News - 08.07.2022

Mohamed Larbi Bouguerra: La Tunisie, un pays somnanbule ?

Mohamed Larbi Bouguerra: La Tunisie, un pays somnanbule ?

On n’entend plus dans notre pays que la parole des « sciences juridiques » et celle des « sciences politiques ». Paroles respectables sans aucun doute mais comment prêter attention à ces femmes et à ses hommes en robe et mortier alors que le pays suffoque et que la sécheresse et le manque d’eau potable crucifient beaucoup de Tunisiens et frappent durement les agriculteurs. Et ce ne sont pas les injonctions appuyées du Président au ministre de l’Agriculture et à la cheffe du gouvernement qui résoudront de manière pérenne la question de l’eau. Les faiseurs de pluie n’existent que dans les contes….à moins de recourir à l’ensemencement des nuages par l’iodure d’argent comme en Chine.

La parole de ces gens de robe – dont l’actuelle ministre de l’environnement elle-même- pèse bien peu face au dernier rapport du GIEC 2022 (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) qui ne nous laisse plus que TROIS ans avant une échéance fatidique : si le réchauffement climatique dépasse (même transitoirement) 1,5 °C au cours des prochaines décennies, de nombreux écosystèmes et populations seront confrontés à des risques supplémentaires graves par rapport à un maintien en dessous de 1,5 °C (par rapport au début de la Révolution Industrielle). Or, il est de notoriété publique, du moins chez les scientifiques, que notre pays est aux premières loges, hélas, face au changement climatique comme bien des pays africains et du sud de la Méditerranée. Qui ont pourtant peu contribué aux émissions de gaz à effet de serre (GES) comparativement aux pays industrialisés. Qui sont frappés aujourd’hui par les ravages du changement climatique : pluies diluviennes en Australie et au Japon, incendies gigantesques aux EU et en Australie, fonte des glaciers en Italie…Le changement climatique est parmi nous.

De mal en pis

Face à l’absence de réactions de la classe politique face au changement climatique, le Tunisien est livré à lui-même et se débrouille comme il peut. Comme d’habitude !

A à la canicule, les sempiternels conseils du Ministère de la Santé et de la Météo Nationale ne sont plus suffisants.

Quelques solutions parmi bien d’autres :Il faut un plan d’urgence pour verdir nos villes et créer des parcs ombragés afin d’atténuer les ilots de chaleur urbains. Il faut revoir nos méthodes de construction pour isoler les intérieurs et réduire ainsi le recours au chauffage et à la climatisation. Il faut faire plus dans l’éolien, le photovoltaïque et la biomasse par exemple.

Il faut aussi s’occuper de la pollution urbaine. Quand le Covid-19 a empêché le Tunisien vivant à l’étranger de revenir de très longs mois durant, il est frappé par le nombre impressionnant de voitures dans le paysage mais guère étonné par la conduite toujours aussi approximative de ses compatriotes**, conduite qui perdure en dépit de l’hécatombe sur les routes et ses drames atroces comme il est frappé par l’amoncellement des ordures….et pas uniquement à Sfax !
Côté mobilité, il est vrai que les transports publics sont déficients et le Tunisien se voit contraint de recourir à la voiture qui grève son budget et le pousse dans la triste farandole de prêts bancaires scandaleusement onéreux. De plus, n’oublions pas que les voitures thermiques ne seront plus fabriquées en 2035.
Mais la voiture génère des particules fines (PM 2,5) et des gaz toxiques (ozone, CO, CO2…) lesquels, joints à l’air pollué des villes (produits chimiques dangereux, plomb…) , tuent 9 millions de personnes par an dans le monde d’après un rapport de la Commission « Pollution et Santé » du grand journal médical anglais The Lancet (17 mai 2022).   Cette pollution, souligne The Lancet, « est le facteur de risque environnemental le plus important intervenant dans la morbidité de la population et les décès prématurés » La Commission ajoute : « Il faut d’urgence contrôler cette pollution et prévenir sa morbidité en mettant l’accent sur la pollution de l’air et celle des produits chimiques dangereux. »

Ces avertissements devraient interpeller nos gouvernants car « près de 90% des morts prématurées dues à la pollution endeuillent les habitants des pays à revenus faibles et moyens…6,7 millions des 9 millions de décès sont provoqués par la pollution de l’air et notamment par les particules fines» affirme le rapport qui ajoute que ces chiffres doivent être revus à la hausse étant donné l’ubiquité de la pollution chimique.

Dans notre pays, l’emploi de l’herbicide glyphosate étiqueté « probablement cancérigène » par l’OMS est toujours autorisé. Pourtant, la Cour d’Appel de Californie estime que « le jury a recueilli des éléments de preuve indiquant que Monsanto n’a pas agi de bonne foi et a manipulé le consensus scientifique et règlementaire mondial. » (Le Monde, 6-7 février 2022, p. 33) Notre ministre de l’Environnement ne pourrait-elle pas s’appuyer sur cette constatation de la Cour californienne et sa pratique de juriste pour interdire le glyphosate en Tunisie et mettre fin à l’empire du lobby des pesticides ? Rappelons que la dernière campagne électorale en France (juin 2022) a fait une large part à la question des pesticides qui provoquent maladie de Parkinson, troubles cognitifs, lymphome non hodgkinien et myélomes multiples (cancers affectant le globule blanc), cancer de la prostate et certains troubles respiratoires chez les exploitants agricoles français (Le Monde, 10 février 2022).

Revenons au Lancet : Le journal médical attribue à cette pollution de l’air et aux produits chimiques trois effets néfastes « particulièrement préoccupants »: atteintes au système nerveux, effets sur la fertilité et la grossesse (cancer du système reproductif du aux plastifiants, aux retardateurs de flamme, aux métaux toxiques et à leurs produits de dégradation) et effets préjudiciables à l’immunité telle qu’une production d’anticorps réduite.

Bien entendu, soulignent les auteurs cette pollution n’est pas locale seulement. Il s’agit d’une menace globale.

Il serait très profitable au pays que les politistes, les juristes et les théologiens nous disent quelles solutions ils comptent mettre en œuvre face à cette situation. La Constitution n’est pas muette sur certains de ces problèmes mais passer à l’application sur le terrain est une autre paire de manches comme le prouve la création de la police de l’environnement.

Cessons d’être des funambules. Réveillons-nous : notre environnement mérite toute notre attention Constitution ou pas !  

Mohamed Larbi Bouguerra

** Exemple caricatural de cette conduite automobile anarchique: le pont de Bizerte. Plusieurs files de voiture luttent férocement pour atteindre l’ouvrage qui ne comptent qu’une unique voie dans chaque sens. Point de feux de circulation et nulle autorité pour gérer ce capharnaüm ! Que de temps et d’argent perdus ! Pour ne rien dire de la pollution produite !
 

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