News - 29.03.2018

Le président du Congrès Juif Mondial lâche Netanyahou et craint pour la survie d’Israël

Ronald Lauder, « le roi des Juifs »…. Lâche Netanyahou et craint pour la survie d’Israël

Ronald S. Lauder est le président du Congrès Juif Mondial, une vieille organisation qui survit grâce aux subsides qu’y injecte ce magnat américain des médias, héritier d’un empire dans les cosmétiques.

Après avoir longtemps soutenu le parti droitier Likoud -allié aujourd’hui aux ultra-orthodoxes- et Netanyahou son chef - dont il a été longtemps le confident et le missi dominici pour des négociations et des missions délicates -, le voilà qui publie dans le New York Times (18 mars 2018) une tribune dans laquelle il sonne l’alarme quant à l’avenir d’Israël et étale au grand jour ses désaccords avec le Premier Ministre sioniste.

Dans cet article « Les blessures qu’Israël s’inflige lui-même », Lauder révèle le schisme qui se développe de plus en plus profondément entre l’Israël de Netanyahou et les juifs américains et déplore  l’éloignement de la solution à deux Etats.

Vers l’irréversibilité ?

Après avoir chanté les louanges de l’économie et de l’armée israéliennes - en oubliant que Tsahal n’est plus sacrée mais que personne n’en parle (Télé i24, 23 février 2018) - Lauder exprime ses craintes et enfonce des portes ouvertes en écrivant comme M. de la Palice : «l’Etat juif démocratique fait face à deux graves menaces qui, je le crois, menacent son existence. La première de ces menaces est la fin possible de la solution à deux Etats. Je suis un conservateur et un membre du parti républicain [américain]. Depuis les années 1980, j’ai toujours soutenu le Likoud. Mais la réalité prouve que 13 millions de personnes vivent entre le Jourdain et la Méditerranée. Presque la moitié de ces gens sont des Palestiniens. Si les tendances actuelles persistaient, Israël fera face à un choix fatidique : accorder aux Palestiniens tous les droits et cesser d’exister en tant qu’Etat juif ou bien révoquer leurs droits et cesser d’être une démocratie. Pour éviter ces inacceptables résultats, la seule voie pour avancer est celle des deux Etats. »

L’alarme que lance Lauder vient un peu tard car les pratiques d’apartheid et le racisme sont déjà là, une réalité en Israël avec les routes réservées aux colons, les systèmes judiciaires différents pour les colons et les Palestiniens, les interdictions de construire pour les Palestiniens… et notamment la loi sur « l’Etat-nation » adoptée par le « Comité sur la Loi Fondamentale » de la Knesset (Parlement). Cette loi  va donner bientôt un vernis constitutionnel au caractère exclusivement juif de l’Etat.  Israël ne sera plus celui de tous ses citoyens, Jérusalem sera la capitale d’Israël et la langue arabe perdra son statut de langue officielle. C’est ainsi que 20% de la population d’Israël vivra un véritable apartheid.

Dans le New York Times, Lauder jette des fleurs à Donald Trump et à son équipe, qui seraient « complètement engagés pour la paix au Moyen-Orient » et ajoute, cerise sur le gâteau : « Des Etats arabes tels l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et les EAU sont maintenant proches d’Israël comme jamais auparavant. Contrairement à ce que rapportent les médias, certains leaders palestiniens importants sont prêts à engager immédiatement des discussions directes. Ils me l’ont personnellement assuré.»

Mais dans un paysage aussi beau – avec les lunettes de  Lauder - il y a des trouble-fête tant chez les Israéliens que chez les Palestiniens, bien évidemment. Et ces empêcheurs de négocier en rond veulent faire capoter « cette opportunité». « Le roi des juifs » dénonce les Palestiniens qui « incitent » à la haine et au terrorisme et écrit à propos des Israéliens: «Intransigeance destructrice que celle de la droite avec ses plans d’annexion et ses constructions de colonies juives de grande envergure au-delà de la ligne de séparation. Au cours des quelques années écoulées, des colonies en Cisjordanie ont été érigées sur des terres qui, quel que soit l’accord, feront partie d’un Etat palestinien. Pourtant, ces colonies ont continué à grandir et à s’étendre. Ces politiques israéliennes aveugles et bornées sont en train de créer la réalité d’un seul Etat irréversible. »

Capitulation devant les extrémistes religieux

Ronald Lauder poursuit : « Il y a la double menace que représentent la capitulation face aux extrémistes religieux et la désaffection croissante de la diaspora juive. La majorité des juifs à l’extérieur d’Israël ne sont pas acceptés comme juifs par les ultra-orthodoxes israéliens qui contrôlent la vie rituelle et les sites sacrés de l’Etat.

De nombreux juifs non-orthodoxes, moi inclus, ont le sentiment que la religiosité galopante imposée par l’Etat en Israël est en train de transformer une nation moderne et libérale en une semi-théocratie».
De fait, sur les huit millions de juifs vivant sur les cinq continents, Lauder affirme que « sept millions sont arrivés à la conclusion que la nation qu’ils ont soutenue politiquement, financièrement et spirituellement leur tourne le dos. En cédant aux pressions exercées par une minorité en Israël, l’Etat juif est en train de s’aliéner un segment considérable du peuple juif. La crise est particulièrement prononcée chez les jeunes qui sont majoritairement laïcs… Les résultats n’ont rien de surprenant : assimilation, aliénation et une sévère érosion de l’attraction et de l’affinité de la communauté juive mondiale pour la patrie des juifs. » Lauder confie qu’il a visité plus de 40 pays et que partout les membres de la communauté juive lui ont fait part « de leur inquiétude et de leur anxiété quant à l’avenir d’Israël et de ses rapports avec la diaspora juive. Une grande majorité des juifs dans le monde n’accepte pas l’exclusion des femmes lors de certaines pratiques religieuses et les lois trop strictes sur les conversions… »

Le président du Congrès Juif Mondial affirme « Nous sommes à la croisée des chemins » et conclut en exprimant son « amour » pour « le succès de notre nation chérie » et ses « craintes pour la persistance  de l’unité  de notre peuple chéri »: «  Parfois, la loyauté exige de dire les choses franchement et d’exprimer une inconvenante vérité. La vérité est que le spectre de la solution à un Etat et le fossé croissant entre Israël et la diaspora mettent en danger le pays que nous chérissons si tendrement. »

En dépit de tous les efforts de la diplomatie sioniste à travers le monde et en dépit de l’intervention des boîtes de com’ les plus puissantes et les plus chevronnées, il devient de plus en plus difficile de vendre l’image d’Israël face aux meurtres de jeunes Palestiniens, de l’emprisonnement d’enfants, des destructions d’écoles, de vols de terre et d’eau et du mépris des résolutions de l’ONU. Pour ne rien dire des casseroles accrochées  aux basques de Netanyahou, de sa femme et de son fils !

Ce que dit Lauder un peu tard, un homme notamment  l’avait dit déjà à l’époque de Sharon : c’est le grand rabbin de Grande Bretagne Lord Jonathan Sacks (alias Jacob Zvi)   qui a qualifié de non-conforme aux « valeurs juives » la politique du Premier Ministre.

Le régime israélien est celui d’une extrême droite assumée qui est contraire à toutes les valeurs universelles.

Apartheid en Israël : gifler un soldat est pire que tuer un palestinien

Deux millions de personnes à travers le monde ont demandé sa libération. Mais « la justice militaire » israélienne en a décidé autrement dans le cas d’Ahed Tamimi. C’est ainsi que le colonel Netanel Bénichou, président de la Cour d’Appel militaire, a approuvé le huis-clos de son  procès, le lieutenant-colonel Menahem Lieberman, président de la Cour Militaire de Judée (nom de la Cisjordanie pour les sionistes) a approuvé « la transaction pénale » qui a conduit à la condamnation de Ahed Tamimi et de sa mère Nariman,  à huit mois de prison pour rien d’autre que pour leur résistance à l’occupation et pour leur dignité, en un mot pour leur héroïsme. Enfin le lieutenant-colonel Haim Balilty a approuvé leur maintien en détention au cours du procès. Pour Gideon Levy, ces trois « juges », tous religieux orthodoxes,  ont dit au monde : l’apartheid est ici [en Israël]… Ce système légal qui a une loi pour les Juifs et une autre pour les Palestiniens.  » (Haaretz, 26 mars 2018)

Apartheid, oui, bien sûr. Le soldat franco-israélien Elor Azaria qui, le 24 mars 2016, a achevé Abdelfattah Echarif,  un militant  palestinien blessé et à terre, en lui tirant une balle en pleine  tête, n’a été condamné qu’à neuf mois de prison et sera libéré dans quelques jours.  Soit un seul petit mois de plus que pour la  jeune fille de dix-sept ans qui a reconnu avoir giflé un soldat. Or, Azaria est un meurtrier de la pire espèce mu par la haine et le racisme! Un mois de différence seulement pour un odieux assassinat !

Le site d’Europalestine nous apprend que la militante anticolonialiste juive Yifta Doron a giflé au tribunal militaire d’Ofer le juge ayant condamné Ahed et Nariman et en solidarité avec les deux résistantes palestiniennes. Elle a été arrêtée mais la justice israélienne l’a libérée. Appel de la police : libérée à nouveau ! Yifta Doron déclare : « Votre système de démocratie réservée aux juifs me révolte et je ne jouerai plus votre jeu. Faites ce que vous voulez de moi. »

Citoyenne israélienne de « nationalité » juive, elle comparaîtra devant la justice civile bien que son geste ait eu pour cadre un tribunal militaire en Cisjordanie, un territoire occupé où s’applique le régime militaire israélien et non civil.

M. Ronald Lauder, « roi des juifs », ouvrez les yeux et méditez ces mots de l’historien Dominique Vidal qui affirme que votre ex-protégé, Benyamin Netanyahou, « n’a jamais été aussi isolé dans l’opinion mondiale » et qui interroge : « Jusqu’en 1939, l’écrasante majorité des juifs rejetait le projet sioniste. Et si ensuite, le génocide nazi a poussé nombre d’entre eux en Palestine, la majorité ne vit toujours pas en Israël. La majorité des juifs du monde serait-elle antisémite ? » (L’Humanité, 9 janvier 2018, p. 17). Et lisez the New York Times où vous avez vos entrées : le 9 novembre 2017, Shmuel Rosner y écrivait : «  Le mot paix est une injure en Israël. »

Ahed Tamimi et sa mère, elles, ne demandent rien d’autre que la paix et ne veulent que la libération de leur pays de l’armée israélienne et des colons fanatiques provenant de France,  des Etats Unis…..

Mohamed Larbi Bouguerra

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