Opinions - 08.03.2013

Une politique d'austérité se profile à l'horizon ! Mais qui paiera ?

Al’évidence, le ciel s’assombrit de jour en jour au dessus de nos têtes. Les dérives économiques à l’œuvre depuis déjà quelques temps (déficits, inflation, endettement) tendent à s’accélérer sur fond d’instabilité et d’insécurité grandissantes qui à leur tour les entretiennent. On peut certes avoir encore une certaine défiance vis-à-vis des données qui nous sont communiquées, partielles et partiales, elles n’en reflètent pas moins une lente mais perceptible dégradation de la situation d’ensemble. Il resterait à caractériser la potentialité des dégâts futurs qu’elle pourrait occasionner. On n’est là en pleine conjecture et livrer à toutes les supputations et scénarios possibles. On perçoit bien cependant, qu’il ne s’agit plus du tout d’un simple trou d’air conjoncturel mais bel et bien d’une spirale récessive à caractère structurel. Aussi éviterons-nous toute vaine de bataille de chiffres, car bien malin, qui pourrait prédire au vu de ce que nous savons réellement (Ce gouvernement étant passé maitre dans la gestion de l’aléa moral) si le pays pourrait basculer dans une tourmente dévastatrice ou s’il pourra encore en réchapper.

Au-delà de cette précaution d’usage, tout porte à croire que les forces récessives sont bien plus puissantes que celles inverses et vertueuses qui pousseraient vers une possible embellie.

Du coup et pour l’heure, «en mode pilotage à vue» les autorités provisoires usent et abusent d’expédients en guise traitement de ces dérives.

Ce qui frappe, c’est la récurrence de la logique de «fuite en avant». Nous n’en voulons pour preuve que l’empressement fébrile des autorités provisoires à rechercher des échappatoires dans l’endettement à ce qui ressort habituellement du traitement de choc ou en profondeur. Manque de courage et de volonté, considérations électoralistes ?

L’Histoire économique abonde d’exemples édifiants sur ces procédés qui relèvent de l’escroquerie (seulement intellectuelle ici, puisqu’il s’agit de l’Etat), ou de pratique frauduleuse lorsqu’elle ressort du droit privé. On parle ainsi de cavalerie financière, budgétaire ou pour les esthètes du genre de la «chaine de Ponzi». Parlez-en aux grecs, habitués à la chose ! Mais il est vrai, pas d’inquiétude à avoir, cela n’arrive qu’aux autres !

Mais admettons tout de même que les autorités provisoires prennent là un pari pour le moins audacieux par les temps qui courent, compte tenu des déséquilibres grandissants !

Des doutes ? Ce gouvernement s’est tout de même lancé dans une fuite éperdue de recherche de nouvelles ressources financières lui permettant tout à la fois de rembourser les échéances échues d’emprunt et autres sorties de devises, tout en tentant de faire face à ses engagements.

Ce faisant, il a notoirement accru, mais il est vrai dans une quasi indifférence générale, le poids de cette dette, et réduit potentiellement et un tant soit peu les capacités financières futures du pays. Rien de grave, a renchéri le banquier central : «le pays peut supporter plus», comme en écho à ceux qui l’avaient promu gouverneur !
Où se situe donc le pari audacieux, d’ailleurs partagé par une fraction de l’opposition !

Il est tout simplement dans le secret espoir que «l’effet de levier» bien connu de nos éminents économistes et autres technocrates appointés, effet qui a eu ses heures de gloire par le passé, puisse encore fonctionner et distiller ces bienfaits à l’ensemble sur l’économie.

Le raisonnement suivi sous les apparences de la pertinence n’en n’est pas moins fallacieux et dangereux en la circonstance. Ce raisonnement : plus de liquidités injectées dans l’économie, plus de richesse créées et donc plus de capacités futures de remboursement trouve ici et précisément dans notre situation ses propres limites.
A l’évidence ce pari ignore, ni ne se met à l’abri des turpitudes actuelles (pas de reprise puissante de l’investissement productif, ni public, ni privé), ni moins encore des facéties des conjonctures internationale ou locale (brusque accès de fièvre, ou baisse subite) qui agissent sur des variables clés, ultra-sensibles, non maitrisées comme le coût de l’énergie, ou celui de l’alimentation, ou la valeur de nos exportations toujours indécise.

L’effet massue est proprement ignoré ! Mais reparlez-en donc aussi aux espagnols aux portugais, ou mieux encore aux islandais ! Il est vrai qu’à ce moment-là le gouvernement pourra toujours user d’une argutie bien connue du monde politique, celle de la «faute de la conjoncture internationale».

Ce n’est donc pas à une gestion prudentielle de l’économie à laquelle nous assistons, mais bien d’une politique, en limite d’une nouvelle constitutionnalité en cour d’élaboration, de fuite en avant, proactive, comme disent les anglo-saxons, hypothéquant nos chances d’avenir quand ce n’est pas le nantissant immédiat des possibilités de sortie de crise.

Des signes avant coureurs encore faibles et peu perceptibles témoignent à leur façon d’une certaine prise de conscience. Coup sur coup, le gouvernement provisoire (et probablement celui qui suivra) a procédé à quelques corrections de trajectoires : Indexation du prix de l’essence, taxation de 1% des salaires. Mesurettes timides dans un contexte pré-électoral.

Il faut donc s’attendre à la mise en œuvre d’une politique d’austérité, dont on a encore peine, admettons-le, à préciser l’ampleur. Mais celle-ci est désormais inévitable.

Mais qui paiera ? Qui fera les frais de ce qui ne peut plus s’appeler de simples erreurs !
La terminologie politique en l’espèce ne manquera pas, une nouvelle fois, de lui trouver des synonymes tels que politique de rigueur ou de rationalisation budgétaire, lutte contre les gaspillages. Ne cherchez pas trop longtemps, car dans notre contexte, le terme est déjà tout trouvé…vous l’avez deviné, il s’agira de mettre en place des réformes structurelles…

Les gouffres s’étant creusés de manière éhontée et quasi délibérée, il faudra bien les renflouer. Il ne s’agit bien évidemment pas d’identifier ici, se référant à une liste à la Prévert, l’ensemble des mesures d’austérité auxquelles ce gouvernement ou plus surement celui qui lui succédera, sera amené à prendre. Alors et sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaise augure, il semble bien que nous dirigions tout droit vers une nouvelle période, celle de coupes sombres budgétaires, dont la réduction des subventions ne serait que le premier signe annonciateur (CGC). Il devait s’en suivre, selon un timing et des fenêtres d’opportunités qui ne peuvent encore être arrêtés, une politique de gel ou de baisse des salaires d’abord dans la fonction publique, puis de proche en proche à l’ensemble des activités. De possibles réductions d’effectifs ici et là. Sans doute aussi des augmentations des cotisations sociales compte tenu de la situation des régimes de santé et de retraite.

Selon un procédé éculé et bien connu des politiques qui consiste à mettre en avant une mesure « justifiée » au beau milieu d’autres tout à fait contestables voire iniques, il y a donc fort à parier que l’on voit resurgir ce serpent de mer nommé TVA sociale, et que sais-je encore : augmentation du tiers-payant, des frais de scolarité.
L’enjeu de la prochaine période est bien là. Et quoi qu’en disent certains, cette politique d’austérité et les réformes pour nécessaires qu’elles soient, n’en sont pas pour autant neutres socialement. La grande supercherie étant, bien évidemment, de faire croire qu’elles se font dans l’intérêt général…. A bon entendeur, salut !

Hédi Sraieb,
Docteur d’Etat en économie du développement.
 

Tags : gouvernement   opposition  
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