News - 14.10.2018

Ridha Charfeddine: Mes quatre combats Unimed, Nidaa, l’Etoile et Attessia

Ridha Charfeddine: Mes quatre combats Unimed, Nidaa, l’Etoile et Attessia

Capitaine d’industrie pharmaceutique, président de l’emblématique Etoile sportive du Sahel, député Nidaa à l’ARP, cofondateur de la chaîne télé Attessia, et désormais chargé de préparer le congrès de son parti, Ridha Charfeddine (65 ans) se bat sur plus d’un front. Tous chauds, tous cruciaux.
Unimed (ses laboratoires pharmaceutiques, cotés en Bourse), bien en pointe, amorce un investissement de pas moins de 80 millions de dinars (MD), renforce ses lignes de production, développe de nouveaux produits et réalise 50% de son chiffre d’affaires à l’export dont 30% en façonnage pour d’autres laboratoires étrangers.

Nidaa Tounès doit être sauvé de la dérive qui le menace à la faveur d’un congrès électif démocratique qui rassemble ses rangs, renouvelle sa direction, lui confère la légitimité nécessaire et le renfloue.

L’Etoile est une grande machine qui assume, en plus des nécessaires performances à accomplir, une vocation de véritable institution dans la région, à faire tourner et réussir.

Attessia devrait incarner une mission d’intérêt public et du public, à même d’inspirer les Tunisiens et de promouvoir les nobles valeurs partagées.

Autant de défis que Ridha Charfeddine doit relever chaque jour, avec toutes ses énergies.

Le front politique est sans doute le plus complexe. Périlleux. Pourquoi a-t-il accepté la redoutable mission de préparer en pleine tourmente le congrès de Nidaa ? Avec quel mandat et quelle marge de manoeuvre, mais aussi quelles garanties ? Endossé par qui ? Comment compte-t-il s’y prendre ? Que pense-t-il de Youssef Chahed ? Et envisage-t-il de rempiler au Bardo ou se présenter à une autre charge publique ?
En blouse blanche de pharmacien et escarpin design de dirigeant sportif, les cheveux grisonnants et le verbe mesuré, Ridha Charfeddine n’a éludé aucune question.

Unimed: la croissance par la recherche-développement et l’export

Après avoir injecté pas moins de 60 MD d’investissements durant les cinq dernières années, financés quasiment à moitié sur des fonds propres, nous lançons cette année un programme encore plus ambitieux de près de 80 MD en vue de l’extension de nos unités et lignes de production. D’abord un nouveau site mitoyen de 20.000 m2 couverts, avec notamment deux laboratoires sur 2.000 m2, l’un pour la recherche-développement et l’autre pour les analyses. Cet investissement est destiné au renouvellement de notre parc machines, l’acquisition de nouvelles technologies, le renforcement de notre capacité de production et la mise en conformité avec les nouvelles normes européennes.

Portant nos effectifs de 400 salariés à 685, avec un taux d’encadrement élevé, Unimed poursuit le développement de sa gamme de produits avec de nouvelles formes génériques et de nouvelles molécules. Aussi, nous scellons de nouveaux partenariats avec des contrats de façonnage. Déjà, 50% de notre production est destinée à l’export, à raison de 20% en produits propres et 30% en façonnage. Aussi, nous nous implantons sur de nouveaux marchés porteurs tels que le Soudan et la Jordanie. Les premières commandes sont d’ores et déjà en cours d’expédition.

Ce développement à l’export s’effectue tout en gardant et en renforçant notre part de marché en Tunisie, tant dans le circuit officinal (+ 10 à 15% de croissance, ces dernières années), que celui hospitalier, malgré le cap bien difficile, heureusement aujourd’hui dépassé par ce segment. Unimed s’est comporté en acteur responsable et citoyen. Occupant 80% du marché national de l’antibiotique injectable et une bonne part sur les autres gammes, nous avons toujours anticipé la demande, pris sur notre charge et risque notre approvisionnement en matières premières et constitué des stocks de réserve, sans avoir pour autant la moindre garantie sur la date et l’issue des appels d’offres, encore moins constituer pour les hôpitaux publics un partenaire stratégique, ou bénéficier d’un traitement préférentiel étant tout simplement inscrit dans une relation client-fournisseur.

Malgré toutes ces contraintes, mais aussi la dépréciation du dinar, la hausse des prix pour l’approvisionnement, nous avons pu, grâce à la maîtrise des coûts, l’accroissement de la productivité et des exportations et la performance globale de l’entreprise, réaliser un résultat net en croissance de 8%. L’exercice 2018 sera encore meilleur. Les indicateurs à la fin du premier semestre le confirment déjà.

L’Etoile: pérenniser une institution aux multiples vocations

‘’Le club est en pleine restructuration, totalement engagé sur tous les fronts. Rien qu’en football, l’objectif est de remporter la Coupe et le Championnat de Tunisie, mais aussi la Coupe arabe et la Coupe d’Afrique. La mission à la tête de l’Etoile, comme d’autres clubs, est bien difficile: avec 2 500 licenciés et nombre de disciplines, c’est beaucoup de dépenses (23 MD en 2017) et très peu de recettes (un déficit de 10.5 MD). Abandonnés par les pouvoirs publics, livrés à leur propre sort, les clubs sportifs doivent cependant s’ingénier à accomplir leur rôle essentiel d’encadrement des jeunes, d’éclosion des talents et de création de joutes attractives. Entre les cafés et les mosquées, c’est le seul espace qui reste. L’Etoile sportive du Sahel, c’est 93 ans d’histoire, l’incarnation d’une grande région, le creuset d’intégration de générations successives et de catégories diverses, le défi de performances et l’espoir de victoire. Pourrais-je l’abandonner.’’

Député: un grand pouvoir et très peu de moyens

C’est pour moi une toute première expérience. Ce qui m’a le plus frappé et surpris au Bardo, c’est l’usage du temps. Je viens d’un univers scientifique et industriel où chaque minute compte, la notion du temps est importante et le résultat ne pardonne pas. Je ne pouvais passer une journée entière à palabrer, attendre, différer. Une autre logique, dans un autre univers avec d’autres codes et impératifs, qu’il faut cependant comprendre. Nous sommes encore en phase d’apprentissage.  Ce que j’ai découvert et déploré chez les députés, c’est le manque de moyens: ni secrétariat, ni assistants, ni conseillers. Pourtant, ils ont un grand pouvoir et ils sont appelés à l’exercer sans s’appuyer sur le minimum nécessaire.

Mon plus grand motif de satisfaction, c’était le jeudi 4 décembre 2014. Fraîchement élu, je m’introduisais ce jour-là pour la première fois sous la coupole du Bardo. Me retrouver dans l’hémicycle, avec mes pairs, tous portés par un suffrage populaire, libre et indépendant, était exaltant. J’y ai débarqué animé de toute ma bonne volonté, déterminé à contribuer à une mission historique pour le pays. Mon émotion n’avait d’égale que ma mobilisation. Un fort sentiment d’espoir m’envahissait. Vous connaissez la suite... Rempiler en 2019? Dans les conditions actuelles, j’hésite. L’essentiel n’est pas de se représenter ou pas, mais de me demander si je serai encore utile et ce que je pourrai apporter de plus.

Et Youssef Chahed dans tout cela ?

‘’ A vrai dire, j’ai beaucoup d’estime pour lui, voire de l’affection. Le chef du gouvernement qu’il est ne peut cependant esquiver son bilan. Son gouvernement est celui qui, depuis 2011, connaît une certaine longévité (2 ans) par rapport aux autres gouvernements. Il a eu ainsi tout le temps de s’installer et d’agir. Il ne peut pas nous dire aujourd’hui qu’on l’a empêché de travailler. Le chef d’entreprise, le nidaïste et l’élu de la nation que je suis, ne saurait l’accepter. Encore moins de sa part.’’

Attessia: une mission d’intérêt public et du public

‘’Dans ce paysage audiovisuel bigarré où la recherche du lucre et la chasse aux annonceurs attisent le buzz et consacrent le populisme, le nivellement par le bas devient dévastateur. Il s’aggrave davantage lorsqu’il se conjugue en plus avec l’influence idéologique et politique. La mission de service public que devaient assumer les chaînes TV Watanya 1 et 2 devient très lourde à porter. Se débattant dans leurs multiples contraintes, obérées par leurs charges et limitées dans leurs ressources, elles sont incapables de jouer leur véritable vocation: informer, éduquer et divertir, avec la profondeur, l’indépendance et la pertinence requises. C’est pour cela que je me suis fait à l’idée de promouvoir une télévision de mission publique. Sans chercher nécessairement le retour rentable sur investissement, il s’agit de ressourcer le téléspectateur en connaissances, savoir, informations, renseignements utilitaires, conseils pratiques et autres. Bref, l’ancrer dans ses racines, son histoire, son patrimoine, sa langue, sa culture et ses valeurs. Mais aussi lui ouvrir les horizons du monde et l’inciter à y puiser les ressorts de son sursaut. Ce contenu attractif ne doit pas exclure les news, le sport, la musique, le cinéma et la convergence interactive des médias, en toute modernité et intelligence. Ainsi a été mon concept pour Attessia lorsqu’on est venu me soumettre le projet. J’y ai d’emblée cru, le portant à bras-le-corps et encouragé Moez Ben Gharbia à le faire aboutir avec d’autres partenaires, les Jenayah. Elu député, il m’est devenu incompatible de conserver mes actions dans la société créée à cet effet (à 49% pour chacun des deux grands actionnaires) et j’ai dû céder mes parts à mon frère Lotfi. Je ne vous cache pas que la chaîne traverse depuis quelque temps une passe difficile. Ce que je lui souhaite le plus, c’est qu’elle se recentre sur sa vocation fondatrice, se garde de tout engagement politique partisan et préserve son indépendance et son statut d’une télé qui inspire les Tunisiens et cultive notre savoir et nos valeurs. Dans le divertissement.’’

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