News - 07.10.2020

Tunisie : une révolution qui est mal partie

Tunisie : une révolution qui est mal partie

Par Hédi Béhi - "C'est une expérience éternelle. Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir», notait il y a deux siècles le philosophe des lumières et le père de la théorie de la séparation des pouvoirs, Montesquieu".

L'un des présupposés de l'instauration de la démocratie dans un pays, c'est l'existence d'un Etat fort, qui en impose, qui joue pleinement son rôle de garde-fou, qui veille à l'équilibre entre les pouvoirs. Un Etat fort ? la Tunisie l'a été depuis la nuit des temps.  Pour le meilleur et pour le pire. Or, ce à quoi nous assistons depuis un certain 14 janvier 2011, c'est sa déliquescence. On dit que la révolution est un accélérateur de changements. Notre pays est passé en quelques mois d’un Etat-léviathan à un Etat faible, que dis-je, un  non-Etat. Son  autorité est foulée aux pieds par le  premier venu. Il a fini par devenir notre souffre douleur. Profitant se sa faiblesse, les forces centrifuges défient carrément l'autorité centrale, en prônant le séparatisme : l’Etat tunisien n'est plus ce qu'il était. Il n'est plus qu'une addition de corporations.

Dans le sud, un certain Haddad, le chef autoproclamé des rebelles de Tataouine n'hésite pas de dicter, et avec quelle morgue, ses oukases "à l'Etat tunisien", pour condescendre à rouvrir les vannes de pétrole, tout en agitant la menace de la sécession. En voyant des chefs de tribus discuter "d'égal à égal", avec des cadres des forces de sécurité, en ecoutant Lassaad  Yacoubi décréter une énième grève des professeurs en pleine crise sanitaire je me surprends à regretter  Ben Ali. "La disposition des choses" comme disait Montesquieu, n'a pas permis "au pouvoir d'arrêter le pouvoir" faute d'Etat fort.

Arrogants, toisant de haut les représentants de  l'Etat, ils poussent parfois l’arrogance jusqu’à se substituer au ministre, comme ce fut le cas récemment avec le célébrissime secrétaire général de la Fédération nationale de l’enseignement secondaire lors s'une émission télévisée, Ils n’hésitent pas à s’arroger un droit de véto, à tracer des lignes rouges sur les décisions gouvernementales lorsqu’elles vont à l’encontre de leurs intérêts.

Dans les régions, ils tiennent le haut du pavé, contrôlent les administrations régionales, les hôpitaux. On ne peut plus rien faire sans leur assentiment. Le problème, c'est qu'on ne peut rien faire avec leur accord non plus.

Et que dire des contestataires d’El-Kamour et du bassin minier ? Des vannes de pétrole fermées depuis des mois, des sit-in devant les unités de la CPG, des trains de transport de phosphate immobilisés, et au final, des milliards de dinars partis en fumée et un Etat impuissant se contentant de faire le dos rond, en attendant des jours meilleurs.

L'autre présupposé de la démocratie est la rationalité. Or est en plein dans l'irrationnalité, lorsqu'un peuple s'adonne sans modération à des libertés que lui procure une démocratie récemment acquise, comme le fait de se cantonner dans l'ici et le maintenant en acculant ,dans un silence complice, un Etat au abois à faire droit à des revendications qui dépassent largement ses moyens. On pense à un vieux proverbe arabe "arrivée à son terme, la chose se tourne en son contraire". C'est d'ailleurs, la tactique à laquelle se livre souvent l'Ugtt. Arrivée à son terme, la la démocratie devient une malédiction.  

Cest le cas de la Tunisie aujourd'hui. On a affaibli l'Etat à un point tel qu'il n'est plus capable de lutter contre une démocratie débridée, ni de prévenir toute tentation de bonapartisme, malgré la bonne disposition des choses" selon la formule de Montesquieu, c'est à dire la séparation des pouvoirs. C'est ainsi qu'on finit par faire le lit d'une nouvelle dictature d'autant plus dangereuse qu'elle bénéficie de larges franges d'une classe politique pour laquelle la classe ouvrière a toujours raison. 

 

 

Hédi Béhi
 

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