Opinions - 29.02.2012

Mansour Moalla : Il y a urgence

On ne peut plus continuer avec le système de gouvernement du pays mis en place depuis le 14 janvier 2011. Il a suffisamment montré ses insuffisances et ses résultats peu probants. Il ne s’agit pas d’un problème de personnes ou d’organismes politiques. Il s’agit des choix adoptés dès le début, choix qu’il importe aujourd’hui de réviser si l’on veut obtenir des progrès de quelque importance.

Ces choix n’étaient pas adaptés à la situation poste-révolutionnaire. La révolution a eu pour objet essentiellement la liberté, le progrès économique, l’emploi et la justice sociale. Pour réaliser de tels objectifs, il fallait des gouvernements à la hauteur de la situation, c’est-à-dire consensuels, acceptés par la population dans son ensemble, dirigés par des personnes expérimentées et qualifiées ayant un rayonnement social et populaire et donc détenant nettement une légitimité, révolutionnaire et politique au départ, et légale dès que possible. Or les circonstances régnant au lendemain de la fuite de Ben Ali ont privilégié la légitimité d’une constitution violée à plusieurs reprises et devenue très vite inapplicable, après les fameux 60 jours, les autorités mises en place se trouvant ainsi sans légitimité convaincante, qu’elle soit révolutionnaire ou constitutionnelle.

Cela étant, on aura donc affaire à un gouvernement provisoire, en attendant les élections, avec seulement une légitimité « fonctionnelle », le « vide » ne pouvant se concevoir. Cette situation n’a pas encouragé les responsables politiques de tous bords à participer à ce gouvernement, craignant l’échec et ses répercussions sur leurs parcours ! C’était l’attentisme. On aura donc un gouvernement «technique» composé de fonctionnaires et de techniciens, dont certains ont été «importés», n’ayant pas d’expérience politique et ne pouvant avoir de responsabilité devant l’opinion. On ne pouvait attendre des miracles d’un tel gouvernement. Il a fait de son mieux. Le Premier ministre « provisoire » Essebsi et le Président « provisoire» Mebazaa ont eu le mérite d’assumer la responsabilité du pays dans une conjoncture difficile et ont rempli l’essentiel de leur mission : un minimum de sécurité, de paix sociale et d’actions économiques et sociales et surtout des élections le 23 octobre 2011 dans le calme, ce qui était essentiel, même si la loi électorale et la pléthore de partis politiques et l’abstention en ont réduit la portée.

L’essentiel des problèmes ne pouvait être traité par les « volontaires » de ce gouvernement. On attendait des élections qu’elles permettent l’installation d’un gouvernement légitime et plus efficace. Or on va une seconde fois reprendre la formule du «temporaire» : président de l’Assemblée constituante, Président de la République et Chef du gouvernement ne sont là que pour un an. Ce nouveau gouvernement est donc condamné à la faiblesse dès le départ, surtout que ses composantes n’ont pas la même importance et que la domination de la plus importante d’entre elles ne pouvait être évitée. On ne peut donc pas, de nouveau, attendre des miracles de ce nouveau gouvernement qui présente l’inconvénient d’être pléthorique et manquant d’expérience et soumis à une organisation « provisoire » des pouvoirs publics comprenant trois «présidents». Une certaine « cacophonie » est inévitable, l’essentiel pour les uns et les autres est de « gagner » les nouvelles élections, évitant les mesures «risquées» ou impopulaires qui peuvent réduire leurs chances de garder le pouvoir ou d’y parvenir. D’où l’inquiétude de l’opinion devant ces faiblesses et la peur de la population devant la propagation de plus en plus importante de l’extrémisme. Que faut-il faire ? Il est nécessaire de réviser les choix faits au lendemain du 14 janvier 2011. Il convient d’envisager deux mesures essentielles et qui sont liées entre elles.

La première consiste à rompre avec le « provisoire » et le « temporaire ». Il est clair que l’on ne peut continuer à naviguer ainsi, talonné par le temps, des durées courtes et arbitraires, sans perspective ni pour l’immédiat ni pour l’avenir plus ou moins lointain. On doit pouvoir disposer du temps nécessaire pour au moins confectionner des budgets et des plans cohérents pour l’immédiat, pour l’avenir proche et pour le demi-siècle prochain qu’on espère meilleur que celui que nous avons vécu. Tout cet ouvrage ne peut être actuellement entrepris: on se limitera à des actions d’urgence pour un peu plus de sécurité et un début au moins de redressement économique. On doit donc, comme je l’ai indiqué dès le départ, avoir un gouvernement durable capable de faire face aux graves problèmes du pays. Il doit fonctionner durant la période jugée nécessaire et suffisante : deux à trois ans au moins.

Il est entendu que la Constitution doit être établie dans le délai convenu, un an, et en tout cas avant la fin de l’année 2012. Cette constitution devra prévoir dans les mesures « transitoires » qu’il n’y aura, de la fin de 2012 à la fin de 2014 ou 2013, qu’une seule élection, celle concernant les communes, organisées sous l’égide du gouvernement d’union nationale, toute autre élection prévue par la Constitution ne devant se tenir qu’à la fin de 2014 ou 2013. Mais on ne peut parvenir à la création d’un tel gouvernement que si on choisit en même temps « l’union nationale », et la participation de tous les courants d’opinion et de toutes les potentialités du paysà ce gouvernement. La raison en est toute simple. C’est qu’en dehors de cette «union nationale» les principaux partenaires concernés n’accepteront pas de voir, les uns leurs chances de quitter le pouvoir s’aggraver, et les autres leurs espoirs d’y parvenir s’éloigner. Spéculations, partisanes et hasardeuses! mais réelles et inévitables. Si tous ces partenaires assument leurs responsabilité commune, ils vont être rassurés et leurs craintes pourraient être dissipées et celles également d’une grande partie de la population qui tient à la sauvegarde des acquis de l’indépendance. Cette « union nationale » est de nature à apaiser le pays et à satisfaire l’opinion qui est lassée par la dispute et le trouble. Le risque de domination immédiate d’une fraction politique s’éloigne ou n’est plus immédiat. En outre, une telle « union» améliore notre potentiel de progrès en inspirant confiance au monde qui nous entoure.

J’ai souligné très tôt la nécessité de cette union nationale et l’inefficacité du « provisoire » et du « temporaire » et ce dès le mois de juin 2011 et à 5 reprises dans des articles publiés par la revue Leaders des mois de juin, juillet, octobre, novembre et décembre 2011. Enfin, cette «union» est compatible avec un objectif important à atteindre : le rééquilibrage du domaine politique composé d’un parti dominant et de plusieurs autres dispersés. Cette structure est malsaine. Elle n’offre pas la possibilité d’une alternance au pouvoir nécessaire à la démocratie: une durée excessive au pouvoir use et détruit même le crédit des gouvernants. L’alternance permet le renouvellement avec l’arrivée de nouvelles équipes restées crédibles. Mais elle ne peut exister que s’il y a une structure politique comportant deux formations politiques centrales capables de se relayer au gouvernement avec éventuellement le concours de formations moins importantes. L’union nationale, si elle est proclamée, va permettre aux formations politiques de «respirer», de se calmer, de ne plus travailler sous la contrainte des nombreuses élections à venir, de s’organiser, de mettre fin à la pléthore de partis et à la dispersion, grâce à une loi sur les partis et une loi électorale adéquates. On peut donc parvenir à une structure politique permettant au pays d’être gouverné plus efficacement et de pouvoir faire fonctionner une démocratie sans heurts et sans violence.

Union nationale et suppression du provisoire et temporaire sont deux mesures vitales. Une fois réalisées, une fois la structure politique réaménagée, le pays enfin stabilisé, la sécurité et la confiance revenues, l’extrémisme révisé ou contrôlé, on peut envisager un fonctionnement normal de la démocratie qui nécessite l’existence d’un gouvernement légitime et d’une opposition positive et crédible. Il appartient donc à tous les responsables politiques de prendre ces décisions courageuses. C’est leur devoir. Ils ne peuvent laisser le pays à la dérive. Une tâche énorme mais exaltante nous attend tous. Il faut nous dépasser héroïquement, mettre entre parenthèses les sujets secondaires sans rapport avec la santé et l’avenir du pays. C’est notre devoir à tous, responsables, citoyens, société civile. Sinon on nous accusera, à raison, de continuer ce mauvais jeu de massacre qui met la révolution et le pays en danger.

Mansour Moalla


 

Tags : mansour moalla  
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19 Commentaires
Les Commentaires
taieb - 29-02-2012 20:59

Je crois que Mr Moalla se trompe d'époque,sinon ses propositions ne sont que de simples voeux pieux!

khaled - 29-02-2012 22:49

Effectivement j'estime qu'un gouvernement d'union nationale reste la seule alternative en attendant que la constituante nous présente ses travaux!!!Il est temps de "sauver les meubles"!!!!

MOLIDE - 01-03-2012 06:14

OUI ON S ATTENDAIT APRÈS LA RÉVOLUTION OU CE QU IL EN RESTE ,A DES PROGRÈS EN MATIÈRE ÉCONOMIQUE , PLUS DE LIBERTÉS OR AVEC CE GOUVERNEMENT LES DÉBATS SE SONT FOCALISES UNIQUEMENT SUR LA RELIGION ET LES PROBLÈMES INTERNATIONAUX QUI NE NOUS REGARDENT PAS VRAIMENT .CE GOUVERNEMENT A FAILLI , IL DOIT DÉMISSIONNER CAR INCAPABLE DE GOUVERNER .

Med Chawki Aombid - 01-03-2012 06:59

Contrairement à son équipier qui préfère toujours semer la zizanie et diffuser le discorde entre les principales formations sociopolitiques, MM n'épargne aucun effort depuis le 14 janvier pour rassembler les mouvements politiques, les penseurs et les composantes de la société civile autour des objectifs nobles d'une Tunisie en quête de leviers de relance, dans une phase de démocratisation progressive. Encore faut-il qu'on sache gérer les priorités pour trouver le bon levier de redressement, en terme d'efficacité, d'équité et de justice sociale.

Observateur - 01-03-2012 07:01

Mansour Moalla a tout a fait raison. Je crois que si un sondage était mené aujourd'hui, la grande majorité des Tunisiens serait d'accord avec les propositions qu'il suggère. En tant que Tunisien, j'ai cru, dès la déclaration des résultats des élections, qu'un gouvernement d'unité nationale allait voir le jour. En temps de crise la division majorité-opposition est malsaine, inadéquate et n’a aucun sens à moins qu'on ait des idées derrière la tête. Malheureusement, et cela on l'a remarqué dès l'annonce des résultats, beaucoup de "perdants" ont eu du mal à digérer leur défaite. On dirait que tout est fait depuis pour que ce gouvernement échoue. Étant donné la conjoncture actuelle, si jamais le gouvernement Jebali devait tomber, ce serait un désastre pour le pays qui sombrera dans une crise encore plus profonde et plus dangereuse. Il n'y aura alors que des perdants et les Tunisiens devront faire les frais de cette politique politicienne très très mal placée. Je ne comprends pas pourquoi à l'instar des autres démocraties, le présent gouvernement n'a pas bénéficié de la traditionnelle période de grâce de 100 jours (en réalité, il n'a bénéficié d'aucune grâce). Il est temps de s'éloigner du gouffre avant qu'il ne soit trop tard. Un gouvernement d'unité nationale, s'il vous plaît.

ABH - 01-03-2012 08:27

Très bonne analyse de la situation, de bonnes propositions mais seront-elles entendues?

Mhamed Hassine Fantar - 01-03-2012 08:37

Les préoccupations de monsieur Mansour moalla,ancien Enarque, ancien ministre de Bourguiba d'une expérience multiple dans les secteurs banquaire, financier, économique et de la planification merite l'attention de tous ceux qui s'interssent au présent et à l'avenir de notre pays.Mansour Moalla est tout à fait indiqué pour être associé à la reflexion et à la consultation sur le destin constitutionnel de notre pays

arthur janot - 01-03-2012 09:16

Votre sagesse vous honore et surtout l'amour de votre pays vous grandit. Certes l'unité nationale serait salvatrice mais qui voudra jouer le jeu. Un parti qui a obtenu tant de voix avec les moyens que vous savez allant jusqu'à persuader de braves gens que voter pour eux c'est se rapprocher de Dieu (c'est très à la mode, puisqu'il paraît que pratiquer l'excision cela rapproche aussi de Dieu - on prend les tunisiens pour des imbéciles, n'est-ce pas ?). Un parti et ses "associés" qui regardent sans mot dire les exactions de toutes sortes d'extrémistes : on insulte nos femmes, on terrorise nos soeurs, on menace de mettre le feu à Sousse, etc etc, vous savez tout cela et devez en souffrir. Un Président qui légalise des partis, des associations à obédience salafistes. Tous ces gens, au contraire de vous, semblent vouloir pour la Tunisie un maximum de chaos pour prendre un pouvoir plus dur, pour rester sur leur trône et peut être pour imposer à la Tunisie la terreur et l'obscurantisme. Si rien n'est fait en urgence, le chaos est pour demain. Il faut que des personnalités comme vous se réunissent, expliquent au peuple les erreurs commises et montrent la voie de la réussite de la révolution qui fera la fierté de la Tunisie à travers le monde. Merci pour votre sagesse et pour votre passion pour un pays que nous aimons tant

al07 - 01-03-2012 11:21

Vous savez très bien que vôtre proposition restera un vœu pieux !!Les visées hégémonique de Ghannouchi et d'Ennahdha sont évidentes,l'égo et les ambitions personnelles de Marzouki sans partage,la mollesse et la complicité d'un Ben Jaafar inébranlables..... Comment voulez vous que ces théocrates rétrogrades s'allient à des démocrates modernes et laïques, alors qu'ils n'ont rien à faire de la Tunisie et que seule compte leur ambition personnelle ?

Fathallah - 01-03-2012 11:42

Comme d'habitude les analyses de Si Mansour sont pertinentes et ses propositions judicieuses et opérationnelles. J'estime que le Gouvernement d'Union Nationale était envisageable depuis les premiers mois de la Révolution et avant les élections. Mais, maintenant, ceux qui se sentent les mieux placés pour gouverner le pays et par voie de conséquence de s'installer dans le Pouvoir admettent une telle proposition. La Tunisie continuera à payer la facture des tergiversations de ceux qui ont pris en mains notre sort, tout à fait au début."?????? ????"

KLM - 01-03-2012 11:58

Ben Ali parti et une pléthore d'hommes politiques de tous bords, soit-disant de centre,de gauche et même de son extrême, se disant démocrates, modernes, modernistes, laïques et laïcards compris,avec certains francophiles qui espèrent,peut-être,faire revenir un certain protectorat, certains revanchards aussi, n'ont cru et pensé, avec narcissisme, qu' à le remplacer et occuper le trône vacant. Et ils ne désespèrent pas. La Démocratie est une culture (il faut savoir et pouvoir accepter 50% + une seule voix) et 55 ans de pouvoir personnel et de dictature n'ont engendré qu'un désert politique, au sens vrai et noble du terme. Des élections libres ont eu lieu pour une assemblée constituante.Certains, le soir même du verdict, se sont déclarés dans l'opposition alors qu'ils ont été élus pour rédiger une constitution, se projetant déjà dans une élection présidentielle, alors qu'ils ne savent si le régime va être parlementaire ou présidentiel. L'idée les obsèdent. Ajouter à cela le désir d'un dinosaure des années 50/60 qui ne désespère pas lui aussi à occuper de nouveau la scène politique et à compléter la partie désastreuse du règne d'un Bourguiba finissant. Ajouter à cela les revanchards et les jaloux de tous bords. Ajouter à cela aussi cette horde de barbus et d'illuminés, venus de nulle part et qui veulent renvoyer le pays 14 siècles en arrière. Bien que n' étant pas de votre bord et suivant de loin ce qui ce passe dans le pays , j'adhère à votre analyse et espère que la raison l'emportera.

Mahjoub - 01-03-2012 14:01

J'en appelle au patriotisme et au sens du devoir de Si Mansour pour qu'il s'engage (et qu'il mobilise toutes les bonnes volontés du pays) en faveur d'une contribution concrète et positive à un début de solution pour le problèmes économiques et sociaux prioritaires du moment. Par ses propositions éclairées comme par ses initiatives en matière d'investissement et de création d'emplois, il pourrait contribuer à sauver le Pays d'une dégradation catastrophique de la situation.

bakir ali - 01-03-2012 14:14

excellent! c'est l'intelligence et l'expérience qui parlent. Mais les actuels gouvernants n'avaient qu'un voeu: "Nous prendrons le pouvoir et nous y resterons longtemps" avait déjà déclaré Ghannouchi (Fr;24) bien avant les élections!!! Alors ils ne comprendront pas ou ne le voudront plutôt, même s'ils savent qu'ils sont dans la m... Ils veulent essentiellement donc préparer les prochaines législatives.

Maryam Brodowski - 01-03-2012 15:25

Le souhait d'un gouvernement d'union nationale est à mon avis paerfaitement utopique... Ennahdha n 'y consentrait que pour en profiter pour museler tout le monde...Toutes ses paroleds pour endormir le peiuple sont du genre :C'est pour mieux te manger mon enfant... D'autres que les salafistes ont eu a souffrir de Ben Ali egt sa clique... Y compris des pauvres gens qui n'avaient aucune ambition politique... Alors? DEHORS avec ces guignols!

Touhami Garnaoui - 02-03-2012 01:13

Mansour Moalla ou l’autre face de la contrerévolution. Moalla prend acte du gouvernement mis en place, mais immédiatement après, affirme que « il fallait un gouvernement détenant nettement une légitimité, révolutionnaire et politique au départ, et légale dès que possible.».Le pouvoir de la troïka serait donc illégitime mais Moalla s’en accommode fort bien. Moalla ajoute : « On attendait des élections qu’elles permettent l’installation d’un gouvernement légitime et plus efficace. Or on va une seconde fois reprendre la formule du «temporaire» : président de l’Assemblée constituante, Président de la République et Chef du gouvernement ne sont là que pour un an. Ce nouveau gouvernement est donc condamné à la faiblesse dès le départ, surtout que ses composantes n’ont pas la même importance et que la domination de la plus importante d’entre elles ne pouvait être évitée. » Or tout le monde sait que la durée de vie de ce gouvernement provisoire n’est écrite nulle part et que ses intentions sont de la prolonger jusqu’aux calendes grecques : un an, dix-huit mois, trois ans ou plus. C’est-à-dire jusqu’au moment où le triumvirat aura complété son occupation de tous les rouages de l’Etat et de l’administration publique, défiguré et rendu méconnaissable le panorama politique, social (tentative d’introduction du mariage « orfi », et du « maadhoun charîi », par exemple) et culturel tunisien, et se sentira dans une position de force pour affronter les élections politiques. Pendant ce temps, l’opposition politique continuera à faire ses élucubrations sans vision politique, sans projet, sans programme, En outre, un gouvernement qui possède une majorité écrasante, puisqu’il représente – à tort ou à raison - un peu moins des deux tiers des membres de l’ANC, ne peut se dire un gouvernement faible. Moalla observe justement que l’opinion publique est inquiète en particulier de « la propagation de plus en plus importante de l’extrémisme », confondant l’extrémisme islamique salafiste dont la violence quotidienne est tolérée par le triumvirat qui gouverne, avec les revendications pacifiques des forces vives de la société civile, de l’UGTT, de l’Université, des associations des femmes, des journalistes, des réseaux sociaux, etc. Evidemment toutes ces forces ne sont pas des forces du centre dans le sens que Moalla donne à ce vocabulaire idéologique, dont cherchent à s’acquitter avec zèle aussi bien la troika de droite et d’extrême droite, ainsi que les médias restructurés et passés sous le contrôle d’hommes d’affaires. La gauche qui voudrait demain gouverner n’échappe pas à cette perversion du vocabulaire. Les extrémistes sont bien sûr Les partis de la troïka, avec à leur tète Ennahdha, mais aussi Moalla, Béji Caid Essebsi et les partis se disant de la minorité de l’ANC..Tous ont renié ce qu’ils avaient chéri le 14 janvier 2011, c’est-à-dire l’Etat de droit et de la dignité et sont devenus de fait, en particulier à travers l’adoption forcée de l’identité arabo-musulmane, des acteurs décisifs de ce qu’on appelle mondialisation néolibérale. Une contrerévolution de droite comme de centre et de centre-gauche est en train de s’opérer, puisqu’il s’agi de transférer les attributs de la souveraineté populaire vers des centres de décisions supranationaux où tout est fait pour qu’elle ne puisse pas s’exercer : d’un côté une coalition de théocraties arriérées détenant des fonds colossaux, de l’autre le FMI, la Banque Mondiale, l’Organisation Mondiale du Commerce, l’Union européenne. Le gouvernement fasciste actuel et ceux qui aspirent à gouverner, tous sont ralliés aux attentes des milieux d’affaires et de la finance, et sont prêts à confier à ces institutions, dotées de pouvoirs contraignants, la mission de procéder au démantèlement des avancées démocratiques et sociales, tout en parlant des acquis de la révolution et de la lutte contre le chômage et les déséquilibres régionaux et sociaux. Car au fond que demande Moalla ? Sur la base de ses calculs, il n’entrevoit qu’une solution, un gouvernement d’unité nationale, au moment même où le peuple lance à la figure de la troïka le fameux slogan « dégage ! » de la révolution.. « Union nationale et suppression du provisoire et temporaire sont deux mesures vitales », écrit-il, précisant que : « Une fois réalisées, une fois la structure politique réaménagée, le pays enfin stabilisé, la sécurité et la confiance revenues, l’extrémisme révisé ou contrôlé, on peut envisager un fonctionnement normal de la démocratie qui nécessite l’existence d’un gouvernement légitime et d’une opposition positive et crédible. » Voilà ce que Moalla a compris de la révolution. En d’autres termes, pour le politicien modéré du « centre », le problème de la Tunisie se résout simplement en accordant la liberté d’expression afin que puisse fonctionner une alternance au gouvernement, après une période préparatoire de gouvernement d’union nationale. Ceux qui s’opposent à la remise en question de la centralité de l’individu (droits)-citoyen (devoirs), de la notion de progrès culturel d’abord, mais aussi économique et social et l’idée de réforme de la société seraient des extrémistes de gauche. Réaliser les objectifs de la révolution est devenu synonyme de gouverner et démanteler tous les instruments juridiques, institutionnels et organisationnels de la solidarité, comme demande expressément Mme Clinton, offrant à la Tunisie l’ouverture du marché américain. Un doublement ébranlement lent et long, provenant l’un d’un islamisme sunnite rétrograde et haineux, l’autre d’un modernisme dépendant, mais tous deux au seul profit du marché global est en train de remettre en cause la clarté du clivage révolution-conservation.

molia - 02-03-2012 09:35

un compte rendu de ce qui est ressenti a l'etranger de vos debats la première réunion plénière de l'Assemblée constituante tunisienne, qui s'est tenue mardi dernier , a été globalement assez consensuelle: les moyens de la démocratie réelle sont demandés par la totalité des partis, comme l'indépendance de la Cour des comptes et celle d'un conseil constitutionnel, ou encore l'indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs. La nature même du futur régime se divise en deux camps, ceux qui optent pour un régime présidentiel et ceux, comme le parti islamiste au pouvoir Ennahda, qui prônent un régime parlementaire. En fait, les dissensions les plus marquées sont celles concernant les rapports entre l'Etat et les religions. > Pour les partis laïcs, la référence à la civilisation arabo-musulmane telle qu'elle est inscrite dans l'article premier de l'actuelle Constitution est suffisante: "La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain: sa religion est l'Islam, sa langue l'arabe et son régime la république". Pour Ennahda, en revanche, cet article ne va pas assez loin. Sahbi Atig, le porte-parole du parti islamiste, a ainsi déclaré que même si pour son parti "l'Etat est civil et non religieux", "la religion ne saurait être une question privée; la séparation entre la politique et la religion n’a rien d’islamique et celui qui prêche cette séparation, touche au fondement de la religion musulmane, qui est en rapport avec la vie sociale de l’être humain". > Un double langage révélateur des profondes divergences qui traversent le parti Ennahda. En son sein, l'on trouve Sadok Chourou, qui a appelé à couper les mains de ceux qui font des sit-in pour protester contre l'islamisme, mais aussi des modérés qui regardent vers un modèle politique plus démocratique. Zied Krichene, rédacteur en chef du quotidien Le Maghreb, cité par Slate, explique: "Si Ennahda s'oppose directement aux salafistes, il risque de perdre une partie de son électorat jeune qui est beaucoup plus sensible aux thèses extrémistes. Ghannouchi [le leader d'Ennahda] lui-même voit sa jeunesse dans les salafistes! Et Ennahda ne veut pas avoir d'autoroute à sa droite!" > Ces derniers mois, le pouvoir tunisien est apparu comme pétrifié face aux offensives des islamistes radicaux dans le pays. Ni l'affaire Persépolis, où la diffusion du dessin animé de l'iranienne Marjane Satrapi sur la chaîne Nessma TV a provoqué des émeutes et conduit à un retentissant procès contre le diffuseur, ni le blocage des universités par les salafistes, ni même la venue de prêcheurs radicaux aux propos insoutenables n'ont provoqué de réaction ferme du gouvernement. Au risque de brouiller son image de modération.

Abdellatif MAALEJ - 02-03-2012 23:16

Nous sommes plus que jamais dans une situation économique déplorable, une situation sociale déprimante et des Hommes politique qui gouvernent et qui regardent sans rien faire pour des raisons purement électorales. Les personnes qui cassent et qui arrêtent la machine économique du pays doivent être réprimandés sévèrement et sans pitié car la liberté se mérite et ces gens agissent de cette manière, profitant du vide et de la complicité des Hommes politiques, pour mettre le pays à genou et pour développer l’obscurantisme, le fanatisme et l’intégrisme. En effet tous ces énergumènes sont à deux années de lumière de la liberté et de la démocratie et ne cherchent pour la Tunisie qu’un maximum de chaos pour imposer à la Tunisie la terreur. La proposition d’un gouvernement d’unité nationale de si Mansour MOALLA est la dernière carte à jouer pour sauver le Pays du chaos. Abdellatif MAALEJ

Diplomate - 03-03-2012 00:44

Desolé de vous contredire,Si Mansour, mais rien n'est plus dangereux que de penser à "corriger" les résultats d'une élection. L'union nationale pouvait se faire avant et sans passer par les urnes. Je pense aussi que vous vous contredisez en deplorant le provisoire et en faisant en meme temps une proposition qui va la faire durer : Le "provisoire" institutionnel actuel n'est pas une question de durée mais de situation juridique des institutions. on aura beau allonger le mandat et ouvrir le cabjnet à d'autres partis,il n'en restera pas moins un gouvernement provisoire, avec tous les inconvénients (sans garantie d'avantages). Non , Si Mansour, on ne change une situation issus des urnes que par d'autres élections, toute autre "exploration" est un leurre dangereux.C'est un diplomate, ayant vécu une dizaine des crises à travers le monde, qui vous le dit.

Mehrez - 05-03-2012 01:40

Je crois que M. Moalla tenet par tous les moyens de réintégrer ainsi que toute "les compétences" RCDiste le gouvernenemnt pour étouffer la Tunisie et toute sa population comme ils ont fait depuis 1956. Oui, il y a des dysfonctionnements mais des RCDistes moisis ne feront qu'aggarver la chose. Déjà, BCD a bien miné le terrain avant son départ avec des enagagements pris à la légère.

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