News - 10.03.2021

Covid 19: Redevenir humain après le confinement

Covid 19: Redevenir humain après le confinement

Par Badie ben Ghachem- Privé de ses habitudes, l’être humain est voué au "que faire". Il sent le privilège d'avoir  du temps libre se transformer en difficulté de supporter sa liberté.

N’est-il pas merveilleux que par un hasard extraordinaire, les organismes vivants aient trouvé sur terre les conditions idéales pour se développer depuis des milliards d’années: la bonne température, la bonne distance par rapport au soleil, la bonne eau, le bon air. Cette terre qui a favorisée notre développement, c’est les humains qui l’ont façonnée en fonction de leurs projets.

L’idée d’environnement n’a pas de sens puisque on ne peut jamais distinguer un organisme de ce qui l’entoure. Tout concourt à notre respiration…

Depuis le confinement les humains sont sous le « choc ». Ils ont, enfin, pris conscience que la température de la bulle d’air conditionnée à l’intérieur de laquelle ils résident dépend de leur action. Cette bulle d’air est le véritable confinement, ce destin que nous nous sommes collectivement choisi, sans y penser.

Pendant le confinement, nous avons pu faire l’expérience, du moins pour les plus privilégiés d’entre nous, que, même si nous n’étions pas autorisés à sortir de nos appartements, nous avions néanmoins accès, par le truchement des « moyens de communication » à un autre monde de films, de Skype, Facebook et autres. Les savants, eux, accèdent à la compréhension de l’Univers par le biais d’instruments, de capteurs, de sondes…autrement sophistiqués.  Ils sont collés à leur bureau où  ils contemplent l’écran où scintillent leurs données. Nous sommes tous, pour prendre une expression que le confinement a popularisée en « télétravail » c.à.d. à distance de la chose dont on parle.

Se repérer dans le monde, aujourd’hui, est incroyable. On part de l’univers, on passe par la voie lactée, puis par le système solaire, avant de survoler la terre, de faire coulisser Google Earth jusqu’en Tunisie avant d’arriver au- dessus de Tunis, sur le quartier, la rue, bientôt l’immeuble en face du parc. A la fin de ce survol, la localisation de ma famille est peut-être complète sans compter les « réseaux sociaux » ! En comparaison avec ces immensités, les pauvres géniteurs d’Aziz et Khalil sont réduits à un point, moins qu’un point un pixel qui clignote sur un écran. Drôle de façon de se repérer. 

Localiser à l’ancienne, les parents de Aziz et Khalil c’est dire qu’ils  sont à l’étroit dans leur cité, réduits à leur corps, confinés dans leur petit moi, à émettre comme Ismail des borborygmes ou parlant une langue qu’ils ne veulent plus entendre.
Si les terrestres  se trouvent un « air de famille » c’est qu’ils ont tous,  ou qu’ils ont tous eu jadis, ce qu’on pourrait appeler des soucis d’« origine ». Il en fut de même des récifs de coraux devenus calcaires. Une petite différence entre un prédécesseur et un successeur, permet de construire, de proche en proche quelque chose comme une généalogie qui autorise chacun de nous à remonter vers son origine comme un saumon remonte le fleuve, puis la rivière puis le trou d’eau ou il est né.

On s’aperçoit, petit à petit, que le mot « Terre » ne désigne pas une planète parmi d’autres mais un lieu qui rassemble tous les existants qui ont un air de famille parce qu’ils ont une origine commune et qu’ils se sont répandus, mélangés en transformant de fond en comble leurs conditions initiales par leurs inventions successives.

Nous ne vivons plus dans le même monde. Le monde matériel, « artificiel » sinon « inhumain »  d’avant le confinement avec ses voitures, ses usines, ses machines, son élevage intensif bref la « vie moderne » - où ils y entassent des choses inertes qui s’étendent à l’infini et dont ils ne savent pas trop quoi en faire)- n’est plus celui d’aujourd’hui.

Ce serait commode de dire que la génération des parents voit la mort partout et que la génération suivante voit la « vie » partout. En fait, les ascendants et les descendants seront jugés selon la fécondité ou la stérilité  des liens  qu’ils entretiennent  avec le passé. Le sujet moderne ne peut aller que de l’avant, quelles qu’en soient les conséquences. Le mot « tradition » ne nous effraie plus, nous y voyons un synonyme de la capacité d’inventer, de transmettre et donc de durer.

Par la dure épreuve du confinement, les terrestres devinent maintenant où ils sont, ils se repèrent de mieux en mieux, ils ont inventé pour se déplacer une mesure à eux : l’exploration méticuleuse de ce  dont ils dépendent.

Comment faire de cette terre une base crédible alors qu’elle est déjà appropriée en territoires par ceux qui sont en train de se la partager après avoir  démantelé, ce qu’on appelait l’« ordre international », en autant de nations juxtaposées sans autre idéal commun que la guerre de tous contre tous ? D’où l’impression qu’on ne sort d’un confinement que pour rentrer dans un nouveau cauchemar.

Il y a la planète «  Globalisation » qui continue d’attirer ceux qui espèrent en effet pouvoir se moderniser à l’ancienne, quelle que soit la disparition progressive de la terre sur laquelle ils vivent : Etre « humain » c’est demeurer indifférent au sort de la planète. Alors qu’au vingtième siècle cette globalisation dessinait l’horizon commun.

Faire l’apprentissage du confinement, c’est essayer d’en tirer les leçons pour la suite, comme si le Covid pouvait servir de répétition générale, d’un nouveau confinement par une autre panique devant une autre menace.

Nous voulons respirer comme avant, alors même  que ceux qui prétendent « continuer comme avant » nous étouffent. C’est tout le système respiratoire planétaire qui se trouve perturbé et à toutes les échelles qu’il s’agisse du masque derrière lequel nous haletons, aussi bien que la fumée des incendies, des gaz lacrymogènes ou  de l’élévation de la température. Le cri est unanime : « Nous étouffons ». Oui nous étouffons derrière nos masques, c’est vrai, mais nous allons peut-être enfin prendre une autre forme !
La multiplicité des controverses qu’on appelle « environnementales » sur chaque participant d’un monde qui n’est plus du tout commun : viande, forêt, éolienne, vaccins, voiture, pesticide, poisson… tout est désormais matière à conflits. Pendant les deux siècles précédents un décor organisait le conflit des riches et des pauvres, conflit rendu plus précis par la distinction faite entre les prolétaires et les capitalistes. Le conflit actuel mobilise bien au-delà des seuls humains. Il a le monde pour enjeu. Ce qui oblige pour chaque enjeu à redessiner les lignes de front, à tisser d’autres alliances et à revoir les anciennes.

L’ancien cadre dépendait de l’Economie puisque c’était par la position dans le « système de production » que se repéraient les injustices. Mais dans ces nouvelles étranges batailles, l’économie n’est plus qu’un voile superficiel. Pendant que nous célébrions  en 1989 la « victoire contre le communisme » avec la chute du mur de Berlin une révolution s’est produite sous nos pieds. Ce qui rend toutes les batailles actuelles si étranges, c’est une guerre à mort qu’on est incapable d’organiser en imaginant la victoire d’un camp sur l’autre et remplacer ce monde par un autre.

Nous sommes obligés de reconnaître que grâce à cette épreuve (confinement à répétition) on aspire à redevenir des humains à l’ancienne en voie vers le progrès, respirant à plein poumon, en pleine nature. Alors qu’on était insensible  à la question climatique. Maintenant qu’elle est bien là comment y réagir ?

Badie ben Ghachem
 

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