News - 06.04.2016

Rue de l'Estrapade: la mystérieuse adresse de Bourguiba à Paris

Rue de l'estrapade: la mystérieuse adresse de Bourguiba à Paris

Le président Bourguiba a été déposé illégalement par le premier ministre de  l’époque, Ben Ali, aidé en cela par les Américains d’une part, et les services secrets italiens, sur ordre de l’OTAN, pour le cas où l’opération rencontrerait des difficultés ; d’autre part. Bourguiba fut donc assigné à résidence surveillée et gardé fortement par des troupes de choc pour le cas où un commando viendrait un jour à tenter de le libérer et le remettre à la tête du pouvoir, ce qui serait la perte certaine du comploteur en chef,  Ben Ali et ses complices, à l’époque, dans la garde nationale.

Quelques mois après son internement, Jean Daniel, un grand de la presse française demanda à la voir et en obtint l’autorisation, avec date et heure fixés pour un rendez vous à Monastir, lieu de la résidence de Bourguiba. Jean Daniel  arriva donc à l’heure convenue et fut reçu par le gouverneur, geôlier officiel du président, qui l’introduisit auprès de Bourguiba, et s’assit lui-même pour assister à l’entretien, comme Jean Daniel en a été prévenu.

L’entretien a duré 20 minutes durant lesquelles le visiteur et le Président n’ont pu échanger que quelques banalités. Puis le gouverneur se leva signifiant ainsi la fin de l’entretien. Jean Daniel fit de même et se préparait à prendre congé du Président quand ce dernier lui fit signe de l’accompagner jusqu’à la porte de la résidence, parcours, que le Président utilisa pour chuchoter à l’oreille de Jean Daniel une adresse parisienne, rue de l'estrapade.

Sur le chemin de retour vers Tunis, puis en avion au retour vers Paris, Jean Daniel essaya de percer le mystère de cette adresse. Arrivé dans la capitale Française, Jean Daniel se précipita vers l’adresse, il y trouva une librairie où l’on ne vendait que des livres d’histoire et où officiaient un couple – sans doute un mari et sa femme – qui, à la question du journaliste, répondaient ne pas connaître, ni de près ni de loin, Bourguiba.

Un peu désorienté, Jean Daniel se préparait à quitter les lieux quand son regard fut attiré par un tableau célèbre représentant  Victor Hugo, exilé à l’époque à Guernesey. Et Jean Daniel a soudain  tout compris « Je suis prisonnier de ce monstre Ben Ali, et je le suis illégalement. Dites-le à tout le monde SVP ! ». Mais Jean Daniel, à raison n’en fit rien : Mitterrand informé par ce dernier, s’y opposa.

 

Mohamed Ali Mahjoub
Université de Monastir

 

 

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10 Commentaires
Les Commentaires
latifa - 11-04-2013 12:12

"Supplice qu'on faisait souffrir à un condamné, en l'élevant au haut d'une longue pièce de bois, les mains liées derrière le dos avec une corde qui soutenait tout le poids du corps, et en le faisant tomber avec raideur jusqu'à deux ou trois pieds de terre ou dans l'eau" c est la definition du mot dans le dictionnaire.....Bourguiba etant un fin connaisseur de la langue de Moliere , a utiliser ce nom de place pour definir son suplice sans alerter ses geôliers!!!!!finesse d esprit qui a était captée par son ami de toujours jean daniel!!!!!

mhamed Hassine Fantar - 11-04-2013 15:29

Pour s'y prononcer,le lecteur doit attendre le témoignage du témoin oculaire. Voilà ce qu'on peut appeler " la petite histoire".Faut-il faire le voyage jusqu'à la librairie de L'Estrapade? quoi qu'il en soit, l'histoire a le mérite de faire faire le voyage jusqu' au 5eme arrondissement,à Paris et de traverser le Boulevard Saint Michel pour revoir, Place de la Sorbonne, la statue d'Auguste comte dont la base porte l'une de ses paroles mémorables : "Vivre pour autrui".

Skander Ben Baccar - 12-04-2013 15:31

Ce qui me choque c'est l'amnésie qui frappe les Tunisiens. Bourguiba a été trahi, destitué et emprisonné le restant de sa vie par l'homme qu'il a lui même nommé comme son premier ministre. Ceci me rappelle tristement une histoire identique mais la victime était dans ce cas le bourreau: la destitution de Lamine Bey et l'abolition de la monarchie parlementaire qu'était la Tunisie de l'indépendance. Bourguiba a fait subir à Lamine Bey des atrocités impardonnables. Bourguiba a trahi son monarque pour régner seul sur la Tunisie et il a réussi. Ben Ali, devenant premier ministre de Bourguiba a fait juste la même chose. Comme le dit le vieux adage (Kama toudine toudaane). Aujourd'hui les islamistes ont réussi le même scénario sur Ben Ali....Bref....pauvre Tunisie, le pouvoir ne peut y être pris que par la traitrise et la servitude aux puissances étrangères (avant hier la France, hier les US et l’Italie, aujourd’hui les US et les monarchies du golfe...et demain...????. Quoi faire pour rompre cette malédiction, ce cycle de traitrise, vous me direz? Vous rêvez de paix pour cette Tunisie qui nous est chère. Alors rendez à la monarchie Tunisienne ce qui lui revient de droit, au moins historiquement et enseignez la vraie histoire aux tunisiens. Dites leur la vérité que Bourguiba a occulté pour des décennies. C'est la monarchie tunisienne qui a unifié la Tunisie ethniquement et linguistiquement, a aboli l’esclavage, lui a donné sa première constitution, sa première armée moderne, son premier système de santé publique, d'éducation nationale. C'est la monarchie qui a initié la modernisation de la Tunisie. On ne peut reprocher à personne la malédiction qui frappe notre pays...nous en sommes les coupables passifs et actifs par notre silence complice.

BEN M'RAD - 13-04-2013 04:26

Je connais cette rue quia un charme particulier. on peut ,en flanant ,visiter l'appartement ou Denis DIDEROT a écrit sa fameuse encyclopédie bon weekend

ourwa - 14-04-2013 03:30

Jean Daniel, cet "immense" journaliste français, qui s'et toujours targué d'être l'ami de Bourguiba, le meilleur témoin de sa vie et des ses luttes, rejoint en définitive son cocon initial, à savoir le parti socialiste français...qui n'a jamais digéré l'indépendance algérienne, ni la ténacité des Tunisiens dans leur lutte pour l'indépendance; qu'on se souvienne, en 1955, Mitterand était ministre de la Justice dans le gouvernement de Mendes France, il était un opposant farouche à l'indépendance algérienne et pronait pour une repression accrue des indépendantistes algériens, ce fut le massacre , le pogrom de Sétif en 56...qui a conduit, 2 ans plus tard, à celui de Sakiet Sidi Youssef, qui a scellé la mort de la IVème république française... Tout celà, Bourguiba le savait, en tenait compte durant toute sa vie politique et au delà...et continuait à user des idéaux de la République française au bénéfice de son peuple. Fut-il étonné et déçu du silence de la France, dans sa geole marsaouie? Je ne le pense pas; il était out, avait perdu son satut de dirigeant, n'avait plus voix au chapitre, "real politic"oblige. Il connaissait à fond les arcanes de la politique, celle des politiques internationales, des uns et des autres, selon les oppurtunités de l'Histoire et il les a utilisées à juste titre, efficacement, toujours pour les interêts de son peuples, fussent-ils modestes. « Je suis prisonnier de ce monstre Ben Ali, et je le suis illégalement. Dites-le à tout le monde SVP ! ». Mais Jean Daniel, à raison n’en fit rien : Mitterrand informé par ce dernier, s’y opposa." Excipit logique dans la narration politique chaotique du parti socialiste français et le journalisme français, dit impartial et nullment inféodé aux faits et aux dires du prince du moment, en prend un sacré coup par cet aveu de Jean Daniel. N'est pas Zola qui veut!...encore moins Hollande...qui se préparerait à visiter une Tunisie écrasée par un régime islamo-nazi...

ridha - 14-04-2013 15:32

un exemple de la libre pensée, et de la liberté d'expression et de la presse, le grand penseur Mitterrand s'opposa a l’édition. Enfin l'histoire n'arrange personne. cessons de regarder en arrière, c'est beaucoup mieux.

najibbik - 16-04-2013 23:43

je ne sais pas pourquoi ce journaliste cherche midi a quatorze heure pourtant c'est clair ce que Bourguiba voulait dire ! l'estrapade c'est tout simplement un suplice ,une torture (voire dictionnaire larousse) donc Bourguiba essaye d'attirer l'attention du journaliste sur e qu'il subit dans sa résidence surveillée mems si cette torture etait plutot d'ordre psychique

mourad.G. - 17-04-2013 12:31

C'est malheureux que Bourguiba , un grand homme, n'ait rien prévu pour sa fin et ait fini sa vie ainsi. C'est lui et lui seul qui en a décidé. Si Ben ali a pris le pouvoir et si les complots américains et italiens se sont faits c'est la faute à Bourguiba et sa présidence à Vie. L'ego démesuré ne mene nulle part, et il faut que l'on sache une fois pour toutes, nous les arabes, que tout a une fin. Mourad G.

TOUNSIA - 29-01-2015 21:58

Bien que cet article me touche profondément étant Bourguibiste jusqu'aux bouts des doigts et ayant, comme tout le peuple,mal vécu cette période d'internement, je dirais que ce sont là " LES HORREURS DE LA POLITIQUE" *

che - 07-04-2016 20:17

La déposition était constitutionnelle. Bourguiba était, qui ne le savait pas, sénile. Arrêtez le cinéma. Bourguiba a bâti la Tunisie mais "la vieillesse est un naufrage". Qui a réagi a ce coup d'Etat médical mais légal. Personne ou presque (le Dr Amor Chédly, homme de principes, a refusé de collaborer avec Ben Ali). Quant à l'OTAN, les USA, etc... il faudrait que nous devenions un peu responsables de nos actes et que nous arrêtions de chercher des excuses et des coupables alleurs. Il y a eu au moins 3 Bourguibas: celui de la lutte pour l'indépendance et pour la construction de l'Etat, de l'éducation et de la santé pour tous, celui de la libération de la femme et du planning familial, celui qui a évité au pays tant de souffrances par sa vision d'homme politique de génie. Puis il y a celui qui a permis à Ben Salah tous les abus et la ruine du pays et celui qui dans le milieu des années 70 a perdu pied, sénile et jouet de son entourage . Le premier a tellement mérité des Tunisiens que nous pardonnons les 2 autres. Yahia Bourguiba

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