News - 18.06.2023

Le Maroc rend hommage à Ridha El-Behi

Le Maroc rend hommage à Ridha El-Behi

Khadija T. Moalla - Le Maroc a choisi, Ridha El-Behi pour être le Président du jury du Festival de Casa Blanca, du Film Arabe, (16-23 Juin 2023), pour sa 4ème édition. Lors de l’ouverture, le Festival lui a aussi rendu hommage pour toute son œuvre.
Il y a 50 ans, ce même pays lui a ouvert les bras afin qu’il filme son premier long métrage : «Soleil des Hyènes». Ce film que non seulement la Tunisie ne lui a pas permis de tourner en Tunisie, en 1974, mais pire que cela, quand il a voulu le tourner au Maroc, l’ambassadeur Tunisien de l’époque, avait demandé aux autorités Marocaines de ne pas lui accorder l’autorisation de tourner.

Heureusement pour Ridha El-Behi, il y a eu cette femme qui possède ce genre de courage, dont seules certaines femmes ont le secret. C’était feu Lalla Aicha, la sœur du Roi Hassan II, qui venait de terminer la construction de son hôtel et qui a invité Ridha El-Behi afin qu’il y tourne son film, lui assurant par la même, soutien et protection, que le gouvernement Tunisien de l’époque, lui avait dénié.

Notant pour l’Histoire que ce film «Soleil des Hyènes» a récolté plus de 27 prix et est encore projeté dans les salles de cinémas de certains pays. Il a bénéficié aussi de figurer comme sujet principal de plus de 15 Thèses de Master et de Doctorat, dans des universités Tunisiennes, à la Sorbonne et ailleurs. Il est même resté en projection 22 semaines d’affilé dans les salles Parisiennes.

Le Maroc avait pressenti la naissance de ce géant du cinéma, alors que les politiciens Tunisiens ont cherché et ont échoué à lui mettre les bâtons dans les roues. En effet, ces mêmes autorités Tunisiennes n’étaient pas à leur premier coup d’essai de stopper les films à contenu, qui seuls sont capables de faire évoluer les mentalités de nos sociétés. Déjà, dès 1972, le Ministère de la culture Tunisien avait interdit le premier moyen métrage de Ridha El-Behi: «Seuils interdits». Or ce Ministère ne savait pas qu’en l’interdisant, il allait donner le meilleur coup de pouce à ce film et à la lutte acharnée que Ridha El-Behi allait entamer dans sa quête de parler des sujets tabous, afin de transformer et de faire évoluer les consciences des citoyennes et des citoyens.

Des faits très intéressants, à plus d’un titre, sont à signaler ici. Quand la Fédération Tunisienne des cinés clubs (FTCC) et la Fédération Tunisienne des Cinéastes Amateurs (FTCA) ont fait circuler une pétition pour exiger que le film soit projeté (même hors compétition), lors des JCC de 1972, l’Association des Cinéastes Tunisiens (ACT), composée de cinéastes professionnels, essentiellement militants et syndicalistes de gauche, n’a pas accepté de signer la pétition. De même, les cinéastes Arabes, connus pour leur appartenance à la mouvance nationaliste ou de gauche, ont eux aussi refusé de signer cette pétition, signalant par la même leur complicité avec les censeurs, et leur manque de courage politique, qui démontre, si besoin est, de leur militantisme de pacotille.

Face à toutes ces censures, Ridha El-Behi aurait pu décider d’abandonner le cinéma et de choisir une autre carrière, mais pour notre bonheur et honneur à toutes et à tous, il n’a pas eu l’égoïsme de la majorité, qui abandonne la bataille dès les premiers obstacles; de le faire. Il était sûr de son art et il avait les idées de scenarios plein la tête. Un besoin pressant de les coucher sur du papier et puis de leur donner vie, grâce à des acteurs qui déploient leur génie pour incarner ces personnages de fiction, qui nous font rêver, rire ou pleurer, nous aidant à surmonter les difficultés de la vie.

L’Histoire ne retiendra pas le nom des censeurs de touts bords, ces hauts fonctionnaires qui se sont contentés d’exécuter les ordres des Ministères de l’intérieur et de la culture, qui eux n’avaient pas à cœur le bien-être culturel de la population. Priver le peuple Tunisien du bonheur de découvrir des chefs-d’œuvre et d’être fiers que ce sont leurs artistes qui les ont produits et réalisés sur le sol Tunisien, ne dérangeait nullement leur conscience, si tant est qu’ils en aient eu une, un jour!

Mais cette même Histoire retiendra par contre le nom des patriotes qui ont sacrifié leur vie à lutter pour préserver notre culture et défendre notre drapeau, grâce à leur art qui transcende toutes les frontières physiques, mentales et psychiques. L’amour de la patrie est un simple slogan s’il n’est pas traduit par des actions concrètes et des luttes quotidiennes pour le prouver encore et encore. Ridha El-Behi l’a fait dans ses 9 long métrages ainsi que tous les courts métrages et autres œuvres cinématographiques, tels que les 12 scenarios qui attendent patiemment d’être réalisés en films ou en feuilletons.

Les Marocains ont eu l’intelligence de le voir hier soir et de le concrétiser en un hommage aussi émouvant que généreux, à quand les Tunisiens ?

A bon entendeur, salut !

Khadija T. Moalla


 

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