Anouar Attia: Elle est “elle” et son pays
Je sais je sais
Tu aimes la Mona Lisa
Qui depuis son tableau sourit
Je sais je sais
Tu aimes aussi Barbara
Qui pleure sous la pluie
Mais à ta Lisa à ta Barbara
Je préfère celle que moi j’aime
Qu’Elle pleure ou qu’Elle sourît
Elle est Elle et son pays
Son pays le mien
Se parfume au jasmin
En met une fleur ou un bouton entre ses seins
Me dit Est-ce que tu m’aimes
Aussi fort que tu dis
Je lui dis Sans Toi rien n’est la vie
Elle a ce regard
Tantôt rêveur tantôt coquin
Qui dit que songe est la vie
Dont Elle chante la mélodie
Car de sa bouche les mots coulent en poésie
Chante en langues d’ailleurs et d’ici
Chante en mots de chair qui frémit
De demi-avouées envies
D’en dire plus qu’elle ne dit
Mots en points contrepoints
D’Elle qui dans des alcôves gémit
D’enfants de Gaza qu’on tue
Tu me dis
Tu lui enlèves ce regard et cette poésie
Que reste-t-il d’Elle qui en toi
Nourrit cette Passion d’Elle
Et la justifie ?
Ni ce regard ni cette poésie, cher ami,
Je n’ai envie de lui enlever
Ni non plus ces cheveux dorés au soleil de son pays
Ni cette bouche en cœur
Qui te fait rêver de houris
Aux baisers goût de miel
Parfumé à la giroflée sauvage
A l’eau de rose et au nesri
Tout ce que je veux bien lui enlever
Ce sont ses escarpins de vair
Puis, au pied du lit,
En tendresse ou en brusquerie
Son estival ou hivernal habit
Quand alors Elle déploie ses ailes
A tire-d’aile m’emporte au Paradis
Anouar Attia
ROMANTICA,
Sahar éditions, Octobre 2025, pages 121-122.
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