News - 11.11.2021

Hakim Ben Hammouda: Il n’y a pas de globalisation heureuse

Hakim Ben Hammouda: Il n’y a pas de globalisation heureuse

Et si le contrat social revisité pouvait servir de cadre de réflexion sur le nouveau projet politique et économique pour sortir de la crise? C’est l’idée de fond qui sous-tend le nouveau livre de Hakim Ben Hammouda, intitulé «Post-globalisation au temps du Covid-19. Le contrat social dans le monde d’après» qui vient de paraître aux Éditions Nirvana. L’ancien ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement Mehdi Jomaa, et auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages, y poursuit sa réflexion sur la crise de la globalisation.

«Bien avant la pandémie du Covid-19, l’ambiance n’était plus à la «globalisation heureuse» que nous avons connue voici quelques années, dit-il à Leaders. Celle-ci espérait trouver dans ce dépassement des frontières nationales des réponses à la crise de l’Etat-nation et des modèles de développement fordiste. Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de la globalisation, aurait dit Shakespeare ! Et, dans les discours sur la globalisation, c’est plutôt la morosité et le scepticisme qui l’emportent aujourd’hui.»

«Ce malaise, poursuit Ben Hammouda, est renforcé par la pandémie du Covid-19 qui bouleverse notre monde comme cela n’a jamais été le cas en temps de paix. Par l’ampleur de ses pertes humaines, la rapidité de sa transmission et notre incapacité à arrêter sa propagation, ce virus est à l’origine d’une grande angoisse et d’une peur sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.»

Pour l’auteur, «la crise sanitaire remet en cause nos modes de pensée et nos pratiques politiques, économiques et sociales. Cette pandémie nous révèle en grandeur nature les dérives de notre monde et un productivisme globalisé qui a eu des effets effrayants sur l’environnement et les sociétés. Le Covid-19 est à l’origine d’une réflexion majeure sur le monde d’avant, nos dérives passées et notre monde à venir.»

«Plus rien ne sera comme avant, rappelle-t-il, ont prévenu les responsables politiques, les acteurs de la société civile, les intellectuels et les penseurs. C’est un autre monde que nous devons nous attacher à redéfinir et à reconstruire ensemble. L’une des premières grandes révisions concerne la globalisation néolibérale, dont les douces certitudes nous ont bercés pendant plus de trois décennies.»

Cet essai cherche à analyser et à comprendre la crise de la globalisation. Hakim Ben Hammouda fait l’hypothèse que son caractère débridé et cette volonté de se libérer de tout contrôle et de toute régulation en accordant une confiance totale aux marchés sont responsables de cette crise. Un nouveau monde se préparait avec la «globalisation heureuse». Un monde où les petites joies quotidiennes postmodernes remplaceraient les affres des politiques du progrès et leurs utopies qui se sont transformées en cauchemar avec leur lot de frustrations, de guerres et de détresses. Un monde où les grands récits «des lendemains qui chantent» cèderaient la place aux petits bonheurs de la vie quotidienne et à une gestion résignée des systèmes démocratiques.»

Or, ce nouveau récit de la «globalisation heureuse» a montré rapidement ses limites. Il s’est transformé en un mirage et en une grande source d’inquiétude et d’incertitude.

Un essai à lire et à méditer.

Post-globalisation au temps du Covid-19
Le contrat social dans le monde d’après
de Hakim Ben Hammouda
Éditions Nirvana, octobre 2021, 402 p.

Bonnes feuilles

Les temps ont beaucoup changé

Le début du siècle marque une rupture radicale et opère une nouvelle globalisation 2.0. En effet, cette période est marquée par un changement majeur des rapports de force au niveau international avec l’avènement des pays émergents qui vont devenir de nouvelles forces économiques. Ces pays vont enregistrer des dynamiques de croissance sans précédent, accompagnées d’un changement majeur dans leurs structures économiques pour devenir de nouvelles puissances industrielles et commerciales. La Chine va devenir la première puissance commerciale au monde et opérer d’importants changements dans le courant des échanges mondiaux. Cette montée en puissance va se renforcer après la grande crise financière des années 2008-2009, où les émergents vont devenir les nouvelles locomotives de l’économie empêchant la transformation de cette crise en une déflation globale comme cela s’était produit lors de la grande crise des années 1930. Cette affirmation de la place des émergents va aussi s’exprimer dans la gouvernance globale avec l’avènement du G20 et d’autres institutions financières internationales dont la banque des BRICS.

Cette globalisation 2.0 s’est accompagnée de critiques, mais, cette fois-ci, en provenance des pays développés, sur le non-respect des normes environnementales et du travail des enfants dans les pays émergents. Ces critiques annonçaient une phase nouvelle où l’optimisme du passé va laisser place à une certaine morosité, voire une défiance par rapport à la globalisation. Cette frilosité s’est traduite par une plus grande difficulté à parvenir à des accords multilatéraux dont ceux sur le climat et la limitation des émissions des gaz à effet de serre. Les négociations commerciales et le cycle de Doha ont été renvoyés aux calendes grecques et les pays se sont engagés dans des négociations commerciales bilatérales pour échapper à la discipline des négociations multilatérales. Des institutions telles que le FMI et la Banque mondiale ont peiné à donner une plus grande place aux pays émergents, ce qui les a poussées à créer leurs propres institutions.

La morosité de la globalisation a été renforcée par la crise économique de 2008-2009. Elle a produit un affaissement de la croissance globale, dû aux politiques contra-cycliques mises en place par la plupart des grands pays qui n’ont pas réussi à lui redonner sa vigueur et son dynamisme. Cette croissance fragile a réduit le niveau des échanges qui, depuis le début du siècle, se sont retrouvés en dessous des rythmes de croissance du PIB.
Dans ce contexte maussade, les voix ont commencé à s’élever contre la globalisation. Les forces politiques populistes, opposées à l’ouverture des frontières, à l’échange et au cosmopolitisme, ont repris des couleurs pour remettre en cause de manière virulente les politiques « des élites mondialisées ». Le Brexit et le choix des électeurs britanniques de quitter l’Union européenne, l’élection de Donald Trump et la montée des populismes et des chauvinismes ne sont que des signes de l’augmentation de la défiance. Celle-ci est d’autant plus importante que la globalisation s’est accompagnée d’une montée des inégalités sociales et d’un approfondissement de la marginalité.

Les temps ont beaucoup changé et la « globalisation heureuse » d’hier ne suscite plus l’enthousiasme ni l’adhésion. Au contraire, le scepticisme et le désenchantement, renforcés par la pandémie, règnent aujourd’hui vis-à-vis de la globalisation et de ses promesses de dépasser les crises du modèle fordiste et de l’État-nation hérités des Trente Glorieuses.
 

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1 Commentaire
Les Commentaires
Touhami Bennour - 11-11-2021 12:12

C´est une description du malaise, Monsieur. Mais tel que je le vois en Europe, ce ne sont pas les crises économiques, pour cela ils ont l´habitude et ils trouveront des solutions, mais ce qui difficile c´est la pandemie du coronavirus et la l´avenir de la Chine. Pour ce qui concerne le virus, je crois que les gens en Europe en ont plus qu´assez, il ya de jennes femmes touchées tellement par le desespoir qu´elles pensent de ne pas faire d´enfants, ca ne vaut pas la peine. Quant á la place de la Chine. lá je ne crois pas que l´Occident se laisse faire. Il n´a pas jamais été question de se laisser faire.

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