Hédi Bouraoui - Transculturalisme et francophonie : un compte rendu par Una Pfau
Par Dr. Una Pfau - Nikolaus-Cusanus-Haus - Le livre «transculturalisme et francophonie», la grande somme dans laquelle le professeur de littérature francophone en retraite, Hédi Bouraoui, écrivain et poète connu au canada raconte son autobiographie contient trois parties: la première partie est vouée à son œuvre exhaustive, poésie, romans et essays et à ses expériences avec les maisons d’éditions bonnes et moins bonnes. De bonnes amitiés sont nées déjà pendant sa formation à Sfax en Tunisie où il est né, dans le Sud-Ouest de la France, à Gers en Gascogne, où il a vécu pendant l’adolescence. Il a passé là ses deux baccalauréats pour s’inscrire après à l’université de Toulouse. Le sud-ouest de la France lui est donc familier jusqu’à son patois, mais il écrit son œuvre, sa poésie, ses romans, ses essais, universitaire ou autres, ses articles, ses récits, ses nouvelles, interviews etc. Toujours en français. Il a voyagé en Europe dans des différents pays et y a des amis: la belgique, la suisse romande francophones, l’Italie, l’Angleterre, l’Espagne, la Grèce, l’Allemagne, mais aussi des pays de l’est comme la Bulgarie, la macédoine. Il connaît aussi assez bien l’ancienne Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Slovénie.
Avec ses parcours et ses connaissances il se sent parfaitement européen. Mais il est aussi Américain et surtout canadien parce qu’il a passé une grande partie de sa formation aux Etats-Unis et sa carrière universitaire à la York-université à Toronto.
Après, il a concouru puis obtenu une bourse pour Indiana University, Bloomington. On Lui offrait de faire une, mais il lui fallait du temps pour s’adapter aux méthodes Américaines et pour obtenir une prolongation de sa bourse qui lui permettait de finir sa maitrise sur “l’image de la France dans l’œuvre de Henry James”. Dans un cours de littérature comparé, il a fait la connaissance d’Elisabeth Sabiston qui est devenue la compagne de sa vie. D’abord, il voulait rentrer en France et enseigner l’anglais dans un lycée, mais il s’est vite adapté à la mode de vie américaine. Et un professeur français, Robert Champigny, devenu un ami, lui a conseillé d’inclure la littérature française dans son cursus car comme native speaker du français il trouverait ainsi plus facilement un poste dans cette langue. Ce conseil a minant carrière. Outre la littérature français du vingtième siècle Hédi Bouroui a choisi surtout la littérature francophone, c’est à dire celle des états de l’Afrique du nord, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie et des pays africains subsahariens, de l’ouest, la littérature antillaise, québécoise et ontarienne.
De l’Indiana University, il est passé à Cornell University à Ithaka /New York. Heureusement, Elisabeth Sabiston y a obtenu une bourse aussi et plus tard un poste à la York Univerity à Toronto. De cette façon, ils pouvaient rester ensemble.
Sa première rencontre avec l’Amérique du nord fut en 1958 et il y est resté jusqu’en 1966, date où il a fait sa demande pour un poste au canada. Il aimait le mode de vie et la culture américaine, mais pas sa politique extérieure. Canada par contre lui plaisait par son côté paisible et démocratique, sa multiculturalité, son côté pays où on laisse la culture que les immigrés importent.
Il avait le choix entre quatre universités et il s’est installé comme chargé d’enseignement à celle qui lui a semblé la plus moderne, une université en train de naître. Comme bâtiment était d’abord un champ de maïs avec une ferme.
Outre l’écriture, Hédi Bouraoui considère l’enseignement comme sa plus grande tâche. Au Début la York Univeristé contait 600 étudiants. Aujourd’hui elle en conte avec ses différents départements environ 60 000 étudiants. C’est devenu une des universités les plus importantes du Canada.
H.B. a développé une méthode d’enseignement de la langue française et a écrit trois livres sur ce sujet qui sont restés au programme de la York Université pendant sept ans. Il a développé sa propre méthode après le structuralisme du Suisse Ferdinand de Saussure. Méthode d’interprétation des textes littéraires moins par le savoir que par la compréhension.
Hédi Bouraoui se sent doué pour l’enseignement parce qu’il aime la communication avec toutes sortes des gens pourvu qu’ils ne soient pas bêtes, violents où méchants.
D’enseignant a posé sa candidature pour devenir master of Stong College parce qu’il s’intéressait à l’éducation des Under graduâtes pour qu’ils puissent atteindre un plus haut niveau universitaire. Et il voulait sorti du département d’études françaises et acquérir l’indépendance de faire les choses d’après sa volonté.
Dans son nouvel poste il avait un immense bureau et la responsabilité de tout ce qui concerne ce bâtiment, de .La résidence avec ses près de trois cents étudiants aux salles de classes, de conférences ou activités socio-culturelles, bureaux des professeurs, Dining Room, de la cuisine du Stong College. Heureusement, il a hérité de VirgiIa Rock, la femme-master qui le précédait un système de gouvernance démocratique Et n’a pas de difficultés à déléguer les responsabilités.
C’étaient trois personnes qui faisaient l’intendance du Stong College: Hédi Bouraoui comme Stong-master, prof. Elisabeth Sabiston comme conseillère académique et différentes personnes comme Tuteurs de la résidence. Il y avait une galerie d’art , the Samual Zacks Gallery, qui avait une grande réputation et un théâtre nommé d’après l’écrivain important Samuel Beckett. Là plusieurs pièces d’auteurs de renommé local et Mondial furent montés. A la Samual Zack Gallery il y avait des expositions qui sont devenues célèbres.
Hédi Bouraoui mentionne les fellows et les alumni qui participent avec énergie aux activités socio-culturelles du Stong-College. Très important est pour lui un évènement qui A lieu chaque année: c’est la remise des diplômes de fin de parcours d’étudiant (e)s du premier cycle. Le Master Of Stong doit mettre pour cette occasion sa toge de doctorat de Cornell University qui est d’un rouge éclatant et qui montre la provenance des “Ivy Schools”, c’est-à-dire les plus réputés des Etats Unis.
La cérémonie commence avec le discours d’un personnage important. Après, on appelle les étudiants un à un et un leur passe l’écharpe selon leur rang et le diplôme. Ils montent sur le podium et le master et toute l’administration leur serrent la main, signe qu’ils ont désormais La possibilité d’avoir un poste ou qu’ils sont tout simplement avancés dans leur études.
Hédi Bouraoui qui a la cœur ouvert pour la jeunesse se réjouit toujours lors de cet évènement.
Il est toujours prêt à donner des conseils aux jeunes aussi après sa retraite.
Le Stong College offre 22 cours qui ne contiennent pas plus de 22 étudiants et est le premier à offrir des cours à des enseignants des communautés environnants qui ne sont pas dans le cadre universitaire.
Hédi Bouraoui a été élu Chair of Council of masters pendant cinq ans et devait diriger une dizaine de ses collègues qui se réunissaient une fois par mois. Elisabeth Sabiston qui prenait sa place pendant ses années sabbatiques a été élue chair I.C.C. Et a été acting master 1983/Et vice-Chair du Council of masters.
Pendant son activité comme Master of Stong Hédi Bouraoui a organisé plusieurs colloques desquels celui sur “la théorie de critique littéraire ”qui traitait de critique comparée française/américaine était la plus réussie. Il y avait à ce moment l’argent pour inviter des universitaires venant un peu partout. C’était en mai 1988.
Mais il y avait toute un série de conférences locales sur les écrivaines: Jane Austen (organisée par Virginia Rock), George Eliot, les sœurs Bronte et Elizabeth Gaskell (Toutes organisées par Elizabeth Sabiston).
Après la fin de leur mandat, il y avait encore un colloque international sur “l’œuvre d’Hédí Bouraoui: perspectives critiques, 2005, actes publiés, 2007.
“Pluri-culture et écrits migratoires”, 2012, actes publiés en 2014.
En 2002 a eu lieu la fondation du “Canada Mediterranean Centre (cmc), sous l’égide du département d’Études françaises et de Stong College avec un “Endowment Fund” d’Hédi Bouraoui. L’espace leur a été fourni par Eric Willis , Master of Stong, ainsi que 12 étagères pour présenter leurs diverses collections dans tous les domaines des littératures francophones et des revues académiques dans ces domaines.
Après une année sabbatique qu’il a passé en France la York Université lui accordé le titre Professeur honorifique d’université pour ses publications académiques et pour son administration. En effet, il avait publié beaucoup. Depuis ce temps le titre est dégradé paracerque aussi des enseignants qui n’ont rien publié l’ont reçu.
Mais sur le panneau où sont publiés les professeurs portant le titre professeur honorifique est nommé d’abord John T. Saywell, premier doyen de leur faculté réputé pour ses recherches sur l’histoire du canada. Et en second, on voit le nom de Hédi Bouraoui pour ses recherches reconnues internationalement en francophonies littéraires et culturelles.
Deux ans après son congé sabbatique un collègue l’a poussé de se présenter au comité sélection pour le poste de directeur du département d’études françaises qui allait être vacant. Le département n’a pas eu toujours bon presse parce qu’on n’y travaillait pas toujours bien ensemble. Hédí Bouraoui a eu le poste du directeur de 1992 à 1995 et il a défendu son département pour maintenir les cours. Mais dès qu’il avait fini son mandat, le Doyen a coupé le secours et les collègues ont blâmé Hédi Bouraoui de ne pas avoir maintenu ces cours.
Mais un des avantages du mandat du directeur était le travail très agréable avec l’assistante administrative, Liliana Guadagnoli à laquelle il a voué même un poème.
Pendant son mandat de directeur du Def, il a eu même un colloque “la traversée du français dans les signes littéraires culturels et artistiques marocains. C’était un colloque international qui a eu lieu du 20 au 23 avril 1994. On y a invité Driss Chraibi, considéré comme le père fondateur de la littérature francophone Marocaine. Il est venu de temps en temps assister aux séances et il y avait de vives discussions.
Hédi Bouraoui a organisé encore un deuxième colloque international : la traversée du français dans une Tunisie plurielle. C’était du 26 au 29 octobre 1995, année où il allait finir son mandat de directeur du DEF. Normalement, il devait faire un second mandat qui devait le mener jusqu’à sa retraite en 1998. Mais il y avait des intrigues et on a donné la direction du département à un linguiste.
La York University avait la renommée d’être gauchiste, avant-gardiste et donc progressive. Mais c’était dans les cours que les étudiants ne voulaient plus lire de la littérature, et Hédi Bouraoui a perdu l’envie d’enseigner. Il a donc pris volontiers sa retraite à 65 ans, quoiqu’il aurait pu continuer à donner des cours. Mais il a eu la chance d’être nommé « écrivain en résidence » au département d’études françaises et à Stong College par le doyen de l’époque, un ami, Robert Drummond. Il n’était pas payé, mais on continuait à lui verser l’allocation. Cependant, il était disponible pour conseiller les étudiants, diriger les thèses ou simplement être présent pour évaluer les travaux lorsqu’un département le lui demandait. En gros, Hédi Bouraoui préférait l’enseignement à l’administration et c’est un immense plaisir pour lui de voir progresser la jeunesse et d’être en contact avec elle.
Quand Hédi Bouraoui est arrivé au Canada vers la fin des années 60, le Premier ministre était Pierre Elliott Trudeau (jusqu’en 1980), qui a introduit la politique du multiculturalisme et a créé peu de temps après la métaphore de « la mosaïque canadienne ». Hédi Bouraoui, étant immigré lui-même, s’est toujours vivement intéressé à la thématique de l’immigration, aussi bien dans sa vie que dans ses écrits.
Mais il a constaté que les immigrés récents s’établissaient auprès des citoyens de leur propre provenance, c’est-à-dire que les Chinois créaient des Chinatowns, les Italiens des Little Italy en centre-ville, etc. H. B. trouve ce comportement naturel, mais il ne conduit pas à créer le dialogue et les échanges entre les différentes ethnies. Le mot « multiculturalisme » était figé dans un sens populaire, et Hédi Bouraoui a inventé l’expression « transculturalisme » pour en élargir le sens, Quant à une connaissance profonde et de sa cuture sans distinction entre haute culture et culture populaire, mais dans l’ensemble pour les transcender, les transmettre, les transvaser...à l’autre diffèrent. Et s’attendre que l’autre en fasse de même. Alors c’est un échange dans l’équipe et dignité. Hedi Bouraoui a créé le mot “transculturalisme”en 1972, époque où personne n’en parlait. Maintenant on l’utilise sans le définir.
Dans ce contexte H.B. renvoie à son livre “transpoetique: éloge du nomadisme.
Ce titre surgit aussi dans la troisième partie du livre, qui contient des lettres fictives, des souvenirs adressés à des amis décédés, des réflexions sur la poésie, des conversations avec des amis, un sketch sur Roland Barthes renversé par un camion à la sortie d’un cours, l’histoire d’un poète, ainsi que des textes dont s’éprend une belle jeune fille.
Toute cette dernière partie montre l’humanisme de Hédi Bouraoui, sa défense d’une pensée progressive, son humeur, sa tolérance, sa sagesse, son attitude pacifique et son parti pris pour la justice. C’est un livre plein de détails et de répétitions, le livre d’un homme énormément travailleur, ouvert à l’amitié en général et à la jeunesse en particulier, un livre qui montre la richesse d’une double carrière d’enseignant et d’écrivain, enfin le livre d’un homme sensible qui est, malgré ses succès, resté modeste.
Dr. Una Pfau
Nikolaus-Cusanus-Haus
Transculturalisme et francophonie
De Hédi Bouraoui
Editions Leaders
En librairies et sur www.leadersbooks.com.tn
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