News - 30.12.2019

Un vibrant plaidoyer pour «La Tunisie périphérique oubliée»

Un vibrant plaidoyer pour «La Tunisie périphérique oubliée»

Encoreune étude à propos du développement local, de la marginalisation et des disparités territoriales existant dans notre pays, qui ne manquera pas d’intéresser nos chercheurs et nos décideurs. Elle a pour titre : La Tunisie périphérique oubliée. Nous précisons bien ‘nouvelle étude’ car son auteur, Adel Bousnina n’est pas un inconnu.  Leaders (n°25 décembre 2015), a déjà longuement parlé de son premier ouvrage, Population et développement en Tunisie, paru chez L’Harmattan en 2015. Il est actuellement Maître de conférences-HDR à l’université de Tunis, spécialiste des questions de développement, auteur de plusieurs communications et ouvrages dont Le Littoral et le désert tunisiens. Développement humain et disparités régionales en Tunisie (L’Harmattan, 2012), Le Chômage des diplômés en Tunisie (L’Harmattan 2013) ou encore  Quelques aspects du développement en Tunisie, Edilivre (2014).

Adel Bousnina sait de quoi il parle. La Tunisie périphérique oubliée est comme ses précédents ouvrages, une étude minutieuse sans concession, fruit d’un long travail de terrain, basé sur des sources officielles (INS,CGDR,API,etc.,2018),  chiffres et graphiques à l’appui. Le livre est volumineux (291 pages) et comme toute approche scientifique de haut niveau, il contient une riche bibliographie et d’innombrables tableaux et données statistiques. Il est divisé en cinq grands chapitres:

I- Le Développement local : les concepts et les principales approches.

II- Le développement local en Tunisie. Les indicateurs et les disparités.

III- Les inégalités locales à travers les indices synthétiques. L’ACP (Analyse en Composantes Principales) et le bonheur intérieur net (BIN)

IV- L’IDH (Indicateur du Développement humain) par délégation et les principales causes et explications de l’inégalité locale.

V- Perception et représentation des problèmes de développement local en Tunisie : résultat d’une enquête.

En fait cette enquête est une analyse qui met à jour et développe plus longuement le travail déjà opéré dans l’ouvrage précédent en 2013, portant notamment sur les perceptions de certains groupes sociaux en matière de population et de développement humain.

Mais, disons-le tout de suite. Cette fois, dans son nouveau livre, Adel Bousnina n’y va pas par quatre chemins. Il annonce vite la couleur. D’abord dans le titre et la 4e de couverture :
« Cet ouvrage montre l'existence de plusieurs pays, dont une Tunisie périphérique, marginalisée, enclavée et laissée pour compte, où règnent une véritable exclusion et une réelle paupérisation : certains équipements élémentaires ne sont pas disponibles et plusieurs indices d'infrastructure, d'emploi et de développement humain sont parfois proches de zéro ».
Ensuite dans son introduction :

« Dans des recherches antérieures, nous avons montré qu’en dépit de l’amélioration sensible des indicateurs de développement humain dans toutes les régions en Tunisie (grâce à l’accroissement de l’IDH (Indicateur du Développement humain) et à la régression de l’IPH (Indicateur de la Pauvreté Humaine), les disparités interrégionales demeurent considérables et l’inégal développement régional reste épineux. Cette inégalité est attestée par la persistance de la même typologie régionale (depuis des décennies) qui favorise les gouvernorats littoraux au détriment des zones intérieures. Nous sommes à même d’affirmer qu’il y a plusieurs Tunisies dans le même pays… » (p.16)

Deux Tunisie et plus

« Si, dans des recherches antérieures, nous avons montré l’existence de deux Tunisie développée et sous-développée (ou du littoral et du désert tunisiens), cette étude a essayé de montrer l’existence de plusieurs pays, dont une Tunisie périphérique, oubliée, marginalisée, enclavée et laissée pour compte ». (p.237)

Ce cri d’alarme n’est pas nouveau. Il fait partie de son champ de réflexion habituel. Adel Bousnina l’avait déjà lancé dans son précédent ouvrage, Population et développement en Tunisie, à propos des inégalités sociodémographiques et des nombreuses disparités existant encore entre les régions. Selon son enquête, le littoral, qui ne représente que moins de 30% de la superficie, concentre pourtant plus de 70% de la population totale.

Néanmoins, malgré ce triste constat, l’auteur comme, d’ailleurs, tout le peuple tunisien, garde l’espoir de voir enfin un jour disparaître ces inégalités locales et régionales. En effet il cite l’article 131 (chapitre VII) de la nouvelle constitution, relatif au pouvoir local et à la décentralisation, ainsi que l’article 139 qui stipule que :
« Les collectivités locales adoptent les instruments de la démocratie participative, et les principes de la gouvernance ouverte afin d’assurer la plus large participation des citoyens et de la société civile dans la préparation de projets de développement et d’aménagement du territoire et le suivi de leur exécution. »

On peut dire que ce vibrant plaidoyer vient au bon moment. Il coïncide en effet, avec un autre non moins triste constat qui vient d’être publié par le Samusocial International ces derniers jours. Son étude sociodémographique et d’analyse situationnelle des problématiques d’exclusion concernant, entre autres, les personnes vivant en rue dans le Grand Tunis corrobore, on ne peut mieux, les données de Adel Bousnina puisque 35% des répondants (dont 46% originaires du Nord-Est) sont victimes de la précarité économique. Espérons que ces deux publications réveilleront les consciences.

Adel Bousnina, La Tunisie périphérique oubliée, L’harmattan, Paris, nov. 2019, 291 pages.

Rafik Darragi













 

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