Opinions - 25.11.2016

Une Coupe du monde de football avec 48 sélections nationales : L’Afrique peut-elle suivre la proposition de la FIFA ?

Une Coupe du monde de football avec 48 sélections nationales : L’Afrique peut-elle suivre la proposition de la FIFA ?

Gianni Infantino, Président de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) vient de proposer l’augmentation du nombre de sélections nationales de football pour les phases finales de la Coupe du monde, de 32 sélections actuellement, à 48 en 2026.

Cette proposition audacieuse de la part de l’actuel Président de la FIFA, répond sans aucun doute aux aspirations légitimes de nombreux pays qui n’ont pas eu l’occasion jusqu’ici, de participer à une phase finale de cette grande compétition mondiale.

Reste à savoir si certains continents seraient en mesure d’organiser une Coupe du monde, avec un nombre aussi important de sélections et à fortiori, de compétitions.

En effet, l’organisation d’une Coupe du monde de cette dimension, n’exige pas seulement la présence d’infrastructures sportives en nombre et en qualité, mais aussi des structures performantes d’hôtellerie, d’hôpitaux, de transports aériens et terrestres, de moyens de communication modernes, et même de bonnes conditions environnementales.

Tout cela nécessite de la part des pays organisateurs, la consécration de moyens financiers  considérables, dont même les pays les plus riches et les plus expérimentés dans ce domaine hésiteraient à faire, en dépit de tout le prestige qu’ils espéreraient escompter de l’organisation d’une Coupe du monde.

À l’heure actuelle, la plupart des Confédérations continentales, se sont abstenues de donner leur avis sur cette proposition, et ce silence vient du fait qu’elles manquent encore d’informations plus détaillées sur cette proposition, bien que bon nombre de spécialistes du football soient déjà séduits par la proposition du Président de la FIFA.

Qu’en est-il de l’Afrique?

Pour comprendre le cas du Continent africain, il nous semble utile de revenir sur l’histoire de sa participation à la phase finale de la Coupe du monde depuis sa création en 1930, jusqu’à sa dernière édition en 2014.

Il y a lieu de rappeler que l’Afrique était représentée depuis la deuxième Coupe du monde de 1934 en Italie et jusqu’à 1978 en Argentine, par une seule sélection, avant de se faire représenter à partir de 1982, en Espagne par deux sélections, puis par trois à partir de la coupe du monde de 1994 aux États Unis. Le nombre de sélections du continent sera porté enfin à cinq à partir de 1998, et jusqu’à la dernière édition de la Coupe du monde organisée au Brésil en 2014.

Faut-il aussi rappeler, que le Continent africain n’a eu l’honneur d’organiser la phase finale de la Coupe du monde qu’une seule fois, en Afrique du Sud en 2010, chose facile à comprendre, quant on connaît les difficultés que rencontrent la plupart des pays africains à se doter d’infrastructures sportives, hôtelières, routières, environnementales et de capacités organisationnelles que nécessite le Mondial sportif le plus populaire de la planète.

A ce sujet, nous saluons la décision courageuse prise depuis 1957, par les fondateurs de la Confédération Africaine de Football (CAF), d’organiser la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) tous les deux ans.

A cette époque, plusieurs pays africains étaient encore colonisés, tandis que d’autres venaient à peine d’accéder à leur indépendance. Aussi nous soulignons à cette occasion, les efforts courageux de l’actuel Président de la CAF, Issa Hayatou, pour faire respecter cet engagement, et pousser les pays africains à investir davantage dans le sport, et d’accroitre ainsi leurs capacités à organiser des compétitions continentales et internationales de grande envergure.

C’est cette décision qui fait qu’aujourd’hui, la CAF est la seule Confédération continentale qui organise sa Coupe des nations tous les deux ans depuis 1957, alors que les autres continents organisent leur Coupe des nations tous les quatre ans, à l’instar de l’Asie depuis 1956, de l’Europe depuis 1960 et de l’Amérique depuis 2001.

Pour avoir une idée indicative du coût d’organisation d’une phase finale de la CAN, il est bon de savoir que le pays organisateur doit être en mesure de  répartir les 16 sélections nationales participantes sur quatre villes. Il doit être doté d’un stade d’une capacité de 60.000 places et de trois autres de 40.000 places, sachant que le coût de construction d’un stade non couvert de 60.000 places avec le minimum d’équipements s’élève à environ 113 millions d’Euros, alors qu’un stade de 40.000 places coûte environ 75 millions d’Euros. Les tableaux comparatifs ci-dessous donnent des exemples de coût de réalisation de certains stades en Afrique et dans les autres continents.

1. Stades en Afrique

Ville (pays)

Capacité d'accueil

Coût de réalisation (en millions d'Euro)

Libreville (Gabon)

 40 000  

140

Anguis (Gabon)

 40 000  

45

Accra (Ghana)

 40 000  

24

Kumasi (Ghana)

 40 000  

20

Yaoundé (Cameroun)

 60 000  

248

Radés (Tunisie)

 60 000  

75

Bamako (Mali)

 60 000  

27

Abidjan (Côte d'Ivoire)

 60 000  

76

 

2. Stades dans les autres continents

Ville (pays)

Capacité d'accueil

Coût de réalisation (en millions d'Euro)

Timsah aréna (Turquie)

 40 000  

340

Arsenal (Angleterre)

 60 000  

750

Garincha (Brésil)

 72 000  

444

St Denis (France)

 81 000  

364

 

Si la construction de stades de football, de cette envergure est devenue une énorme charge financière, pour tous les pays y compris les plus riches, que dire des pays africains ! Les stades modernes demandent aujourd’hui, des innovations architecturales, des enceintes et des tribunes modernes, des équipements annexes tels que les loges, les restaurants, les buvettes, les boutiques, le musée sportif, la ventilation, voire la climatisation, la sonorisation, et même des espaces qui peuvent accueillir des évènements culturels, des concerts et autres manifestations à grand public.

Actuellement la plupart des pays ne se sentent plus en mesure d’assumer toutes ces dépenses sur leurs budgets, ils font de plus en plus appel au secteur privé, par le biais de sociétés commerciales, de sponsors, d’investisseurs, de partenariat, ou de location. Cette formule adoptée par de nombreux pays européens, américains et quelques pays asiatiques, connait un grand succès.

Quant à l’Afrique, seul le financement public est encore de mise, et par conséquent, les pays africains ont du mal à financer la construction de nouveaux stades, voire même la rénovation des stades existants!

L’autre volet de la décision d’augmenter le nombre de sélections à la phase finale de la Coupe du monde, touche aux aspects strictement sportifs. Sur ce point, les conséquences de cette décision si elle venait d’être prise, ne sont pas sans poser des problèmes, surtout pour les joueurs, de plus en plus sollicités, parce que la multiplication des matchs présente un risque non négligeable sur la forme et la santé des joueurs, dont la majorité disputent plus de soixante cinq( 65) matchs voire plus de  soixante dix (70) matchs pour certains, en une seule saison sportive.

D’après le peu d’informations qui circulent sur la proposition du Président de la FIFA, 48 sélections participeraient à la phase finale de la Coupe du monde, 16 d’entre elles passeraient directement au Mondial, alors que les 32 autres sélections disputeraient des matchs éliminatoires où les sélections perdantes dès la première confrontation, seront éliminées du Mondial. Il ne restera alors que les 16 vainqueurs qui s’ajoutent aux 16 déjà qualifiés, afin que le nombre de sélections participantes à la phase finale reste le même et ne dépasse pas les 32 sélections.

Il est clair que la proposition du Président de la FIFA est intéressante, mais la réponse des Confédérations continentales dépendra certainement des moyens et des capacités de leurs pays membres.
Pour conclure, on constate que le continent africain possède un potentiel de développement important, il ne manque pas de ressources naturelles et humaines et possède aussi de la volonté et de l’ambition qui lui permettront de répondre aux défis auxquels il est confronté. Aussi, malgré les secousses provoquées par la crise économique au cours de ces dernières années, certains pays africains ont enregistré une croissance moyenne annuelle de 4% et on s’attend à ce que ce chiffre passe à 4.8% en 2017. Mais, d’après les experts l’écart reste grand entre l’Afrique et les autres continents, et si tout va bien, il faudrait plus de trente ans pour le réduire d’ici 2050.

Abdelhamid Slama
 

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