Opinions - 12.07.2011

Pourquoi nous voterons le 23 octobre 2011 et pour qui ?

On est surpris de constater que personne ne cherche à répondre clairement à cette interrogation.

Il est cependant clair que personne ne conteste le fait que le pays  doit être le plus rapidement possible doté d’un gouvernement légitime et crédible pour faire face aux défis qu’il faut surmonter dans tous les domaines . Il est donc certain qu’un gouvernement « provisoire » , « transitoire » et chargé de gérer les « affaires courantes » ne doit absolument pas s’éterniser et qu’on doit parvenir, au plus tard le 23 octobre, à clôturer cette « transition » qui n’a que trop duré et dont le prolongement ne peut que porter atteinte à l’intérêt national.

Ceci étant, il faut clarifier d’urgence le processus qui peut et doit nous permettre d’y parvenir.
 
On entend dire partout que l’on doit, le 23 octobre, élire une assemblée constituante, ayant pour unique tâche d’établir une nouvelle constitution. D’autres ajoutent que l’on procèdera à des élections législatives après la promulgation de la constitution et qu’en attendant, on aura, durant toute la période d’établissement de cette constitution, un gouvernement encore « provisoire », celui en place probablement, qui serait le mieux à même de gérer cette nouvelle période transitoire. Encore faut-il, pour qu’elle ne se prolonge pas indéfiniment, « obliger » la « constituante » à faire vite et à statuer au bout d’un court délai sur le texte de la constitution.
 
Ou continuera donc, dans cette hypothèse, à avoir un gouvernement « transitoire » cumulant le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, la « constituante » n’ayant été élue que pour « faire » la constitution.
C’est probablement cet état d’esprit qui domine la démarche jusqu’ici et qui pourrait « expliquer » l’adoption d’une loi électorale imposant le scrutin de liste et la proportionnelle, qui, vu le grand nombre de partis et de listes, conduiront à une Assemblée hétéroclite.  Celle-ci pourrait à la rigueur convenir pour une constituante qui ne « gouverne pas » mais pas à une assemblée législative et politique qui doit prendre en charge la gestion des affaires publiques et où une majorité stable et efficace doit exister pour éviter l’instabilité et l’inefficacité, deux fléaux que le pays doit éviter après les remous qui l'agitent depuis le début de l’année.
 
Aussi  est il nécessaire de mettre fin à cette confusion et de tracer une ligne claire à suivre d’ici le 23 octobre 2011.
 
Il faut d’abord décider que l’assemblée qu’on élira à cette date doit avoir trois rôles essentiels : elle doit être constituante, c’est évident, mais elle doit être aussi législative pour en finir avec les décrets-lois et elle doit aussi être politique permettant à la majorité et à son chef, l’unanimité n’étant pas facile sinon impossible à réaliser, de constituer un gouvernement ayant la confiance de l’Assemblée, contrôlé par celle-ci et devant fonctionner dans la durée .
 
On n’aura pas ainsi à bousculer l’Assemblée pour établir à toute vitesse la nouvelle constitution, et on aura mis fin à la confusion des pouvoirs entre exécutif et législatif.
 
 Ce triple rôle de l’assemblée doit être proclamé et doit faire l’objet du dernier, ou de l’un des derniers décrets-lois qui doit être pris dans les meilleurs délais et ce pour que les électeurs sachent à quoi s’en tenir. Vont-ils élire une Assemblée seulement constituante ou un parlement ayant le triple rôle que l’on vient d’expliciter ? Le comportement de l’électeur ne sera pas le même dans les deux cas. Il doit prendre position non seulement sur le système politique à instituer constitutionnellement, ce qui peut s’accommoder tant bien lieu que mal de l’absence de majorité et requiert de préférence l’unanimité,  mais il doit savoir aussi quel genre de gouvernement effectif il veut pour son pays et avec quelle orientation et là, l’existence d’une majorité de gouvernement est indispensable.
 
Reste uniquement la question de la désignation du chef de l’Etat. Ce dernier pourra être élu par le parlement et restera en fonction jusqu’à la promulgation de la constitution : on aura alors à appliquer les dispositions de celle-ci pour la nomination définitive du chef de l’état.
 
On a abouti ainsi à mettre fin au « provisoire » et transitoire. On est également parvenu à constituer de manière parfaitement légale des pouvoirs constitutionnels légitimes à même de travailler dans la durée et de traiter plus efficacement les problèmes redoutables qui se posent au pays.
 
Il reste aussi qu’il faut réussir les élections en faisant émerger une majorité de gouvernement. Il faut pour cela contrecarrer  les effets du scrutin de liste et le votre proportionnel ainsi que ceux de la pléthore de partis politiques.
 
Pour y parvenir, il est nécessaire que les partis centristes modérés qui sont trop nombreux et dispersés tout en n’étant pas réellement différents au point de vue orientation et programme, acceptent de se regrouper en une union politique et électorale susceptible de gagner la majorité au parlement. C’est là la seule solution  pour doter le pays d’une structure politique et d’un gouvernement suffisamment stable et efficace.
 
Certains ont tendance à privilégier l’intérêt de leur propre parti et préconisent une « coalition » de partis à constituer après les élections. C’est là d’abord un pari perdu d’avance, le « cavalier seul » n’inspirant pas beaucoup la confiance.
 
En second lieu, ce n’est pas honnête vis-à-vis des électeurs à qui on doit promettre beaucoup et qu’on n’est pas en mesure de réaliser seuls. Il faut donc honnêtement déclarer ses alliances avant de solliciter l’électeur. Et puis, n’est-il pas plus responsable aujourd’hui de privilégier d’abord l’intérêt du pays ? 
 
Le contraire contribuera en outre  à discréditer la politique, les partis et leur égoïsme. C’est encore prendre la responsabilité de l’inefficacité de l’instabilité, ce qui retardera le redressement que le pays espère depuis le 14 janvier 2011.
 
On a besoin donc d’une majorité de gouvernement mais on a aussi besoin d’une opposition responsable et efficace. Elle est nécessaire. Son rôle est excessivement important : empêcher la majorité de dériver. Majorité et opposition remplissent donc des rôles différents mais qui sont aussi indispensables que complémentaires. Il est cependant évident que les considérations concernant l’état général de l’opinion du pays ainsi que celles relatives à la coopération et aux relations avec l’environnement et le monde extérieurs imposent que le Centre gouverne et que les extrêmes s’opposent : une répartition pacifique des rôles dans l’intérêt du pays que toutes les parties doivent respecter.
 
Mansour Moalla
 
 
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12 Commentaires
Les Commentaires
TRIGUI - 13-07-2011 07:50

Clair et net merci.

ouejdane ben abid - 13-07-2011 09:55

je suis convaincue par l'article de si Mansour Moalla et je partage son souci " pourquoi nous voterons le 23 octobre 2011 et pour qui?"

Tarek Châabouni - 13-07-2011 10:32

bonjour, certains partis ont présenté des programmes économiques(le PDP) d'autres le feront dans les prochains jours(Ettajdîd).Pourquoi Mr le Ministre des Finances Mansour Moalla ne patronnerait-il pas une conférence de tous les programmmes économiques.Ce serait un pré- parlement et on soumettrait tous les programmes à la critique(virulente bien sûr!) de tous les experts et de tous les acteurs sociaux.

mokaddem - 13-07-2011 12:24

ON VOTERA POUR QUI ON VOUDRA MAIS NOUS VOTERONS SURTOUT CONTRE LA HAINE L' INTOLÉRANCE ET L' INTÉGRISME RELIGIEUX DONC POUR LA LIBERTÉ TOUT COURT .

Sohnoun BILALI - 13-07-2011 12:33

Merci Si Mansour Vos propositions sont de tailles…et servent la stabilité de notre cher pays en attendant le démarrage de la machine de la démocratie, il faut être claire voyant,encore merci.

Attia - 13-07-2011 22:55

Il existe un immense hiatus entre ce qu'on veut et ce qu'on peut faire! Je vois mal une Tunisie martyre réussir en un clin d'oeil sa transition vers la démocratie avec une opposition de droite conservatrice pour ne pas citer les noms avec leurs noms et encore moins avec une majorité centriste unifiée! Cela relève du pur optimisme voire de l'imaginaire.. notre société est bourrée de pathologies et nous sommes tous interpellés pour y remédier en extrême urgence en discutant et en ouvrant des débats de fond sur notre identité, notre religion.. et surtout aborder ce thème tabou-mystère du régionalisme: sahli, beldi, sfaxi et j'en passe les meilleurs! En somme, on réussira notre pari quand on apprendra à pouvoir entendre l'autre et discuter tout en le respectant!

Adnane BELHAJAMOR - 13-07-2011 23:22

Je crois que ce qui a été avancé par Si Mansour Moalla n'avait point pour but d'esquisser un programme économique ,mais qu'il avait pris une direction politique tendant à mettre un terme à la marche vers un chaos économique certain .IL faut aussi relever un souci clair de gager du temps au niveau de l'affectation des compétences qui seront dédiées à la constituante en vue d'éviter de rester à tourner en rond avec l'accumulation de dégâts économiques et autres que cela entrainerait .Par ailleurs ,il serait injuste de ne pas relever la préoccupation démocratique et d'existence de contre-pouvoir qui est fortement soulignée par Mr MOALLA . Certains donnent l'impression de penser que l'ancien grand argentier du pays n'a propension qu'à traiter de sujets purement économiques ;oubliant qu'il s'est d'abord fait connaitre dans le domaine politique patriotique à travers l'UGET en premier lieu .

Chtourou Ali - 14-07-2011 10:12

UN GRAND MONSIEUR .

Mohamed Al Mazri CHOUK - 14-07-2011 17:43

Il dit : <<On a besoin donc d’une majorité de gouvernement mais on a aussi besoin d’une opposition responsable et efficace. Elle est nécessaire. Son rôle est excessivement important : empêcher la majorité de dériver. Majorité et opposition remplissent donc des rôles différents mais qui sont aussi indispensables que complémentaires. >> Que voilà un schéma désuet et dépassé. Le peuple a prouvé sa maturité et sa responsabilité sur le devenir de la nation, la myriade de politiciens qui se retrouveront dans la majorité, tout comme dans l'opposition et qui se disent tous démocrates n'ont encore, ni l'expérience du gouvernement, ni même celle d'une vraie opposition. En vérité, tous feraient mieux de tester et découvrir, leur entendement de la démocratie par la prise en considération de la "différence d'avec l'autre" et de découvrir les vertus du consensus qui leur permettraient de Co-gouverner ensemble, sous l'oeil vigilant du citoyen et de son droit permanent à la parole. Et enfin la reconnaissance de la primauté des choix et décisions du peuple qu'ils sont tous supposés servir collégialement, pour plus et mieux répondre à ses demandes multiples et variées. Et non pas fabriquer une majorité pour imposer voire écraser les demandes d'une minorité de notre peuple quelque en soit les sensibilité ou les choix... La démocratie c'est d'abord la prise en compte consensuelle et réciproque de la différence. Seuls des hommes capables de consensus et capables de remiser dans les boites d'archives les notions désuètes et malheureuses du culte du chef comme celle de " majorité-opposition = dominants-dominés". De tels hommes compétents et armés de bonne volonté ne manquent pas dans tous nos partis, ni dans toutes nos régions. Et cette force vive qu’ils sont, ne demande qu’à mener à bien leur travail et conduire notre peuple vers une ère nouvelle et fructueuse, d'après le 14 janvier... SI SEULEMENT ON VOULAIT BIEN REMISER DANS LES ARCHIVES, LES VIEILLES REPRESENTATIONS DU POUVOIR ET NOS VIEUX RÉFLEXES. APPOSITION est la SOLUTION qui satisfait ce pourquoi notre peuple s'est révolté, à savoir le droit à la parole et la dignité et la responsabilisation du citoyen, qui jusque là était traité de sous-homme... ?????? ????????? ???? ?????? APPOSITION LES GARDIENS DE LA RÉVOLUTION APPEL Du 1er JUIN 2011 Votre avis sur notre vision d'un nouveau mode de gouvernance pour notre pays nous intéresse. APPOSITION la solution qui satisfait le citoyen, le peuple et tous les partis. Vos remarques et critiques sont les bienvenues. Merci. https://www.facebook.com/note.?php?note_id=219251371433440 https://www.facebook.com/note.?php?note_id=234300843261826 ??? ????? ??? ?????? ?????? ???????? ? ??? ??? ???????

zghidi moncef - 15-07-2011 09:33

Entierement d accord, si mansour, et le pays a aujour dhui plus que jamais d une bonne dose de sagesse> Une union du centre? Vous savez bien que ce concept est tres flou et a # geometrie variable#m surtout dans notre societe ou la dicothomie classique droite- gauche qui fonde ce centre a une double connotation, economique mais aussi et peut etre surtout sociale et socio-culturelle du fait de notre incapacite a gerer notre identite et de la surenchere autour de ce concept. Donc OK pour une union du centre ou des centres,mais pour eviter que cela soit un fourre-toutm il faut le definir d une facon permettant a de nombreux partis et independants de s y retrouver, Et le minimum de concepts rassembleurs serait de qualifier ce centre par 2 choses; un centre democratique et progressiste ou moderniste. Il restera a ceux qui ne se reconnaissent pas dans ces 2 concepts de se placer a droite ou a gauche. et le jeu sera plus clair, independamment du poids electoral des uns et des autres.

Chahed mahmoud - 16-07-2011 14:45

Tout à fait d'accord. C'est meme l'idéal à ce qu'on puisse espérer. Merci Mr MOALLA.

sydy - 18-07-2011 16:57

à Monsieur MOALLA,il ne faut pas jouer sur les Mots , si vous ne le savez pas le peuple sait pourquoi et pour qui il votera.

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