Opinions - 22.02.2019

Mohsen Hassen: Inflation, quel bilan pour le Tunisie?

Mohsen Hassen: Inflation, quel bilan pour le Tunisie?

L’inflation reste la menace principale pour l’économie tunisienne, elle  s’est établie  à 7,5%, pour toute l’année 2018, contre 6,4% en 2017, 4,2% en 2016 et 4,1% en 2015.

l’IPC a enregistré, au terme du premier mois de l’année en cours une baisse pour atteindre 7.1%, contre 7,5% un mois auparavant.

Néanmoins, à moyen terme, une atténuation graduelle de L’inflation est attendue pour s’établir à 6,7% en 2019 et 6% en 2020

Quelles sont les causes et les conséquences de cette augmentation autoentretenue du niveau général des prix et comment lutte-t-on contre cette dernière?

Les principales sources d’inflation

En Tunisie, les principaux facteurs à l’origine de l’inflation sont les suivants =:

  • Inflation d’origine monétaire: Création monétaire contre garantie de BTA
  • Inflation par les coûts de salaires: Cercle vicieux de hausse des prix, revendications sociales et ajustement des salaires à la hausse non indexé à la productivité
  • Inflation d’origine importée: la forte baisse du dinar entraine la hausse des prix des matières premières et donc du produit final
  • Inflation d’origine financière: Les entreprises répercutent l’augmentation du taux d’intérêt (charges financières) sur les prix
  • Inflation d’origine structurelle: Intermédiation, spéculation et inefficience des circuits de distribution.

Les conséquences

L’inflation produit des effets sur le pouvoir d’achat des ménages. Si les prix augmentent plus vite que les salaires, cela entraîne une baisse de la quantité de biens et services qu’un ménage peut acheter.

L’inflation peut pénaliser la compétitivité d’une économie et le commerce extérieur (les produits importés peuvent devenir moins chers que les produits domestiques).

L’inflation pénalise surtout l’épargne en entraînant une perte de valeur des sommes épargnées et en diminuant le taux de rendement.

Quelles sont les différentes politiques permettant de lutter contre l'inflation en Tunisie ?

Pour lutter contre l'inflation, les pouvoirs publics peuvent en effet agir par le contrôle tant du budget et de la monnaie que par celui des prix et des revenus.

Prenant en compte la conjoncture économique en Tunisie les options possibles pour agir contre l’inflation sont les suivantes :

  • Agir sur les taux d’intérêts : une hausse de l’inflation signifie davantage d’argent en circulation sur les marchés. Or, un des moyens de lutter contre l’inflation est de jouer sur les taux d’intérêts. En les augmentant, il devient plus cher d’emprunter : les gens préfèrent alors épargner plutôt qu’investir et la masse monétaire en circulation -donc l’inflation- se réduit.

Tenant compte de la hausse des pressions inflationnistes, la Banque centrale a augmenté son taux directeur en avril 2017 pour le porter à 5 % puis en mars 2018 pour le porter à 5.75 %. Elle a décidé ensuite de le relever, ce mardi 19 février 2019, de 100 points de base, le portant ainsi à 7,75% par an.

Le taux  du marché monétaire est considéré comme l’instrument principal de la politique monétaire dont la transmission reste limitée puisque les prix administrés représentent environ un quart de l’indice des prix à la consommation

Les  questions qui se posent sont nombreuses, est ce qu’une inflation essentiellement importée peut être combattue par l’augmentation des taux? Comment, en effet, stopper une inflation qui trouve son origine dans une zone dont la politique économique nous échappe? La BCT resserre sa politique monétaire en augmentant les taux, une orientation qui aura simplement pour effet de faire grimper le chômage, déjà à plus de 15%, sans exercer aucun effet sur une inflation essentiellement importée. Même sans ce tour de vis, le cercle vicieux qui se met en place est déjà destructeur: la baisse du pouvoir d'achat pèse sur la consommation intérieure, ce qui détruit des emplois; l'aggravation du chômage réduit davantage le pouvoir d'achat, et ainsi de suite.

En se référant au dernier rapport de  l’OCDE et Afin d’ancrer les anticipations d’inflation, un objectif explicite d’inflation devrait être adopté par la Banque Centrale de Tunisie à l’instar de nombreux pays de l’OCDE et émergents qui ont introduit avec succès un régime de ciblage de l’inflation notamment l’Afrique du Sud, le Canada, le Chili, la Colombie, l’Inde, les Philippines, le Royaume-Uni et la Suède. Néanmoins, ce ciblage ne pourra être mis en place que lorsque certains pré requis seront atteints comme un système bancaire solide, des marchés financiers développés, la stabilité macroéconomique et l’ouverture du compte de capital.

  • Améliorer la productivité et encourager la production dans les secteurs où il y a hausse des prix. L’écart entre la demande désirée et celle observée pour plusieurs produits, gonflé par des raisons spéculatives, rend peu opérationnelle les mesures de lutte contre l’inflation par la BCT.
  • Assurer une mise à niveau rapide des circuits de distribution pour garantir l’approvisionnement des marchés dans des conditions normales de régularité à travers les circuits officiels
  • Constituer des stocks de régulation pour certains produits comme la pomme de terre, le lait et les viandes rouges pour éviter spéculation et dérapage lors des périodes de pointe de consommation
  • Revoir la politique salariale: L’inflation qui ronge le pouvoir d’achat ne pourrait-elle pas être compensée par une hausse des salaires ? Mais une hausse des salaires peut aussi enclencher une spirale, Il faut trouver un équilibre
  • Mieux cibler les subventions relatives à la consommation des produits de base destinés aux ménages à revenus modestes.
  • Plafonner les prix pour certains produits de base par les autorités pour préserver le pouvoir d’achat des familles à revenus modestes, aussi bien pour les produits alimentaires que pour les produits d’entretien et d’hygiène avec un dispositif efficace de contrôle des prix
  • Développer le réseau de points de vente permanent du producteur au consommateur
  • Intensifier le contrôle de nos frontières pour lutter contre la contrebande, l’exportation clandestine et les importations sauvages afin de réduire l’économie parallèle. l’inflation en Tunisie a des raisons structurelles liées à l’existence d’une économie parallèle importante qui alimente la demande même en présence de contraintes monétaires par l’institut d’émission.

Au final, il ressort que l’utilisation de la politique monétaire dans un objectif de stabilisation des prix peut présenter des coûts et ne fait donc pas l’unanimité chez les économistes, Les politiques anti-inflationnistes sont d’ordres structurels économiques et non conjoncturels.

Mohsen Hassen

Ancien ministre du commerce

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