Opinions - 13.03.2019

Faouzia Charfi - Le professeur de physique, la pression atmosphérique et le verset coranique : L’islamisation de la science à l’œuvre en Tunisie

Faouzia Charfi  - Le professeur de physique, la pression atmosphérique et le verset coranique : L’islamisation de la science à l’œuvre en Tunisie

« Un jour, un professeur de physique s’interrogea sur la meilleure manière de transmettre à ses élèves du collège pilote de Kairouan, une propriété physique de la pression atmosphérique, la diminution  de sa valeur en fonction de l’altitude. Il eut une première idée : rappeler la fameuse expérience conçue par le mathématicien, physicien, philosophe Blaise Pascal (1623-1662).

Pascal s’est interrogé sur le concept de vide, affirmant contrairement à Aristote que le vide n’est pas une chose impossible dans la nature, que le vide n’est pas cette chose horrible que certains soutiennent ! Dans le cadre de cette réflexion, il s’intéresse à la pesanteur de l’air et pour avancer dans cette étude, il conçoit une expérience devenue célèbre. Elle fut réalisée en 1648 par son beau-frère. Elle consistait à mesurer la variation de la pression atmosphérique avec l’altitude. Le dispositif expérimental servant à la mesure fut installé dans un premier temps dans la ville de Clermont-Ferrand (moins de 400 mètres d’altitude), puis dans un deuxième temps au sommet du Puy-de-Dôme, à 1400 m d’altitude. Le résultat conforta l’hypothèse de Pascal : la pression diminue lorsque l’altitude augmente.  Pascal ne fut pas oublié pour cette contribution aux avancées de la physique : l’unité de mesure de la pression dans le système international est le Pascal.

Mais cette référence à la fameuse expérience de Pascal ne fut pas retenue par le professeur.  Elle lui a parue trop banale. Et de plus, elle n’enrichissait pas suffisamment la culture générale des enfants. Il fallait trouver une référence qui les élève, qui les « enracine » dans leur identité arabe et islamique pour être en conformité avec l’article 39 de la Constitution. A cet effet, il introduisit dans l’examen de sciences physiques, un verset coranique, le verset 125 de la sourate 6. »

En tant que professeur de physique, il m’était difficile de ne pas réagir à cette dérive de l’enseignement à laquelle nous assistons en ce moment. Il m’était difficile de ne pas faire part de la terrible confusion de deux référentiels dans un devoir de physique : le référentiel scientifique et le référentiel religieux. Une confusion qui met définitivement fin à l’autonomie de la science et à la rationalité scientifique.  Le professeur de physique qui a mêlé un verset coranique dans l’examen de sciences physiques a été applaudi, honoré par ses élèves. Cela s’est passé au sein du collège pilote de Kairouan,  hier, 12 mars 2019. Nous sommes bien loin de l’objectif défini dans les programmes officiels de l’enseignement secondaire en 1959, par le premier ministre de l’éducation de la Tunisie indépendante, Mahmoud Messadi : donner aux élèves une formation humaniste et exploiter au mieux la valeur éducative des sciences qui réside, non pas dans l’acquisition des connaissances plus ou moins encyclopédiques, mais dans la formation de l’esprit. Faut-il rappeler les débuts de l’école publique il y a soixante ans, à ceux qui nous gouvernent aujourd’hui ? Faut-il leur rappeler que ce qui a constitué la force de notre pays est l’éducation de ses enfants, priorité nationale comme la santé, il y a plus d’un demi-siècle ? Doit-on assister aujourd’hui en silence à la déconstruction de notre cher pays ?

Nous sommes nombreux à savoir que l’éducation est le grand enjeu des fondamentalistes, quels qu’ils soient. L’exemple des évangélistes créationnistes américains ou australiens comme celui des obscurantistes musulmans ou hindous est édifiant. Leur cible, ce sont nos enfants à qui nous devons donner les outils pour affronter les difficiles problèmes du monde actuel. Nous savons tous combien les enfants sont vulnérables et, à ce titre, comment les idéologues de tout bord exploitent leur fragilité pour les modeler et en faire de futures recrues. Tous les projets élaborés pour empêcher la radicalisation de la jeunesse tiennent compte de cette donnée essentielle et proposent des actions multiples dans le domaine de l’éducation.

Alors ne sombrons pas dans un silence complice, ne nous taisons pas.

Parents réveillez-vous, vos enfants ont besoin de votre parole.

Faouzia Charfi
13 Mars 2019

 

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3 Commentaires
Les Commentaires
Aouissi mohamed - 14-03-2019 17:24

Je suis docteur en Physique et je ne vois aucun danger ou inconvénient de lier les versés coraniques aux réalités ou résultat de la sciences. Il faut juste être très prudent et ne pas nuire à l objectivité scientifique et éviter les biais logiques qui, utilisés par des gens non avertis, pourrais aboutir à des effets inverses. Je considère ce qui s est passé à Kairouan un bon début pour nous mesulmants. ( l example choisi par ce professeur est tout à fait valable et correct) de reconnaître la valeur du Quran et de ne pas oublier que l islam était favorable à la sciences. Enfin je pense franchement que si l enseignement en Tunisie était libre we would have taught our children using English and not a dead language.

Abdelkader Maalej - 15-03-2019 09:53

L'article est intéressant à lire mais il aurait fallu que l'auteur reproduise le verset en question pour que le lecteur comprenne de quoi parle ce verset En fait le verset dispose Celui qu'il veut diriger dans sa voie,Dieu épargne le cœur et le fait soumis aux volontés suprêmes.Celui q'il veut épargner voit son souffle coupé et sa poitrine oppressé comme s'il s'élevait dans les airs.Il va sans dire que le coran n'est pas un livre de sciences physiques mais le principe énoncé dans le verset n'est pas en contradiction avec les lois de la physique et notamment la loi de l'attraction terrestre Voilà ce qu'il fallait préciser.Le coran n'est qu'un code de conduite que le bon musulman doit suivre.Mes égards à madame l'auteur.

Mouldi Miled- Ingénieur - 15-03-2019 09:53

Merci Madame Charfi pour votre cri d'alarme. L'épisode du sujet du devoir de physique à Kairouan , se trouve dans la directe ligne d'autres absurdités que nous vivons: la thèse sur la platitude de notre planète terre , prouvée par le coran et la charia (sic!!!!), l'endoctrinement de nos enfants à Regueb et ailleurs, etc.... Vous avez si justement parlé de ' deconstruction de notre cher pays'.La catastrophe de l'hopital de la Rabta , m'inspire une autre entreprise celle de son auto-destruction. Certains proclament que l'émigration de nos compétences : chercheurs, médecins, ingénieurs , enseignants, artistes....et j'en passe, est une chance pour la Tunisie, alors que , à l'échelle qu'elle revêt , c'est au mieux une contribution à sa décadence et à sa descente vers l'inconnu.. Alors oui, levons nous et cessons de subir ces manœuvres, impuissants et comme anesthésiés.

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