News - 09.07.2012

Pour la constitution de la «Ligue de Tunisie pour la Culture et la Pluralité»

Pour un dépassement constructif

Loin des polarisations politiques et des exacerbations idéologiques, un certain nombre de tunisiennes et de tunisiens s’est réuni autour d’un projet culturel ayant comme credo le dialogue constructif. Ce projet, nommé Ligue de Tunisie Pour la Culture et la Pluralité (« LTCP »)1 , s’inscrirait dans le développement d’une pensée politique et civilisationnelle nouvelle et le rehaussement de la conscience individuelle tunisienne, censée produire une  solidarité collective en accord avec les impératifs de la Révolution du 14 janvier 2011.

La Ligue œuvrerait principalement à la mise en place d’un contrat culturel et social, qui supplantera la politique d’exclusion, régnant entre les différentes composantes de la scène politique nationale. Ainsi la Ligue se définit, de ce fait, comme un espace de communication ouvert à toutes les composantes de la société civile, dans le respect de leur diversité.

La Ligue compte sur le dépassement des discours mobilisateurs fermés prétendant l’appropriation d’alternatives politiques  prêtes à l’emploi.

Le défi étant de trouver les voies et moyens, à même de faire évoluer la diversité de notre scène politique vers un espace de relations interactives et constructives, qui permettra d’atteindre des alternatives communes, capables de préserver solidement les bases de notre société et de notre Etat.

Pour toutes ces raisons, la Ligue a choisi le symbole « Tunisie » dans la mesure où il nous renvoie à une symbolique fédératrice, à un système de valeurs anciennes et modernes, qui ont conféré à notre société une capacité réformatrice historiquement reconnue.

Prendre conscience de l’instant historique     
  
Cette initiative s’inscrit dans une conjoncture historique sans précédent que notre pays est en train de vivre. Elle vient à la suite d’une Révolution pacifique inédite, qui a eu raison d’un régime hégémonique et despotique et qui a, ainsi, ouvert de vastes horizons de liberté auxquels personne n’était préparé. La Révolution a ainsi élargi le spectre partisan et associatif et jeté les bases de la participation politique. Elle a permis, également, à un parti d’obédience islamique, qui faisait, naguère, l’objet de campagnes officielles de répression et d’éradication, de participer, à travers des élections libres, d’une manière effective au pouvoir et à la rédaction de la nouvelle constitution. 

La valeur de cet évènement ne découle pas seulement du fait qu’il a permis de recomposer qualitativement la carte politique tunisienne mais également parce qu’il a été porteur de significations multiples aussi bien politiques qu’intellectuelles dont la portée n’a pas encore été saisie de manière précise et homogène.

La compréhension de ces significations exige, à notre avis, la conjugaison des efforts de toutes les forces sociales dans le but de se représenter les impératifs de cet instant historique dans le cadre d’une entente globale.

Ce qui s’est passé depuis le 17 décembre 2010 n’est pas, comme cela pourrait être compris à première vue, un simple soulèvement contre un régime politique et son remplacement par un autre. Il représente plutôt une adhésion collective à une dynamique révolutionnaire aspirant à se libérer d’un Etat subjuguant la société vers un Etat coexistant pacifiquement avec celle-ci.

Les enjeux du nouveau paradigme

Dans cette perspective, la Ligue estime nécessaire de prendre comme point de départ les éléments suivants :

1 - Les mutations que connait la Tunisie ne sont pas dues à des causes sociopolitiques locales uniquement. Elles s’inscrivent, également, avec leurs particularités locales, dans le cadre d’une dynamique universelle de changement plus générale.

2 - Le processus que notre pays est en train de connaitre après la Révolution comporte des spécificités socioculturelles qui le distinguent d’autres processus révolutionnaires tels que ceux connus par certains pays de l’Europe de l’Est après s’être libérés du joug de régimes totalitaires.

3 - La transition démocratique n’est pas uniquement un besoin typiquement national  et ne se limite nullement à des techniques juridiques telles que celles relatives à la justice transitionnelle, la réforme des institutions et la mise à niveau des partis politiques.

4 - La Ligue vise à participer à la réalisation d’une œuvre collective, loin des antagonismes et des enjeux politiques afin d’extraire l’Etat de la sphère des polarisations politiques et idéologiques.

En définitive, l’enjeu fondamental de cette démarche est le dépassement de la problématique de « l’Etat moderne et l’aliénation de la société ». La réalisation de ce dépassement s’effectuera à travers l’accomplissement des objectifs suivants :

• Réformer le concept de l’Etat après plusieurs décennies de perversion dues à un surdimensionnement de son rôle.

• Revaloriser la société et consolider ses capacités pour assurer sa mutation d’un groupement d’individus soudés et intégrés par la force et la violence de l’Etat  vers un ensemble différencié et diversifié qui ne pourra se développer qu’à travers l’émulation pacifique.

• Participer de manière qualitative à la réussite du pari si important dans cette Tunisie postrévolutionnaire consistant à permettre à l’Etat d’étendre son pouvoir à nouveau sans pour autant reproduire les anciens mécanismes hégémoniques.

Pour un nouveau contrat Socio-culturel

Prendre conscience de l’instant historique exige le dépassement de l’appréhension des faits de manière fragmentée et superficielle et l’adoption d’une approche socioculturelle englobant ces faits tels que nous les avons connus lors de la Révolution.

 Par conséquent, il est clair qu’il devient urgent de diffuser un discours dont l’objectif est de jeter les ponts entre les différentes composantes de la société et de ses élites. S’il y a un quelconque avantage à tirer de cette démarche c’est bien la rupture avec l’inaction et la stagnation dont ont souffert plusieurs courants et forces politiques durant des décennies de despotisme et d’exclusion et qui ont fait subir à la société des pertes incommensurables.

Le défi que les différentes parties doivent lever consiste indiscutablement à démontrer leurs capacités à assimiler les objectifs de la Révolution et de se représenter l’opportunité qu’elle a offerte aux différentes parties de dépasser les enclos idéologiques et, partant d’inaugurer une nouvelle étape de modernité politique réelle.

Nous pensons qu’il y a un réel besoin d’affronter deux défis indissociables : le premier est relatif à l’espace islamique alors que  le second  a trait à l’espace national général. En effet, la plus grande composante du mouvement islamiste est passée,  grâce à la Révolution, du camp de l’opposition et de l’exclusion politique, à celui de la participation à un pouvoir légitime et a été propulsée au leadership d’une étape transitionnelle éminemment importante. Ce changement de positionnement devrait, à notre avis, l’inciter à faire des révisions profondes à deux niveaux : 

• Le premier niveau consiste à rompre avec le modèle de relation qui a permis, jadis, à l’Etat d’encadrer la société qui était inscrit dans le projet de l’Etat-nation et de remplacer cette relation  par un pouvoir rationnel doté d’institutions mettant fin à l’aliénation de la société. Ceci permettra de sauver et l’Etat et la société et de reprendre à son compte un concept historiquement enraciné dans le vécu musulman  à savoir la responsabilité collective de l’Umma  à l’égard du pouvoir du gouvernant.

• Le second niveau consiste à ouvrir le dialogue au sein de l’espace musulman, d’une part, et l’espace national, d’autre part, afin de faire évoluer les interactions, d’entretenir l’autocritique et d’enrichir les compétences à l’intérieur de ces deux espaces et autour d’eux.

En guise de résumé de cette introduction préliminaire, nous pouvons dire que la « Ligue de Tunisie pour la Culture et la Pluralité » œuvre, par le biais d’outils de conscientisation civique, à l’instauration d’une conviction selon laquelle aucun courant politique quel qu’en soit la couleur idéologique ne peut agir que sous le plafond de la Révolution. Ce plafond peut être représenté par les deux principes suivants :

1. Le champ politique ne pourra jamais être confisqué par un parti ou un mouvement ou une faction.

2.  La violence de l’Etat doit être neutre par rapport à la lutte politique.

Pour le Comité provisoire de constitution de la Ligue :
Hmida Ennaïfer, Naoufel Saied, Benaissa Demni

(1) La Ligue est en cours de constitution

 

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