News - 08.08.2026

Benjamin Constant: Revisité par Hatem M’rad

Benjamin Constant: Revisité par Hatem M’rad

"A ma très chère épouse Leila, qui a patiemment fait sienne, des années durant, mes propres contraintes pour la confection de cet ouvrage, entamé très tôt, resté longtemps au placard, maintes fois différé, souvent repris, enfin complètement refondu.» Cette dédicace rédigée par Hatem M’Rad, politiste de renom, à son épouse résume le long chemin de réflexion et de remise à maintes fois sur le métier, de cet ouvrage. Intitulé Libéralisme, Révolution et Constitutionnalisme. Essai sur la philosophie libérale de Benjamin Constant.

il est bien davantage qu’une étude historique consacrée à un penseur du XIXe siècle. Il constitue une réflexion de fond sur les origines du libéralisme politique, sur les mécanismes qui permettent de contenir le pouvoir et sur les conditions indispensables à la préservation des libertés individuelles. L’auteur défend une thèse forte : si John Locke a jeté les bases philosophiques du libéralisme, c’est Benjamin Constant qui lui a donné sa véritable architecture politique, en élaborant une doctrine cohérente fondée sur les garanties constitutionnelles, la limitation du pouvoir et la primauté de la personne humaine.

Professeur de science politique et fin connaisseur de la pensée libérale, Hatem M’rad poursuit ici une œuvre intellectuelle entamée depuis plusieurs décennies autour des rapports entre liberté, démocratie et pouvoir. Son ouvrage impressionne d’abord par son ampleur : près de 300 pages denses, solidement documentées, nourries des écrits de Constant mais aussi des grands auteurs du libéralisme européen. L’ambition est clairement assumée : restituer le «libéralisme originaire», débarrassé des caricatures idéologiques qui ont progressivement brouillé sa compréhension.

L’ouvrage est construit avec méthode. Après un prologue consacré à la personnalité et au parcours intellectuel de Benjamin Constant, quatre grandes parties développent successivement sa critique du despotisme, sa lecture de la Révolution française, sa théorie du constitutionnalisme libéral puis sa conception de la liberté individuelle. Cette progression permet au lecteur de comprendre comment Constant bâtit une véritable philosophie politique où chaque élément renforce l’autre : la limitation du pouvoir protège les libertés, tandis que les libertés justifient l’existence d’institutions constitutionnelles solides.

L’un des grands mérites de ce livre est de rappeler que Constant ne s’est pas seulement opposé au despotisme d’un homme, incarné par Napoléon, mais aussi au despotisme de la majorité. Cette distinction, particulièrement actuelle, nourrit une réflexion stimulante sur les dérives possibles de la souveraineté populaire lorsqu’elle cesse de respecter les droits fondamentaux des individus. Pour Constant, la démocratie ne suffit pas à garantir la liberté ; elle doit être encadrée par des contre-pouvoirs, des institutions indépendantes et une véritable culture constitutionnelle.

La démonstration est particulièrement convaincante lorsque Hatem M’rad revient sur l’idée centrale de la « liberté des Modernes », probablement l’apport le plus célèbre de Benjamin Constant. Là où les Anciens privilégiaient la participation permanente aux affaires publiques, les sociétés modernes reposent d’abord sur la protection des droits individuels : liberté d’opinion, de conscience, de presse, de propriété, de commerce ou encore de religion. Cette distinction éclaire nombre de débats contemporains sur les rapports entre État, société civile et libertés publiques.

L’intérêt de l’ouvrage dépasse ainsi largement l’histoire des idées. Dans un contexte international marqué par la montée des populismes, des régimes autoritaires et des remises en cause de l’État de droit, cette relecture de Benjamin Constant apparaît d’une étonnante actualité. Sans jamais céder à l’anachronisme, Hatem M’rad montre combien les interrogations du penseur franco-suisse rejoignent celles de nos démocraties contemporaines : jusqu’où peut aller le pouvoir ? Comment empêcher l’arbitraire ? Quels mécanismes institutionnels permettent réellement de protéger les libertés ?

On pourra certes regretter que la densité de l’analyse et l’abondance des références académiques rendent parfois la lecture exigeante pour un public non spécialiste. Mais cette exigence constitue aussi la force de l’ouvrage, qui s’impose comme une contribution majeure à la compréhension du libéralisme politique classique.

À l’heure où le mot « libéralisme » fait souvent l’objet de simplifications ou de récupérations idéologiques, Hatem M’rad invite à revenir aux sources. Son livre rappelle que le libéralisme politique, dans son acception originelle, est d’abord une philosophie de la liberté, de la limitation du pouvoir et de la dignité de la personne humaine. Une lecture précieuse, non seulement pour les chercheurs et les étudiants en science politique, mais aussi pour tous ceux qui s’interrogent sur l’avenir de la démocratie constitutionnelle.

Libéralisme, Révolution 
et Constitutionnalisme. 
Essai sur la philosophie libérale 
de Benjamin Constant

Par Hatem M’rad
AC Éditions, 2026, 496 pages, 48 DT

H.J.


 

Vous aimez cet article ? partagez-le avec vos amis ! Abonnez-vous
commenter cet article
0 Commentaires
X

Fly-out sidebar

This is an optional, fully widgetized sidebar. Show your latest posts, comments, etc. As is the rest of the menu, the sidebar too is fully color customizable.