Opinions - 22.02.2011

Tunisie – France : mutations structurelles…. dans la solidarité !

L’histoire des relations franco-tunisiennes a été jalonnée de mouvements d’incompréhension, de tensions, de dialogue, de rapprochement, en un mot de réserves parfois  non extériorisées… Est venu le temps – me semble t-il – de rompre avec ces cycles que nourrissent, de temps à autre,  des réflexes rattachés à une époque coloniale que nous devrions ensemble et en toute responsabilité resituer.

Pour ne se référer qu’à certaines périodes relativement récentes, l’on ne pourrait que s’interroger voire s’étonner de positions françaises qui, même au nom de certains principes, ne sont pas parvenues à faire refléter, et l’esprit et la lettre, de la Déclaration des Droits de l’Homme que la France a générés et ce, face à des abus flagrants, écartés au profit de performances économiques, d’acquis sociaux ou de prétendue stabilité; l’ensemble ayant été interprété par certaines voix comme une couverture nourrie par des intérêts substantiels.

Certains « dérapages » observés et où la Politique et les Affaires se sont mêlées pour donner, à l’occasion de certaines circonstances particulièrement exceptionnelles, des signaux d’hésitation voire de non transparence, devraient céder la place à de nouvelles approches qui laisseront apparaître les profondes mutations intervenues  notamment dans la nature de l’ensemble des rapports bilatéraux.

L’initiative du Président Français de s’entretenir récemment avec le Premier Ministre Tunisien au téléphone l’assurant que « la relation avec la Tunisie est stratégique et essentielle » serait  révélatrice d’une préoccupation de réorientation pour des perspectives mieux adaptées à la période que vit la Tunisie depuis la Révolution de la dignité du 14 janvier dernier.

De toute évidence, si réorientation était acquise, elle devrait - sans complexe - retenir les enseignements résultant de la situation nouvellement créée et de certains échecs voire de déceptions résultant du non succès d’objectifs assignés et en particulier en relation avec la lutte contre le  « terrorisme » ou le sauvetage d’une UPM moribonde.

On pourrait  parler - sans hésitation – de ressaisissement des dirigeants français suite à certains errements préjudiciables à une certaine crédibilité, ressaisissement ressenti, non seulement, à l’égard de la Tunisie mais également dans l’espace Maghreb - Moyen Orient.

Dans ce cadre, il devrait - toute courtoisie retenue - ne pas s’attacher à certaines perturbations liées à une représentativité de certains responsables au niveau des relations extérieures  bilatérales….

Que la Tunisie puisse traverser une étape cruciale de son histoire pour l’instauration d’un nouveau modèle de Gouvernance, soucieux du respect de son indépendance, de sa souveraineté et de ses choix politiques, économiques et sociaux, cela ne devrait  pas occulter  l’apport civilisationnel qu’Elle a su maintenir, en toutes circonstances - et souvent en payant un prix élevé - avec les pays de la rive nord de la Méditerranée,  y compris  la France,  pour réaffirmer la constance du maintien de relations de bon voisinage, d’amitié, de coopération et surtout de recherche continue de solidarité avec des voisins que la géographie  impose.

Face à une situation aussi diversifiée que complexe, il est normal que les relations franco - tunisiennes puissent connaître certaines turbulences sans compter les effets de ces révolutions légitimes  voisines, cumulées et de portée stratégique surprenante pour certains…

Cela  devra rappeler à nous tous - en toute sérénité – nos responsabilités à l’égard de nos peuples et au devenir de leurs relations. La conjoncture nous interpelle pour innover et assumer de nouveaux défis avec des conceptions qui se détachent  de précédentes  politiques et procédures et qui développent d’autres  réflexes qui soient  plus adaptés au processus démocratique engagé par la Révolution, combien spécifique, du 14 janvier 2O11.

En attendant qu’à des niveaux appropriés soit dissipée et clarifiée  une certaine étape de nos rapports avec la France, notre premier partenaire, il apparaitrait opportun aujourd’hui de favoriser, d’encourager et d’engager  avec détermination certaines initiatives corrigées dans leur approche, consolidées dans leur substance et qui soient porteuses d’ambitions nouvelles partagées sur le plan stratégique et que supporterait une profonde refonte des structures de la coopération, en un mot clé : la solidarité.

Quelques appréciations mériteraient d’être explicitées :

1) De toute évidence et outre les déclarations officielles de  dirigeants français de soutien à la Tunisie, il devrait être inscrit dans la démarche de coopération future l’appréciation de l’apport que la Révolution de la dignité greffera   comme stabilité dans la Région  et comme enrichissement du dialogue  entre des Partenaires convaincus de la nécessité de développer   les mutations structurelles qui répondent aux tendances observées ;

2) L’étape actuelle s’accommoderait mieux d’actions ou d’initiatives  non conjoncturelles qui s’attacheraient aux fondamentaux de la coopération qui ne devrait plus se résumer en addition de projets, de prêts ou de « Gestes symboliques » parfois contre-productifs et alors même qu’il s’agisse de plan d’action concerté ! La solidarité bilatérale devra s’imposer comme clé constante, en toute circonstance, et dans tous les domaines ;

 3) La visite prochaine qu’effectuerait Madame LAGARDE, Ministre de l’Economie, en Tunisie,  devrait laisser apparaitre l’impact d’impulsion du processus démocratique engagé  en Tunisie sur les rapports bilatéraux comme réponse aux attentes et à la dynamique recherchées par le peuple tunisien y compris de tous les opérateurs dans une perspective de coopération équilibrée, respectueuse des intérêts des deux Parties et soucieuse de la stabilité  et de la sécurité dans l’espace euro – méditerranéen notamment. Une telle perception ne sera  pas sans effet sur l’ensemble de la Région ;

 4) Quant au soutien que la France se propose d’apporter «dans la prochaine étape et y contribuer d’une manière agissante », qu’il s’agisse du Statut avancé, de la Conférence de Carthage ou de tout autre engagement, la particularité des caractéristiques de la Révolution tunisienne est révélatrice d’un nouveau message à l’occident en premier lieu, invité à réviser ses compréhensions de peuples longtemps soumis, marginalisés et dont les aspirations explosées du fond des campagnes et du monde rural, ne peuvent qu’aboutir  à une large et irréversible adhésion que rien n’arrêtera plus dans le monde arabe.


Salem FOURATI
 

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1 Commentaire
Les Commentaires
RCK - 25-02-2011 16:44

Mr Fourati, de quel bon voisinage parlez-vous? Depuis le début, la France n'a fait que de faux pas: D'abord, elle n'a pas cru un instant à la volonté du peuple tunisien, opprimé pendant plus de deux décennies, de décider de son avenir et de prendre son destin en main. Ensuite, les tunisiens n'oubliront pas de si tôt les maladresses à répétition de MAM, le chef de la diplomatie française et la manière dont les affaires scandaleuses ont été "protégées". Enfin, quelle attitude prendre vis-à-vis d'un nouvel ambassadeur, fraichement débarqué, dans un contexte tout aussi singulier, et qui "envoie balader" des journalistes venus s'enquérir de la santé des relations bilatérales tuniso-françaises. Franchement, je suis sceptique quant aux perspectives des relations de bon voisinage.

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