes convaincus de l'impératif devoir d'accorder à la jeunesse de Mellassine les moyens de s'épanouir, de se frayer un chemin dans le domaine du sport pour emprunter chemin faisant l'ascenseur social.

En un temps record, le nouveau club était parvenu à escalader les paliers de la compétition. Promu à nouveau en première division en 1967, il a pu faire parler de lui et impressionner même par la qualité de son football.

Mais la longue histoire du COT remonte à 1947. Cette année-là un club est fondé dans les quartiers Ennajeh, Ettaoufik et Mellassine et leurs environs, c'est Ennajeh Sports grâce à la détermination de Tunisiens soucieux de l'avenir de la jeunesse. Ils s'appellent Jilani Khiari, Mokhtar et Jilani Baccar, Abdeljelil Ben Ali et autres. Les sports individuels et le football constituaient des activités forts prisées.  Et les performances ne cessaient de se produire,  à l'image du titre de champion de Tunisie au sprint 100 m de Hédi Braiek, également footballeur et qui quittera le club à l’instar de Hmid Dhib et Ali Miloud.

Mustapha Khaled constituera la cheville ouvrière de la vie du club depuis qu'il a succédé à Jilani Khiari en 1951. Très proche en tant que conseiller municipal du maire de Tunis, Ali Belhaouane, il a été témoin actif de la réalisation du stade qui a été possible, en 1959, après le remblayage du grand bassin de Mellassine par les gravats des remparts de Tunis.  

La qualité des techniciens permet de son côté à former des footballeurs compétitifs capables de favoriser l'ascension du club en direction de l'élite.  Ils s’appellent Rachid Turki, Ahmed Benelfoul et Hamid Dhib.En 1961, après avoir phagocyté Al Hilal de Den Den, le club fusionne avec l'association sportive des Traminots, créée en 1945 dont les premiers dirigeants étaient à l’époque Français et opéraient, comme l'indique la dénomination, dans le domaine du transport urbain. Ainsi fut créé le Club Olympique de Tunis devenu le Club Olympique des Transports en juin 1966.

Depuis son retour en Nationale, en 1967, le COT parviendra à s’illustrer sur la scène footballistique. La qualité de ses dirigeants en première ligne ou ceux jouant un rôle important dans la vie du club est à l'origine de ces éclats. L'on peut citer en premier lieu Sadok Ben Jemaa, Président-directeur général de la Société nationale de Transport (SNT), Abbes Ben Hmidène, Abdelkader Ben Cheikh et Férid Mahersi dont la passion pour le club n'a jamais fléchi malgré son séjour prolongé à l’étranger en tant que diplomate, notamment à Nice. Mustapha Khaled veillait de son côté pour que la marche du club réponde aux aspirations de la jeunesse et à l'attente des supporters. De son côté la SNT tenait parfaitement son rôle de partenaire à plusieurs titres. Employeur de plusieurs licenciés du club, mécène et soutien financier régulier, la SNT a exercé avant l'heure la responsabilité sociétale de l'entreprise (RSE).

Quant aux performances purement sportives, elles n'ont pas connu la régularité espérée, une véritable énigme à la lumière des talents du club. L'on peut citer Chaatani, Dhib, Chabouh, Bhouri,  Chaar, Ouerfelli, Guizani, Mohamed Ali, Kamel, Sassi, Jelassi, Ferchichi, Cassidy, Ben Mansour, Ben Slimane, Ayari, Kaabi et autres. A côté de ceux-là, Mohieddine Habita constituaient, dès son éclosion à seize ans, un atout générateur d’affirmation et de respectabilité. Mais faute de caractère, l'équipe de 1970-71 n'a pas su saisir sa chance pour concéder au CSS le doublé après l'avoir battu en aller et retour.En 1972, le COT vit une épreuve dure avec la complaisance de ses joueurs lors de la dernière journée ce qui a conduit son président Mustapha Khaled à sévir sans management.  Une leçon de morale et d'éthique sportive sans précédent, sans jamais connaître plus tard une telle audace, malgré d’innombrables dérives similaires. Et si Hmid Dhib, l’entraîneur mythique du club, ne parvient pas à remporter le moindre trophée avec le COT, il sera sollicité par l’Espérance dès 1974 pour la conduire vers deux titres successifs en 1975 et 1976, quoique suppléé par Ben Ezzeddine lors des barrages face à l’ESS, puis en 1982. Au même moment, Khelifa Karoui assurait la relève à la tête du COT pour poursuivre la noble et éprouvante mission et éviter tout relâchement, surtout que Mohiedine était parti aux Emirats.

Le club poursuivra son chemin, bon an, mal an sans trop d'ambition jusqu'à la saison 1987-88 quand une génération exceptionnelle conduite par le trio Henchiri-Msakni-Yahmadi a failli concrétiser le rêve de toute la localité de Mellassine et l'effort du président du club Belhassen Fekih. Ex æquo en championnat avec l’Espérance, il concède le titre, mais trouve la compensation en remportant la Coupe de Tunisie aux dépens du Club Africain. Les sensations de la saison resteront des souvenirs malgré la qualité des dirigeants qui ont pris la relève: Mustapha Lakhoua, 1988-89, et Férid Mahersi, finalement impliqué dans la responsabilité directe en 1989-90.

La descente aux enfers commence à se profiler quand le club s'est trouvé démuni face aux exigences du professionnalisme, sa dernière saison en Nationale datant de 2003-04. La bravoure de Bouzaiene Yahiaoui a accordé au club un sursis, mais l’apport de ses anciens joueurs n’a pas suffi. Et la volonté Mohiedine Habita, la passion de Ali Kaabi et le dévouement de Fourat Akrémi, trois présidents au secours du club,  n’ont pas permis de maintenir le club dans son rang. Même Lotfi Khémiri, sensible à l’appel du devoir, en 2022, n’a réussi qu’à freiner une hémorragie inquiétante et combattre l’opportunisme malfaiteur de pseudo dirigeants.

Aujourd’hui, le COT végète dans le palier inférieur dans une compétition qui s’apparente à un inter-quartier, sans qu’une lueur ne vienne annoncer une rédemption. Les pères fondateurs doivent sans doute se retourner là où ils sont.

Mohamed Kilani
 

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