News - 27.07.2011

Le discours du 31 juillet 1954 : Refonder Carthage

Aussitôt réglée la question Indochinoise et suspendu le dossier de la Communauté Européenne de Défense, la C.E.D, Pierre Mendès- France (1907-1982) « le plus jeune avocat à 19 ans en 1926, le plus jeune député en 1932 et le benjamin des docteurs en droit en 1928 », Président du Conseil et Ministre des Affaires Etrangères de la Quatrième République Française s’attaque à la question tunisienne en voulant en faire le symbole et l’exemple de sa politique empreinte d’éthique, de réalisme et de rigueur aussi bien en métropole que dans les possessions françaises. Pierre Mendès – France P.M.F a établi  des contacts et consultations avec les dirigeants nationalistes et notamment,  Bourguiba transféré de son exil de Groix vers le château d’Amilly, par l’entremise et grâce à l’entregent de personnalités tunisiennes et françaises tels que Mongi Slim, Mohamed Masmoudi, Alain Savary et Roger Stéphane. Une fois les intentions sondées, les esprits préparés, la confidentialité assurée, PMF atterrit presque aux aurores à Tunis le 31 juillet 1954, se dirige directement vers le palais Beylical de Carthage accompagné notamment par le Maréchal Juin*(geste qualifié de coup de génie par Bourguiba) et prononce son discours- programme devant le Bey et ses Ministres et collaborateurs non encore remis du choc. Ainsi est né le processus de l’autonomie interne avec la bénédiction du Néo-Destour et l’accueil largement favorable des tunisiens et des français éclairés. PMF a dû affronter une  campagne acharnée de protestation visant et sa personne en particulier : « bradeur de l’Empire », « allié des terroristes ».

En Tunisie les radicaux emmenés par le secrétaire général du Néo-Destour, le militant Salah Ben Youssef  s’appuyant sur une frange de combattants « Fellaghas » mènent une campagne contre le « processus de Carthage ». Un gouvernement nationaliste présidé par Tahar Ben Ammar est constitué en Août 1954 composé de 9 personnalités indépendantes et destouriennes. Les efforts inlassables et le dévouement de Mongi Slim et Mohamed Masmoudi pour la partie tunisienne et le Général Boyer de la Tour pour la partie française ont permis d’aboutir à un accord sur la politique de « l’Aman » (traduit en 3 mots : reddition, désarmement, et amnistie) au profit de Fellaghas à partir du 20 novembre 1954 ayant permis au 9 décembre 1954 après de multiples efforts et tractations à la reddition de près de 2514 Fellaghs et remise de près de 1598 armes.

PMF, en homme d’Etat et d’honneur, a persévéré dans cette voie, convaincu de la justesse de son choix et conforté par la politique  de « l’Aman », a été indirectement à l’origine du déclenchement de l’insurrection du peuple Algérien, le 1er novembre 1954.

Toutes les forces de la réaction est de la haine se sont coalisées contre lui et ont fini – hélas – pour avoir raison de lui  et de son gouvernement le 5 février 1955. Mal leur en a appris, c’est Edgare Faure qui lui succède, c’est un fidèle de PMF et ami de la Tunisie qui l’a accueilli en tant que réfugié pendant la seconde guerre mondiale «  on n’a pas perdu au change » déclara Bourguiba. PMF récidivera  le 27 mai 1956 en démissionnant du gouvernement Guy Mollet en signe de protestation contre sa capitulation devant « les ultras » d’Alger et de la métropole. Grâce leur soit rendue.    

* le tombeur de Moncef Bey   

Mohamed Ridha Laafif     

Extraits du discours de Carthage de Mendès France
 

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2 Commentaires
Les Commentaires
Morched - 27-07-2011 23:18

Et dire que Salah Ben Youssef a refusé ce qu'il cherchait lui-même à obtenir de la France en 1951 par la négociation en tant que ministre.

MALKI JEMIL - 08-08-2021 21:36

Article historique très intéressant., notamment sur le rôle décisif et déterminant de PMF.

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