Zoubeida Khaldi: Ce cavalier
Quand hanté par le beau l’on pense à Vienne
Tel un ballet de fleurs fluides les mots viennent.
Évoque Gaza... Et là, les mots s’abstiennent :
« Pourquoi faut-il que l’on se souvienne
De cette offrande aux divinités païennes ?
Ses maudits maux donnent crampes et migraines...
Photos, vidéos disent bien plus que les mots.
Qu’on nous épargne cet impossible fardeau ! »,
Disent-ils à l’unisson en quittant la scène.
Cherche, appelle et tente d’enrouler
Le sens dans le mot... Et le voilà envolé,
Laissant derrière lui ombre, non-sens et ironie...
Quelle langue d’homme, de poisson ou d’oiseau
Quel mot petit ou gros, vieux ou nouveau
Peut conter Gaza et ce qui est advenu...
Conter ces noirs puits, ses jours et ses nuits,
Chacune profonde d’un siècle et demi ?
Nuits que la faim a dilatées à l’infini
Qui aspirent ceux qui encore respirent,
Les recouvrent et se répandent dans leur sang,
S’en soûlant, le souillant, le figeant, le glaçant...
Nuits sans répit, sans sursis, que rien n’éclaircit...
Miroirs des cultes noirs, des péchés capitaux
De ces légendaires artistes-bourreaux,
De leur art consommé et des chauds consommés
De fleurs ailées et de faons nouveau-nés,
D’enfants qui, seulement l’instant d’avant,
Souriaient à la vie, jouaient avec le vent...
Nuits démoniaques de science-fiction
S’ouvrant sur les ténèbres de l’humanité
Sur cette solitude létale non écoutée,
Même des cœurs bons, non écoutée.
Mais, à Gaza, qui a vu une âme se lamenter ?
Seul Dieu les entend parfois chuchoter
Ou, en silence, quémander sa clémence...
Moi, j’ai vu une femme, le sein ouvert, allaiter
Et une non-voyante aux mains tremblantes
Rapiécer sans relâche des semblants de tentes...
Et j’ai vu un enfant aux jambes amputées
Surgir de son sang, debout, les cheveux au vent,
Droit, défiant ces zombies et ce Zaman noir,
Invincible cavalier chevauchant l’espoir,
Ce Pégase qui, d’un coup d’aile, fait jaillir le printemps
Et d’autres temps...
Zoubeida Khaldi
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Quelle lucidité, quelle profondeur dans ce poème ! Merci chère amie ! Face à l'horreur du génocide de Gaza et au non-sens et à l'absurdité qui en découlent, les mots, habituellement armes de défense des hommes désarmés n'ont plus de valeur. Autrefois, pour se purifier l'âme, les Grecs assistaient à une tragédie pour son effet cathartique. Puis la pratique du sacrifice continua avec "le bouc émissaire", victime innocente qui, selon René Girard servait à rétablir l'ordre dans la communauté et la paix dans les esprits (ex Jésus lave les péchés de tous les hommes). Nous assistons aujourd'hui au sacrifice d'un peuple innocent par lequel les puissants se dédouanent de leurs turpitudes passées tout en satisfaisant leur désir mimétique de s'approprier sa terre par la force. Cette folie guerrière, cette barbarie insoutenable ne trouvent pas d'écho. On préfère regarder ailleurs et ce poème est là pour nous tirer de notre apathie. Enfin, des ténèbres jaillit l'espoir. Le poème se termine par une note optimiste. Tôt ou tard, de cette réalité, naîtra un monde nouveau que repésente le jeune cavalier du poème. F Nietzsche exprime cette idée dans ce qu'il appelle L'Eternel Retour. C'est une loi cosmique nécessaire qui s'applique à toute la création.

Cette dernière publication par la poétesse Zoubeida Khaldi sur Leaders est topographiquement un poème dont le titre 'Ce chevalier' suggère que, malgré les morts et mutilations par le fer et le feu, l'enfant aux jambes amputées finira par [surgir] de son sang et [chevaucher l'espoir]. Dès le début du poème, on saisirait une indignation contre ce qui est trahison et abandon du peuple de l'enfant irréductible! La fréquence des sons sons allitératifs ou assonnants seraient des échos de lamentations, causées par l'indifférence des observateurs souvent des collaborateurs ou critiques timides. Face à ce silence, la poétesse pointe un doigt accusateur aux manque d'empathie avec le peuple Gazaoui enclavé entre les armes assassines et le silence environnant; et elle affirme que la femme non voyante rapièce le semblant de tente-refuge et prie Dieu d'exaucer ses vœux de délivrance. Le texte est à mon sens et peut-être dans l'intention de son autrice une épitaphe non seulement sur les morts sacrifiés sur l'autel de la puissance coloniale voleuse de terres, mais aussi sur la tombe de toute l'humanité et de droit juste et équitable....

Là c'est le génie de la simplicité dans la reproduction fidèle des images cruelles comme l'aurait vécu un reporter plein dedans dans le théâtre de toutes les contradictions de la civilisation humaine updated par l'Occident dans sa version telmoudienne. Merci Zed pour ce témoignage qui ne laisse pas indifférent les plus cruels des temps de la barbarie. Vôtre sensibilité dans ce recueil me transperce et illustre dans la conscience collective des douleurs cruciales plus intenses qu'une caméra sur place.