Blogs - 02.05.2017

Hédi Béhi: Populisme, quand tu nous tiens

Hédi Béhi: Populisme, quand tu nous tiens

Le populisme a le vent en poupe.Sortant de la marginalité où il était confiné, il est même parvenu même à investir l’espace politique dans sa totalité. L'élection de Donald Trump à la Maison Blanche et la présidentielle en France l'ont consacré à la fois en tant que mode de gouvernement et nouvelle forme d'expression politique.Se nourrissant de la désidéologisation des sociétés et des partis, il a bouleversé la carte politique classique en balayant les vieux clivages droite-gauche. Même s’il est encore affligé d'une nette connotation péjorative, il est devenu, partout, le passage obligé de tous ceux qui veulent réussir en politique et surtout ceux qui veulent y parvenir en brûlant les étapes. Il est né, puis a prospéré sur les décombres des idéologies totalitaires, qu'il s'agisse du communisme ou du fascisme. C'est pourquoi le distinguo entre populisme de droite et populisme de gauche n'emporte pas la conviction. En réalité, à quelques détails près, rien ne ressemble plus à un parti populiste qu’un autre parti populiste, qu’on soit en France, en Tunisie ou ailleurs, tant au niveau des slogans que des thèmes ou de la rhétorique.

Les vieux partis de gauche prétendaient au monopole du coeur. Les partis populistes prétendent, eux, au monopole du peuple. En Tunisie, le populisme est sans doute, la chose du monde la mieux partagée par nos hommes politiques. Le peuple est mis à toutes les sauces. On s'en fait volontiers le porte-parole. On ne jure que par lui.«Ce que peuple veut, Dieu le veut», Vox populi vox dei. Quoi qu’il fasse, le peuple est dans son droit. On le caresse dans le sens du poil, on lui tient le langage qu'il aime s'entendre dire :«Le peuple a toujours raison», même quand il est dans son tort, qu'il bloque les entrées d’usine, coupe les routes à l’instar de ce qui se passe à Tataouine, ou s'empare des terres domaniales comme à Jemna. Car émettre à son encontre la moindre réserve reviendrait à s’écarter du politiquement correct Avec cette idéalisation, on a fini par s'inventer un peuple qui n’existe pas.

Cette mutation a un corollaire : le nivellement par le bas de la classe politique. Certes le processus de médiocrisation du personnel politique ne date pas d’aujourd’hui, mais il s’est accentué avec l’apparition de ce type de partis. Une génération spontanée d’hommes politiques comme l’Américain Donald Trump, le Grec Tsipras, les Vénézuéliens Chavez et Maduro, les Français Jean-Luc Mélenchon (même si cela peut choquer ses nombreux admirateurs tunisiens) et Marine Le Pen, a émergé, avec pour armes, l’éloquence, les promesses en veux-tu, en voilà, et des ambitions à déplacer les montagnes. Quel est l’homme politique qui a le courage aujourd’hui de prendre à rebrousse-poil son opinion publique ou son parti en déclarant : «Tout pouvoir vient du peuple, mais le peuple ne doit jamais l'exercer»(Charles de Gaulle)  ou de promettre à son peuple « du sang, de la sueur et des larmes» ( Winston Churchill) ?  A l’heure du populisme triomphant, cela ne relèverait pas du courage politique mais tout bonnement du  suicide politique. Autres temps, autres mœurs.

Hédi Béhi

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