Lu pour vous - 16.04.2021

Tataouine, le nouveau roman de Fawzi Mellah: la description des péripéties d'une randonnée dans le grand sud tunisien sans tomber dans le piège de l'orientalisme

Tataouine, le nouveau roman de Fawzi Mellah: la description des péripéties d'une randonnée dans le grand sud tunisien sans tomber dans le piège de l'orientalisme

Par Rafik Darragi - Parce qu’il a été l’un des premiers auteurs qui se sont inspirés de l’histoire de Carthage, avec son roman Elissa, la reine vagabonde (Seuil et Déméter), nous avons toujours considéré Fawzi Mellah comme un compatriote établi à l’étranger. A l’instar du poète égyptien Ahmed Shawky qui a été indigné par la manière dont Cléopâtre a été dépeinte par les Occidentaux et qui, pour la glorifier, écrivit  La Mort de Cléopâtre,  Fawzi Mellah avait voulu réagir contre ce qu’il appellait ‘l‘onomastique indigne’ appliquée à cette figure emblématique de l’histoire tunisienne qu’est Elissa :

«Rien ne rappelle la grande dame. Comment expliquer cette négligence? Comment comprendre cet oubli? Comment accepter cette onomastique indigne? Est-ce parce qu’Elissa était une femme que, dans la pure tradition sémite, les Tunisiens ont fini par effacer jusqu’à son nom?».

En fait, Fawzi Mellah est syrien d'origine, mais il a grandi en Tunisie. De ces deux pays, il a conservé un amour profond comme en témoignent ses œuvres, non seulement Elissa mais également, Le Conclave des pleureuses (Seuil et Céres), où la quête d’identité et l’affirmation des origines phéniciennes de l’auteur courent en filigrane. Tataouine, son nouveau roman, qui vient de paraître aux éditions L’Harmattan se déroule en Tunisie.

Juriste et politologue de formation, Fawzi Mellah a consacré l'essentiel de sa vie à l'enseignement et à la recherche. Aujourd'hui retiré du monde académique, il se dédie entièrement à l'écriture et aux voyages. Après des études de philosophie à Tunis, Fawzi Mellah passe une licence en droit à Lausanne et rédige une thèse de doctorat en sciences politiques à Genève. Enseignant et chercheur, il a enseigné à l'Institut universitaire d'études du développement à Genève et mené des recherches au Middle East Center de l'université de Berkeley en Californie. Il a obtenu plusieurs prix, a été traduit en plusieurs langues, et deux de ses livres ont été portés à l'écran.

Fawzi Mellah avait déjà publié:

Entre chien et loup (l'Or du Temps)

Clandestin en Méditerranée (Le cherche Midi)

Ya khil Salem ou les douleurs fantômes (Déméter)

Le transfert des cendres (Harmattan)

Dédié à son ami, Rachid Ben Djemia «l’ami, le maître», Tataouine nous plonge dans l'atmosphère particulière du Grand Erg oriental tunisien, «les plus belles dunes du monde» (p.15), en particulier, la région de Tataouine, celle des météorites et des énigmes de l'univers.

Disons-le tout de suite: Fawzi Mellah ne recherche pas l’exotisme. Tataouine n’est nullement un retour nostalgique rappelant l’orientalisme et les célèbres critiques formulées par Eugène Fromentin dans son ‘Une année au Sahel’. Contrairement aux orientalistes, Fawzi Mellah, dans Tataouine, se souvient plus qu’il n’invente:

Jacques Grel, professeur d’histoire dans une banlieue de Lyon, avait toujours rêvé d’écrire un livre sur «les relations tumultueuses» que la France a toujours eues avec le Sahara, cet «univers si étrange et pourtant si proche» (p.9)

Malgré les réticences de sa femme, Madeleine, et de son fils, Sylvain, «la petite famille se retrouva…trois semaines plus tard, dans une camionnette caracolant vers on ne sait quelle oasis à la recherche de dieu sait quel campement… Le grand sud tunisien…Terre d’aventures… fanfaronnait l’agence de voyage…» (p.16) Selon le guide, la randonnée commence non à Tataouine mais à Tozeur pour repartir ensuite en direction du sud, d’abord vers Djebil où le chauffeur Brahim retrouve son assistant  Gibril, puis vers Haouïdet et sa source aux eaux chaudes. Là, commencent les péripéties. Ismaïl, un jeune homme en colère, rejoint le groupe. Son père se révèle être Brahim le chauffeur.

C’est à partir de là que la peinture psychologique de ces six personnages prend réellement forme, un glissement imperceptible de la réalité à l’imaginaire et vice versa. D’abord les multiples craintes du chauffeur non seulement à propos de « la grande malédiction. Celle qui empoisonnait vraiment la vie des guides et rendait leur travail quasiment impossible. Comment pouvait-on promener les clients, les encadrer et les surveiller, alors que, venant d’on ne sait où, des groupes armés sillonnaient les zones frontalières en semant insécurité et violence ? » ( p.38) Mais également à propos de son fils Ismaïl, depuis l’annonce faite le soir, à la radio, concernant la disparition d’un touriste.
«Le silence d’Ismaïl m’inquiète beaucoup, dit-il, en murmurant… Je n’ai pas eu le temps de m’occuper de lui. Or je sens qu’il y a anguille sous roche. D’autant que les diatribes qu’il m’a sorties récemment contre les Mécréants qui souillent nos terres et les Occidentaux qui exploitent nos richesses ne m’ont guère rassuré.» (p.43) 

Doit-on le préciser: c’est justement la disparition mystérieuse des deux jeunes gens, Ismaïl et Sylvain, le lendemain, et ses conséquences plutôt inattendues, qui constituent la substantifique moelle de Tataouine, un ouvrage instructif, agréable à lire.

Fawzi Mellah, Tataouine, Editions, L’Harmattan, Paris, 2021, 178 pages.

Rafik Darragi




 

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