Opinions - 18.05.2015

A messieurs les députés de la chambre des représentants du peuple

A messieurs les députés de la chambredes représentants du peuple
  Ecrit par
Abdelmajid Fredj
Tunisie -

Je voudrais, tout d’abord, exprimer tout le respect que j’ai pour votre fonction car elle est issue des urnes selon la volonté du peuple. Permettez-moi de m’adresser donc à vous, comme je l'ai fait, auparavant, avec  l'exécutif mais il semble que mon œuvre fut vaine tant la surdité qui a gagné nos gouvernants semble irrémédiable. Alors je me retourne vers vous pour deux choses ; premièrement pour vous faire part de ce que je ressens à PARTIR DE VOTRE ACTION et ce, en tant que citoyen ayant voté car ayant cru fortement à la transition. Deuxièmement pour vous sensibiliser sur les risques que court notre pays au plan économique quand bien même les discours qui fusent de toutes parts et de presque tous les courants politiques soutiennent des thèses souvent optimistes résumées dans cette fameuse phrase : nous allons, de toute manière, la dépasser (TAWA LAZEM INNAGZOUHA). Malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples ni faciles comme l’entendent certains, comme le semblent soutenir ceux aux commandes du pays. D’autres, plus radicaux, demeurent campés sur leurs convictions d’origine et ne croient à aucune action : ils sont défaitistes et rien ne semble les convaincre.

En ce qui concerne le premier point, je dois admettre qu’une évolution bien positive a été réalisée par rapport à l’action des représentants de l’ancienne assemblée : la constituante. Toutefois, une chose est demeurée commune aux deux : l’excès ou mieux encore l’inflation du verbe, des discours loin du rationnel et du décisionnel ; plus proche du   dogmatisme et  prêts à profiter  des évènements, si marginaux soient-ils, juste pour afficher un dénigrement devenu habituel, et ce par amour de l’exhibition et de la parade. L’exposition continue et brouillée sur les plateaux de télévision, l’omniprésence dans les antennes de radio , un manque flagrant de préparation de dossiers, le peu de maitrise  des problèmes économiques encore moins de leurs solutions encensent ce climat dit d’opposition.  Il n’est nul doute que ce combat, stérile, n’est profitable pour personne. Le peu de tunisiens encore engagés en politique, sont très avertis et risquent de ne plus y croire. Tous les acteurs y sortiront vaincus et la Tunisie, encore une fois se trouvera ballottée et malmenée. Aux yeux du peuple, une perte de crédibilité et un rejet du politique.  Ce que je suggère, c'est une organisation, par courant politique, des déclarations ou commentaires et une relativisation des événements pour que le citoyen leur accorde plus d’intérêt voire un minimum d’adhésion. Dans toute cette mise en scène, se dégage un trait lisible et saillant de lutte pour le pouvoir et le maintien au poste, pour tirer avantage des privilèges. Une manière de prouver, selon eux, que le contrat entre élus et électeurs est bien rempli. Sommes-nous loin des pratiques de jadis unanimement condamnées.

Le second point relève de l’économique. Là, c’est réellement le désert. La chambre est souvent en attente des initiatives de l’exécutif et ne prend guère le premier pas notamment en ce qui concerne les solutions. Pourtant les questions urgentes, petites ou grandes, ne manquent pas. Les revues telle Leaders prolifèrent de solution mais, aucune n’est lue, encore moins suivie même après ajustement-correction. Il se dégage des différents gouvernements successifs une grande suffisance de leurs membres en particulier et de ceux qui leur sont satellites ce qui explique cette distance affichée des propositions initiées ici et là. Pour ne citer que quelques cas, j’évoquerai le problème du dinar en fonte libre, à l’oeil nu, sans motif ni supports objectifs, le taux d’intérêt qui atteint des plafonds sans adéquation aucune par rapport aux niveaux de nos partenaires et concurrents, voire même en contrepied des impératifs de développement, l’endettement souvent engagé sans délibération ni rapport avec nos moyens de paiement, les investissements qui reculent, les pressions sociales qui grèvent notre quiétude et altèrent notre espoir de sortie du tunnel, le système bancaire qui d’apparence souffre mais qui affiche une ostentation jusque là jamais atteinte,  sans avoir besoin de préciser qu’il ne bouge pas le petit doigt pour relancer le développement, enfin, les hommes d’affaires qui ne font qu’accumuler des fortunes sans souci majeur pour le peuple marginalisé, vivant parfois en dessous du seuil de la pauvreté. Nous connaissons parfaitement les procédures parlementaires qui au mieux évoquent les membres du gouvernement pour des explications souvent bien préparées à l’avance. Ces procédures ont-elles fait avancer les choses, ont-elles définies ou esquissé la voie du salut, ont-elles produits des solutions. Il faut dire la Tunisie continue à être mieux lotis que d’autres pays ayant vécu le printemps arabe, mais est-ce une raison pour en tirer fierté et orgueil, pour ne pas avancer et faire , à la limite, du surplace, Les partenaires sociaux, après une légère accalmie que nous avons tous applaudie, se tiraillent et bientôt feront encore gripper la machine. Tout ceci se fait dans un monde en plein tumulte. L’Europe sur laquelle nous essayons de miser sera encore et pour longtemps en crise et ne pourra pas constituer le moteur de notre croissance. Y compter relèverait de l’utopie.

Certains pays voisins ont saisi le message et se déploient depuis quelques temps dans les pays subsahariens où les taux de croissance sont à deux chiffres; question d’asseoir leurs arrières. Les tunisiens, politiques et représentants du peuple, se tirent les boulettes sans tenir compte risque qui les guette pouvant chavirer notre embarcation. Où sont passées les promesses électorales, où en est-on dans la revue de notre modèle de développement que tout le monde qualifie de dépassé, voire même à l’origine de la crise que nous traversons, Le gouvernement actuel bien que sincère ne peut fonctionner vu sa lourdeur du fait du nombre des portefeuilles, lequel est le résultat non d’un souci de salut national mais plutôt d’une logique d’alliance, ou de connaissances et certainement loin de l’efficience. Le spectre électoraliste est présent tous les jours dans l’esprit des professionnels de la politique. Il faut avouer qu’on n’est pas loin des années qui ont précédé la révolution. L’esprit, du moins, est demeuré le même ; seul le discours a changé. Dernière chose, qui de nos représentants a proposé qu’on fasse l’audit public de gestion des gouvernements passés. On saura peut-être les vraies causes de notre léthargie. Il semble que les compromis ont été trouvés et qu’on ne peut guère toucher à l’établi, à l’acquis. Puis-je donc lancer un appel à nos représentants pour un sursaut national. C’est l’espoir qui me reste. C’est aussi l’espoir de sortie, de décollage, de paix et de quiétude.

Abdelmajid Fredj

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