Projet Qawafel : Appui technique à cinq structures publiques pour renforcer le positionnement des entreprises industrielles tunisiennes sur les marchés du continent africain
Le projet «Qawafel» a annoncé les résultats de son programme d’assistance technique visant à renforcer les capacités de cinq structures tunisiennes sous tutelle du Ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie (MIME) : le Groupement des Industries de Conserves Alimentaires (GICA), le Centre Technique de l'Emballage et du Conditionnement (PACKTEC), le Centre Technique de la Chimie (CTC), l'Agence Foncière Industrielle (AFI) et l'Agence de Promotion de l'Industrie et de l'Innovation (APII).
Ce projet vise à soutenir les entreprises tunisiennes et à les accompagner dans leur démarche d’internationalisation vers quatre marchés africains ciblés, à savoir le Sénégal, la Mauritanie, la République démocratique du Congo et le Kenya.
Appui technique à l’internationalisation vers quatre pays africains et renforcement du partenariat tuniso-français
Cet appui technique s’inscrit dans le cadre d’un projet de soutien global financé par l’Agence Française de Développement (AFD) à hauteur de 3,8 millions d’euros, selon les déclarations du chef de projet «Qawafel», Mazen Al Kassem.
Il a précisé que le projet cible plusieurs secteurs stratégiques, notamment les technologies de l’information et de la communication (TIC), l’agroalimentaire et les biens de grande consommation (FMCG), l’éducation et l’enseignement supérieur, la santé et l’industrie pharmaceutique, ainsi que le BTP et les services.
Il a ajouté que la facilitée d’assistance technique, une des trois composantes du projet Qawafel, s’inscrit dans un cadre plus large visant à soutenir le positionnement des PME tunisiennes sur les marchés du continent africain. Ce programme prévoit le renforcement des capacités techniques de plusieurs structures publiques et organismes d’appui relevant de différents secteurs et ministères, dont les cinq structures bénéficiaires du projet. L’objectif est de mettre en place des mécanismes efficaces permettant d’accompagner les entreprises tunisiennes souhaitant exporter et se développer sur les marchés du continent africain.
Mazen Al Kassem a également indiqué que le projet «Qawafel», en complément du programme d’assistance technique, œuvre à la promotion et à la valorisation des capacités, des compétences et des entreprises tunisiennes à l’international, en particulier sur le continent africain. Cette démarche se traduit notamment par la facilitation de leur participation et de leur présence aux foires et manifestations économiques africaines, dans le cadre d’une coopération stratégique visant à soutenir la diplomatie économique tunisienne et à renforcer le positionnement des entreprises tunisiennes sur les marchés du continent africain.
Une coopération stratégique tuniso-française renforcée
De son côté, l’ambassadrice de France en Tunisie, Anne Guéguen, a estimé que ce séminaire de restitution dans le cadre du projet «Qawafel» ne constitue pas une fin, mais plutôt un nouveau point de départ pour de nombreuses entreprises tunisiennes, en particulier les PME et les start-up.
Elle a souligné que le soutien à ce tissu économique en Tunisie nécessite des solutions communes pour surmonter différents défis, notamment ceux liés à la logistique et aux infrastructures.
Elle a ajouté que le projet «Qawafel» fait partie d’un ensemble d’initiatives illustrant la profondeur de la coopération bilatérale et du partenariat stratégique entre la Tunisie, la France, fondés sur des principes et objectifs communs visant à soutenir la dynamique économique et le développement sur le continent africain.
Elle a ajouté que l’adhésion de la Tunisie, premier pays d’Afrique du Nord, à la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) et au COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) constitue une base stratégique importante renforçant le positionnement de la Tunisie sur le marché africain. Cette adhésion ouvre de nouvelles perspectives aux structures et institutions publiques tunisiennes pour soutenir les PME et les start-up, leur permettant de proposer des solutions et services à forte valeur ajoutée.
Elle a indiqué que cette dynamique contribuera à la création d’emplois et au développement durable, en passant de projets locaux à des projets africains et régionaux fondés sur la coopération et le partenariat économique.
La Tunisie, un acteur économique stratégique sur le continent africain
La cheffe de cabinet du ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Afef Chebbi Tayari, a affirmé que la Tunisie dispose de tous les atouts lui permettant de se positionner comme un acteur économique central sur le continent africain. Elle a souligné que les entrepreneurs et start-up tunisiennes proposent aujourd’hui des solutions innovantes, en réponse aux défis économiques actuels.
Elle a ajouté que le projet «Qawafel» contribue à transformer ces initiatives locales en véritables success stories, en offrant un environnement favorable ainsi que des mécanismes d’accompagnement efficaces, permettant aux entreprises de développer leurs projets et de renforcer leur compétitivité.
Elle a également indiqué que ce projet s’inscrit dans le contexte des transformations économiques que connaît le continent africain, considéré comme un marché à fort potentiel, offrant d’importantes opportunités d’investissement et de partenariat, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, du numérique, des services et de l’innovation.
Elle a enfin précisé que le projet «Qawafel», financé par l’Agence Française de Développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, constitue un modèle de coopération internationale et de partenariat entre institutions nationales et internationales, visant à renforcer les relations économiques entre la Tunisie et les pays du continent africain, à améliorer la compétitivité des entreprises tunisiennes et à contribuer à la création d’emplois.
Diversité des effets de l’accompagnement technique et perspectives
Lors de la rencontre médiatique, les résultats de cet appui technique au profit des cinq structures sous tutelle du ministère ont été présentés. Cet appui a permis à plusieurs structures publiques de développer leurs outils de travail et de renforcer leur rôle dans l’appui aux entreprises tunisiennes, notamment en matière d’exportation vers les marchés africains ciblés.
Dans ce cadre, le Groupement des Industries de Conserves Alimentaires (GICA) a réalisé une étude visant à identifier le positionnement de 14 produits tunisiens sur les quatre marchés ciblés, ainsi qu’à déterminer les potentiels d’exportation estimés à environ 2,28 milliards de dollars. Cette étude a également permis de produire quatre guides pratiques expliquant les cadres réglementaires dans les pays africains ciblés, afin de permettre aux entreprises d’explorer les opportunités d’investissement, d’exportation et d’expansion.
L’ingénieure chargée des études et des technologies de transformation au sein du GICA, Beya Jendoubi, a confirmé que les objectifs de l’assistance technique dans le cadre du projet «Qawafel» répondent efficacement aux orientations du groupement. Celui-ci a permis une meilleure compréhension des besoins des marchés africains ainsi que l’élaboration d’une liste d’entreprises spécialisées dans les conserves alimentaires et l’identification des besoins de chaque marché, sur la base de techniques d’analyse modernes assurant l’adéquation de l’offre tunisienne avec la demande.
De son côté, le Centre Technique de l’Emballage et du Conditionnement (PACKTEC) a renforcé ses capacités en matière d’exportation grâce à la formation de dix cadres sur les principaux enjeux du secteur de l’emballage. Cette formation a contribué à améliorer les méthodes de travail du centre, lui permettant d’assurer un accompagnement direct de cinq entreprises tunisiennes et de mieux répondre aux besoins des PME exportatrices.
Dans le même cadre, le Centre Technique de la Chimie (CTC) a renforcé ses compétences en matière de bonnes pratiques de fabrication (GMP), notamment dans le secteur pharmaceutique. Il a également bénéficié d’un programme de formation destiné à six de ses cadres, visant à soutenir les PME dans leurs démarches de mise en conformité réglementaire (Regulatory Compliance). Ce soutien a permis d’enregistrer une expérience réussie pour une unité de production, qui a pu exporter vers des marchés africains grâce à la conformité acquise.
La directrice générale duCentre Technique de la Chimie, Manal Hanafi, a indiqué que le centre a pleinement bénéficié du projet « Qawafel », notamment à travers le renforcement de sa compréhension des mécanismes de conformité industrielle et l’amélioration de sa capacité à transmettre ces informations aux entreprises du secteur pharmaceutique.
Elle a ajouté que, malgré les efforts engagés, le secteur continue de faire face à plusieurs défis qui limitent son accès aux marchés africains, notamment les difficultés liées à la reconnaissance des certificats et documents, ainsi que les contraintes logistiques relatives au transport, au stockage et à l’exportation des médicaments. Ces obstacles ont conduit certaines entreprises à s’implanter dans d’autres pays africains offrant un environnement plus favorable et de meilleures incitations.
Elle a souligné la nécessité de renforcer davantage l’accompagnement du secteur afin d’améliorer la capacité de production et la compétitivité des produits pharmaceutiques tunisiens, de consolider les bonnes pratiques de fabrication, de digitaliser la chaîne de production et de simplifier les procédures juridiques.
Elle a enfin évoqué une initiative de la COMESA, prévue dans les dix prochaines années, visant à promouvoir une industrie pharmaceutique verte et à réduire les émissions de carbone, en précisant que l’adhésion des entreprises tunisiennes à cette dynamique nécessitera un accompagnement technique spécialisé.
Par ailleurs, l’Agence Foncière Industrielle (AFI) a bénéficié d’un appui stratégique lui permettant d’élargir son champ d’intervention à l’international. Cet accompagnement s’est appuyé sur l’exploitation des résultats d’une étude de marché, l’élaboration d’un plan d’action sur cinq ans, ainsi que la mise en place d’un nouveau cadre réglementaire destiné à favoriser le développement de ses activités régionales, y compris la création de structures reposant sur l’expertise tunisienne dans plusieurs pays africains.
Le directeur général de l’AFI, Kais Mejri, a souligné le rôle central de l’agence, créée il y a environ 53 ans, dans le développement des zones industrielles en Tunisie selon des standards internationaux, ainsi que dans la structuration d’un tissu institutionnel contribuant à renforcer son rayonnement à l’international.
Il a ajouté que l’une des principales conclusions de l’étude met en évidence la nécessité d’évoluer progressivement d’une logique d’exportation d’expertise technique et de formation vers la mise en œuvre de projets de petite envergure, tout en intégrant une diversification géographique et une analyse attentive de la stabilité politique et économique des pays africains afin de mieux maîtriser les risques. Cette approche a déjà démontré son efficacité dans l’expérience de certaines entreprises tunisiennes, telles que la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz.
Il a enfin souligné que la diplomatie économique, la mobilisation des financements internationaux, les accords bilatéraux ainsi que le renforcement de la coopération public-privé constituent des leviers essentiels pour accompagner les entreprises tunisiennes dans leur expansion sur le continent africain.
Accord de partenariat Tuniso-congolais
Il convient de rappeler que, dans le cadre du programme d’assistance technique du projet «Qawafel», une convention de partenariat est envisagée entre l’APII et l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANAPI) de la République démocratique du Congo. Cette initiative a permis d’engager un diagnostic approfondi des services d’appui à l’internationalisation des entreprises, ainsi que l’élaboration d’un guide de gouvernance et d’un modèle de partenariat public-privé.
Le directeur général de l’APII, Omar Bouzouada, a exprimé sa satisfaction quant à cette dynamique de coopération, qui devrait favoriser la mise en place d’investissements et de projets communs entre les deux parties, et a annoncé le lancement d’une feuille de route opérationnelle visant à garantir une coopération durable et efficace.
Il a également indiqué la mise en place envisagée d’une plateforme regroupant les informations et procédures liées aux entreprises exportatrices, ainsi que la collecte des problématiques rencontrées, afin de faciliter la création d’entreprises et de renforcer leur compétitivité à l’international.
Il a précisé que cette convention repose sur quatre axes fondamentaux:
• Le premier axe concerne l’échange d’informations et la simplification des procédures administratives entre les entreprises tunisiennes et congolaises afin de faciliter les échanges économiques et les partenariats.
• Le deuxième axe porte sur l’organisation d’événements économiques conjoints, de visites et d’échanges d’expertise, ainsi que l’identification de secteurs industriels à forte valeur ajoutée dans les deux pays afin de développer des projets complémentaires.
• Le troisième axe vise à soutenir la création de start-up innovantes capables de créer de la richesse et de l’emploi, notamment dans les secteurs technologiques.
• Le quatrième axe concerne la mise à disposition d’informations juridiques et techniques sur les secteurs industriels sensibles, notamment les industries pharmaceutiques et de précision, soumises à des réglementations strictes différentes selon les pays africains.
Trois entreprises industrielles tunisiennes bénéficiaires
À l’issue du séminaire de restitution de l’assistance technique du projet Qawafel, mené auprès des structures d’appui relevant du Ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, les principaux défis structurels auxquels sont confrontées les entreprises tunisiennes exportatrices ont été examinés dans un esprit de concertation et de dialogue constructif.
Les représentants des cinq structures ainsi que les participants issus de différents secteurs ont soulevé plusieurs points d’attention, en soulignant la nécessité de poursuivre les efforts d’amélioration du cadre opérationnel afin de renforcer l’accompagnement des entreprises dans leurs démarches d’exportation.
Les défis identifiés concernent notamment certaines contraintes douanières touchant des secteurs spécifiques, tels que les industries chimiques et électroniques ainsi que l’importation d’équipements, auxquelles s’ajoutent des barrières tarifaires et non tarifaires, ainsi que des limites persistantes des infrastructures logistiques face à la croissance des besoins liés à l’export.
En matière de recommandations, les participants ont insisté sur l’importance de mettre en place des mécanismes facilitant la conformité aux normes techniques, ainsi que la simplification des procédures de contrôle réglementaire, afin de soutenir plus efficacement les entreprises dans leur développement à l’international. Ils ont également souligné la nécessité de renforcer un accompagnement continu des PME et des start-up, en vue de consolider leur positionnement sur les marchés africains.
Par ailleurs, ils ont appelé à l’élaboration de stratégies à plus long terme pour répondre aux enjeux logistiques, qu’ils soient maritimes, terrestres ou aériens. Ils ont également recommandé de renforcer le rôle des banques et des institutions de financement alternatif, ainsi que d’encourager l’implantation de filiales d’entreprises tunisiennes dans d’autres pays africains, afin de faciliter leurs opérations et de soutenir leur expansion à l’international.
Enfin, trois entreprises tunisiennes ayant bénéficié de l’appui du programme d’assistance technique ont été présentées:
• PHARMAGHREB: entreprise fondée en 1985, spécialisée dans les médicaments, les compléments alimentaires et les produits paramédicaux. Elle produit plus de 120 références et a déjà exporté 40 produits vers une dizaine de pays africains.
• SIPA: entreprise créée en 2004, spécialisée dans la fabrication de moules d’injection plastique alimentaire, et disposant d’une expérience confirmée dans l’exportation vers les marchés africains.
• ManarThon: entreprise fondée en 1983, active dans les produits alimentaires de la mer, exportant depuis 2005 vers 23 pays de l’Union européenne, et visant aujourd’hui le renforcement de sa présence sur les marchés africains.
À propos du projet QAWAFEL
Qawafel est un projet de coopération internationale d’une durée de 42 mois (2023–2026), financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, en partenariat avec le ministère tunisien de l’Économie et de la Planification. Il vise à structurer l’écosystème tunisien de l’internationalisation à l’échelle du continent africain — notamment le Sénégal, la Mauritanie, la République démocratique du Congo et le Kenya — à travers l’accompagnement des entreprises, le renforcement de la diplomatie économique et l’amélioration du cadre institutionnel de l’export.
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