News - 25.07.2014

Libye: Comment la Tunisie peut-elle s'y prendre?

Véritable imbroglio politique, sécuritaire et diplomatique : quelle attitude doit adopter la Tunisie ? Question subsidiaire, mais non moins importante : comment harmoniser la position officielle, et en faire l’unique ligne de conduite ? Sous les gouvernements successifs de Mohamed Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi, au lendemain des révolutions dans chacun des deux pays, les conditions d’appréciation étaient fort difficiles. Des règles ont, cependant, été définies, surtout par Caïd Essebsi.

L’arrivée de Béji Caïd Essebsi à la tête du gouvernement, le 6 mars 2011, confirmera une orientation très nette : vigilance absolue et neutralité totale, mais aussi contenir au maximum les uns et les autres, en attendant l’aboutissement de la révolution en cours. Jusqu’où a été cette neutralité ? Difficile à dire, le secret d’Etat n’étant pas encore levé. Un indice nous en est cependant livré par Abdelhakim Belhadj, ancien djihadiste libyen et chef de guerre lors de la libération de Tripoli le 27 août 2011, dans les mémoires qu’il vient de publier (Ed. Stock). Une salle d’opération des Thouar était installée à Djerba et des rames fournies par le Qatar transitaient par le port de Zarzis. Avec son habileté coutumière, Essebsi gérait l’avant-scène, recevant Mustapha Abdeljélil, puis Mahmoud Jibril, laissant au ministre de la Défense, Abdelkérim Zebidi, et au général Rachid Ammar, gérer le reste avec le ministre de l’Intérieur Habib Essid.

La capture de Kadhafi, qui sera tué le 20 octobre 2011, intervenait alors que les Tunisiens se préparaient aux élections de l’Assemblée constituante. Moncef Marzouki, le président de la République provisoire, choisit, à peine élu le 12 décembre 2011, la Libye pour y effectuer son premier déplacement officiel, le 2 janvier 2012, en vue de marquer les relations fortes entre les deux révolutions. Le premier chef de gouvernement, Hamadi Jebali, se rendit lui aussi à Tripoli un an plus tard en janvier 2013, le temps que le Congrès général libyen soit élu en juillet 2012 et que le chef du gouvernement Ali Zidane soit nommé en octobre de la même année. Le 8 octobre 2013, c’est au tour d’Ali Zidane de visiter la Tunisie à l’invitation de son homologue tunisien, Ali Laarayedh.

Cinq grands principes

Depuis l’adoption de la petite constitution après les élections du 23 octobre 2011 et l’avènement de Marzouki à Carthage, les choses se sont compliquées, compte tenu de l’interférence des pouvoirs en matière de politique étrangère entre la présidence de la République et le gouvernement?

«En gros, résume à Leaders  un spécialiste des relations bilatérales, la Tunisie est passée de l’effet de surprise, sous Ghannouchi, à la neutralité qui se voulait équitable entre Kataeb pro-Kadhafi et Thouar, sous Essebsi, quitte à laisser entrer des armes pour les Thouar, puis à des positions en dents de scie, sous Marzouki, Jebali et Laarayedh». Une nouvelle ligne commence à poindre avec l’arrivée de Mehdi Jomaa à la Kasbah, avec à ses côtés  Mongi Hamdi aux Affaires étrangères.

Les principes n’en sont pas divulgués. Mais des analystes avertis les perçoivent clairement. Retiré dans son magnifique potager au cœur du Cap Bon, Slaheddine Jemmali ne peut s’y tromper. Ancien secrétaire d’Etat aux Affaires arabes et africaines et ambassadeur à Riyad, Le Caire, Amman et Tripoli, jusqu’à la chute de Kadhafi, il entrevoit les cinq lignes suivantes:

  1. observer une totale neutralité avec tous les acteurs de la scène libyenne
  2. éviter de conseiller à la communauté tunisienne en Libye de quitter ce pays et la laisser libre de sa décision tout en la mettant en garde contre les dangers qui pourraient la guetter
  3. se préparer à accueillir tous les Libyens qui chercheraient à trouver refuge en Tunisie
  4. participer à toutes les réunions sur la Libye en s’abstenant de pousser à l’internationalisation ou à «l’arabisation» du conflit interlibyen
  5. s’abstenir de toute alliance militaire avec une quelconque partie interne ou externe sur le conflit interlibyen.

Cette lecture, confirmée par nombre d’autres analystes, intervient après une série de certitudes par les uns et d’hésitations par les autres. Tout récemment, la tentative de médiation directe de Moncef Marzouki, sous ses auspices, auprès des différentes factions libyennes en confrontation, avait suscité de vives réactions de la part de nombre d’acteurs majeurs. Rapidement, elle a été rattrapée par le gouvernement en plaidant plutôt en faveur d’un dialogue interlibyen que la Tunisie serait prête à accueillir, sous la bannière des Nations unies, en offrant hospitalité et neutralité. Soutenue par de grandes puissances, notamment la France, l’idée n’a pas encore pu se réaliser jusque-là.



 

Vous aimez cet article ? partagez-le avec vos amis ! Abonnez-vous
commenter cet article
1 Commentaire
Les Commentaires
ally - 25-07-2014 11:07

Je pense qu'il est temps pour Leaders de s'appeler " organe officiel de Nina à Tounes " ou même pas de BCE parce que c'est le seul de Nidaa Tounes à qui vous jetez des fleurs. Et en même temps vous enfoncez Marzouki. Donc ; c'est sa place que voulez à BCE. D'ailleurs ; dans cet article que personne ne veut signer car très nul ; on aurait pu dire : l'habileté coutumière de Marzouki et les dents de scie de BCE ; on aurait pas changer grand chose au sens logique. Je vous ai toujours dit dans mes commentaires que Leaders ne veut pas publier qu'un bon journaliste doit s'affranchir de ses émotions sinon ses analyses seraient illogiques et bidons.

X

Fly-out sidebar

This is an optional, fully widgetized sidebar. Show your latest posts, comments, etc. As is the rest of the menu, the sidebar too is fully color customizable.