News - 25.05.2018

El Qods : une inauguration arrosée de sang !

Une inauguration arrosée de sang !

Connaissez-vous l’histoire des lapins et de l’éléphant? Des lapins vivaient dans une contrée paisiblement. Un éléphant nouvellement arrivé, imbu de sa personne et de sa force décida d’emprunter quotidiennement le chemin qui traversait le village des lapins en toute impunité entrainant chaque fois la panique chez les habitants lapins et en piétinant tout ce qui était sur sa route. Un jour un des lapins réunit tout le village et leur dit: «jusqu’à quand cela va-t-il durer? tous les jours, nous vivons dans la peur de l’éléphant. Il est temps pour nous de nous unir et de réagir. Ne dit-on pas que ‘’l’union fait la force’’? Nous devons prendre courage et réagir. Nous allons creuser un grand trou sur le chemin qu’emprunte chaque jour l’éléphant et le recouvrir de terre et de branches de manière à le masquer à ses yeux. Quand il reviendra pour détruire le village, il tombera dans notre piège. C’est ce qu’ils firent. L’éléphant tomba dans le piège et se blessa. Il comprit la leçon et s’enfuit pour ne jamais revenir.

Cette histoire ressemble à ce qui se passe actuellement dans le conflit israélo-palestinien.

Depuis 1947 et le plan de partage de la Palestine adopté par l’ONU, le statut de Jérusalem est sujet de débats, sans qu’aucune solution satisfaisante n’ait été trouvée. Cette ville a plusieurs noms selon le peuple qui la désigne: القدس al-Quds, سالم اور Ūršalīm, ירושלם Yerushalayim, Jérusalem, mais ils désignent tous une même réalité, d’abord un lieu de vie et aussi un site trois fois saint, situé au point de conjonction des principales religions monothéistes et héritage d’une histoire universelle pour tous les Hommes.

Lundi 14 mai 2018, à l'occasion des 70 ans d'Israël, les États-Unis ont inauguré leur ambassade à Jérusalem sans se préoccuper des conséquences, comme s’il s’agissait d’un évènement ordinaire. Au même moment à Gaza à la frontière entre l’Autorité palestinienne et l'État israélien, des palestiniens tombaient sous les tirs de l'armée israélienne. Par cet acte, les USA ont manifesté leur rupture unilatérale avec le positionnement officiel de la société internationale, ainsi qu’avec la géopolitique traditionnelle occidentale au Moyen- Orient.

Vous avez dit Paix ?

Face à la décision de l’Administration américaine d'inaugurer le nouveau siège de leur ambassade à Jérusalem, l'Europe divisée n'a pas réussi à parler d'une seule voix et à prendre position, alors que les infractions au droit international, au droit humanitaire et aux droits de l’Homme étaient flagrantes. L’Europe qui a tenté de se montrer unie pour préserver l'accord sur le nucléaire iranien lors d'un sommet de Bulgarie (Sommet UE-Balkans occidentaux, 17 mai 2018), n’a pas réussi à prendre une position claire dans l’affaire de Jérusalem. Le Chef de l’Etat américain, dans son discours inaugural, affirmait comme une évidence que Jérusalem était la capitale d’Israël, tout en se réfugiant dans une attitude paradoxale, signifiant l’engagement des USA dans le processus de paix au Moyen Orient. Aussi faut-il se demander de quelle sorte de paix il s’agit? D’une paix contrainte, qui serait imposée par les Etats Unis, forte de manœuvres, d’ultimatum et de menaces; d’une paix domination imposée par une occupation permanente assurée par l’armée israélienne pour maitriser et museler la population palestinienne et leur imposer une politique main de fer; une paix assimilation avec la fusion de l’identité palestinienne dans un creuset israélien. Ce qui est choquant, au-delà des considérations d’impératifs politiques, au-delà de la situation diplomatique depuis une vingtaine d’années, de la reconnaissance par les uns et de la non-reconnaissance par les autres, c’est la déshumanisation des Palestiniens dans les discours politiques et les relations internationales. Le peuple palestinien est toujours présenté comme un filigrane, une entité en demi-teinte, abstraite et floue. On parle très peu des Hommes palestiniens, des sept millions d’âmes encore à la recherche de racines, qu’ils vivent dans les territoires occupés de l’Autorité palestinienne ou en Israël ou qu’ils fassent partie de la Diaspora. Or de nos jours on ne peut pas déshumaniser tout un peuple en ne le considérant que comme un instrument d’une politique, car dans le cas présent, ce serait nier la dimension humaine du conflit. Le monde est dans une situation tellement incertaine avec des rebondissements permanents tels, qu’il ne faut pas tomber dans la négation de la réalité tragique d’un problème palestinien, qui s’est aggravé depuis les accords d’Oslo. Depuis des décennies, personne n’a su ni voulu apporter une solution acceptable au problème et Jérusalem, ville que l’on dit trois fois sainte, se confirme comme pierre d’achoppement sur laquelle butent toutes les négociations d’une paix. De plus, dans l’actualité récente, les faits survenus dans l’enclave palestinienne de Gaza, et à Jérusalem semblent avoir été délibérément orchestrés de manière à ce que deux évènements contradictoires coïncident en temps et heure, au même moment, de manière à se heurter et dégénérer. Et malgré cela, contrairement à ce qui a été présenté par beaucoup de media, il s’agit de la réaction de tout un peuple qui se considère asservi, qui a perdu espoir et non les seules intentions malveillantes d’un parti, d’un groupe comme le ‘’Hamas’’, même s’il a été l’un des instigateurs de cette concomitance et a tenté de récupérer la manifestation populaire.

Un discours contradictoire

Le discours officiel des USA est lourdement contradictoire et purement oratoire, lorsqu’il présente comme une évidence le statut de capitale d’Israël de Jérusalem et prônent le maintien du statut quo de Jérusalem y compris le mont du temple avec l’esplanade des mosquées, avec sa bipartition. Où se place alors l’espérance d’un plan de paix durable dans ce discours? On ne le sait plus! Les USA souhaitent imposer, avec l’aide de certains pays arabes, une paix à l’américaine, un diktat avec un réarrangement immobilier concernant la terre à redistribuer en fonction de la situation du moment. On croirait presque que les institutions américaines jouent au ‘’Monopoly’’. Mais qu’en est-il de l’utilisation excessive et disproportionnée de la force, en totale violation de la Charte de l’ONU. (« Article 2 - § 4 – Interdiction de la menace ou de l’emploi de la force dans les relations internationales», Charte de l’ONU). Dans la situation présente on ne peut non plus invoquer la légitime défense, même celle préventive, qui est souvent mise en avant dans la doctrine internationaliste Israélienne car celle-ci est strictement règlementée par le droit international (article 51 de la Charte des Nations Unies). La légitime défense obéit, en droit international, à une chronologie assez simple. Dans un premier temps, on a une agression armée commise par un Etat agresseur et dans un deuxième temps, l’Etat agressé peut naturellement se défendre et utiliser la force légitime pour combattre l’agression. Le concept de légitime défense préventive serait donc un oxymore, une pirouette rhétorique, une figure de style qui n’a pas lieu d’être en droit. Dans l’ordre international il n’existe de défense légitime qu’à une attaque illégitime. L’agressé doit répondre à l’agresseur de façon strictement proportionnelle à l’agression. L’exigence de proportionnalité des moyens mis en œuvre est un principe juridique coutumier contenu dans le droit des conflits armés. Par exemple, on ne tire pas sur une foule à balles réelles avec intention de tuer, quand il s’agit d’une manifestation pacifique. Dans le cas présent cette institution juridique n’a pas lieu d’être invoquée, comme cela a été fait par les instances israéliennes. Il s’est agi tout bonnement de mater une manifestation populaire par tous les moyens, même extrêmes et cela constitue une violation caractérisée du droit international et qui plus est d’un ensemble de normes impératives du droit international général (Jus Cogens), à charge pour les instances internationales compétentes, d’en incriminer les auteurs au pénal (C.P.I.), et en responsabilité internationale d’Etat (C.I.J.).

Le silence assourdissant du monde arabe

Ce qui s’est passé lundi 14 mai était attendu par tout le monde, mais ce qui est le plus surprenant, c’est la léthargie et l’indifférence du Monde arabe face à la situation, alors que sans cesse, ils avaient déclaré une solidarité indéfectible envers le peuple en question, solidarité qui s’est évaporée au soleil des intérêts médiats individuels. Pas de manifestations en Cisjordanie, une Egypte, une Jordanie et une Arabie Saoudite qui soutiennent la démarche israélo-américaine, du fait d’autres intérêts stratégiques dans le cas de l’Iran, le reste du Monde arabe qui est dans l’expectative et ne réagit pratiquement pas non plus. Sur le plan des faits, Israël n’a jamais été dans une conjoncture politique aussi favorable et elle aurait eu tort de ne pas en profiter. Cela d’autant plus que l’enclave de Gaza est dans une situation socio-économique problématique, avec deux millions d’habitants environ, plus de 50% de chômeurs dans la population active, des perspectives très limitées et un sentiment d’abandon de surcroit. De plus cette enclave n’en finit pas d’être un ‘’proto-Etat’’ (littéralement un État en formation) et la semi-reconnaissance de l'ONU en 2012 n’y a rien changé. Il faut toujours un visa israélien pour se rendre à Gaza et encore un permis israélien pour entrer et sortir de Ramallah, et franchir les quelques kilomètres qui séparent le siège de l'Autorité palestinienne de Jérusalem. D’un point de vue juridique, sociologique et politique, les Palestiniens sont pour ainsi dire des citoyens d'un proto-État enclavé, qui ne contrôle, ni ses frontières, ni son espace aérien, qui est dépendant d'Israël pour son approvisionnement, son électricité, son commerce et ses finances, et ils savent combien est encore long le chemin à parcourir avant d’acquérir la souveraineté étatique. Il y a aussi un effondrement institutionnel et structurel de la cohérence sociale, une crise de la représentation du peuple palestinien du fait des divisions politiques entre le Hamas et le Fatah, réalités qui occasionnent une carence de leadership dans le mouvement, car aucune des personnes publiques palestiniennes ne présente d’opportunités d’une solution aux yeux du peuple. Les jeunes palestiniens, beaucoup d’intellectuels, la société civile et les élites palestiniens ne se reconnaissent, ni dans la génération vieillissante qui conduit le mouvement, d’autant que ceux-ci sont divisés sur la démarche de la libération nationale, ni n’acceptent la solution en deux Etats, préférant une forme de résistance pacifique, non violente, non armée et une solution à un Etat unique. C’est en grande partie ce que refusent, en Israël, la droite messianique, nationaliste, les ultras, les orthodoxes et l’extrême droite, en raison d’intérêts complexes religieux et idéologiques.

Un bricolage politico-médiatique

Le bilan humain des victimes est important. L’affaire de Gaza n’est pas un hasard, ni un accident, mais une intention manipulatrice pour influencer l’opinion publique, car des ordres ont été donnés des deux côtés, tant palestinien qu’israélien. Avec ce revirement dans sa politique étrangère au Moyen Orient, les USA ont perdu (ou s’en sont débarrassés) leur rôle de médiateur dans le conflit du Moyen Orient, rôle que souhaiterait récupérer l’Union Européenne, mais sans aucune conviction et avec moulte hésitations et la Turquie.

Le déplacement de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem est ‘’surtout symbolique’’, nous dit-on. Mais ce qui n’est pas précisé et livré à toutes les interprétations, c’est la signification réelle de ce symbole. De plus, il s’agit essentiellement d’un bricolage politico-médiatique plus que d’une réalisation. En effet, c’est le bâtiment du consulat américain à Jérusalem qui a été recyclé en ambassade, faisant de l'ambassadeur un nomade diplomatique, puisqu’il sera contraint d’assumer une présence à Tel Aviv et à Jérusalem, pendant plusieurs années. Aussi, cette cérémonie de transfert sonne faux et est surtout un coup de force politique pour solder un problème qui dure depuis des décennies. C'est beaucoup plus une décision de politique intérieure, d’abord vis-à-vis de la communauté juive américaine, mais surtout vis-à-vis de l'électorat évangélique, c'est-à-dire des chrétiens conservateurs, qui considèrent cette question de Jérusalem comme essentielle. Les USA semblent vivre un unilatéralisme présidentiel sans limites qui crée un malaise américain face à un monde émergent complexe, une relativisation et une dispersion du concept de puissance, et aussi une résurgence du fantasme américain du ‘’regime change’’ ("Regime change effort denied". Los Angeles Times. 1 Aug 1925. p. 8. Margaret Heffernan (March 9, 2006). "Dealing with Regime Change at the Office»; http://blog.fastcompany.com/archives/2006/03/09).

Mais aussi, il semblerait que se développe aux USA une nouvelle volonté et un courant isolationniste et nationaliste, ‘’Jacksonien’’, qui réside dans une redéfinition plus étroite et exclusiviste du rôle international américain. Ce mouvement est à associer au fait que les Jacksoniens cherchent à imposer au reste du monde un ordre qui est défini unilatéralement par un nationalisme intransigeant, partisans de la manière forte. Ils se désintéressent du Nation building et du juridisme et ne prétendent nullement exporter la démocratie.

Dans le même temps, finalement, un axe États-Unis/Israël/Arabie Saoudite est en train de se constituer entre les deux pays alliés traditionnels des Etats Unis, se rapprochant diplomatiquement malgré leurs différences, afin de constituer un front contre des ennemis communs, l'Iran chiite, et la Syrie, qui sont soutenus par la Russie et la Chine.

Les Palestiniens, le peuple oublié

Sur le plan politique et des relations internationales, ces faits risquent de raviver le conflit dans la région, compte tenu du contexte. Mais cela avait déjà été dit au moment de l'annonce des intentions des Etats Unis, en décembre dernier, et l'administration américaine avait pu constater que cela n'avait pas été le cas à ce moment-là. Les Palestiniens n'avaient d’ailleurs été que mollement soutenus par la société internationale, notamment par l’UE. De surcroit, il est quelques pays qui soutiennent ouvertement et franchement la décision des USA et qui vont suivre son exemple et aussi déménager leur ambassade à Jérusalem. Mais surtout qu’on ne nous fasse pas croire que cela est destiné à renforcer les chances de paix, et à atténuer la réticence d’Israël à négocier avec les représentants palestiniens. C’est d’autant moins vrai que le président américain se réfugie derrière l'argument selon lequel ce serait le Congrès qui aurait voté, dans les années 90, la décision de déménager l'ambassade américaine, décision qui aurait été soutenue par les différentes législatures, mais qui aurait été repoussée sans cesse, en raison de la crainte de la déstabilisation de la région. Ainsi le peuple palestinien vit un sentiment de frustration et d’abandon par une partie du monde et des pays arabes. C’est le peuple oublié actuellement et la Turquie récupère ce rôle qu’assumaient auparavant les pays arabes en prenant une position radicale de défenseur de la cause palestinienne. Le nationalisme palestinien est à la recherche d’une nouvelle voie, mais il ne trouve pas d’incarnation dans un leader qui lui donnerai sa force et sa résilience ne serait-ce qu’au niveau international.

Le consensus européen sur la question est en demie teinte. Certains Etats d’Europe de l’est (Tchéquie, Roumanie, Hongrie), peu influents dans la diplomatie internationale émulent les USA en vue de s’attirer ses faveurs sur le plan économique, tout comme les satellites des Etats Unis, latino-américains. Si matériellement, rien ne change, sur le plan géopolitique l’impact est important lorsque l’on sait que c’est Jérusalem Ouest seulement qui est reconnue internationalement comme capitale de l’Etat d’Israël, Jérusalem Est devant devenir, à l’issue du processus de paix, la Capitale de l’éventuel Etat palestinien. Sur le plan diplomatique, c’est véritablement une démission des Etats Unis de leur rôle de médiateur dans le processus de paix.

On parle de géopolitique, de diplomatie, d’équilibre régional, de géostratégie, mais dans tous ces concepts ce sont des entités désincarnées qui sont en présence. Il n’est jamais question des hommes mais ce sont seulement les pierres et la terre qui s’expriment. Dans le conflit du proche orient, l’histoire et le passé ont plus d’influence que les peuples, dans la prise des décisions. L’impact sur les hommes devient un dommage collatéral dont importe peu l’avenir. Même si l’effectivité de ce déplacement de représentation n’est pas immédiate, cette décision heurte la plus grande part de l’opinion mondiale et résonne comme une bravade et un défi lancé à l’ordre juridique international.

Dans les relations internationales, la question palestinienne a toujours été l’épine dans le flanc de la société internationale et le frein à son intégration. Pour légitimer ces positions, Israël et les USA puisent dans des sources historiques très profondes comme les références au Temple de Salomon, à la cité de David, à la Terre promise de Moïse. Les Israéliens sont nombreux à penser que le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem est une reconnaissance de ce lien millénaire entre les juifs et la "Terre promise". Internationalement vus par les Nations unies, en 1948 comme des victimes du traumatisme de l’Holocauste, c’est une reconnaissance d’un droit du sol lié à histoire, qui est mis en avant par la décision américaine. C’est aussi reconnaître le caractère de ville unie de Jérusalem, qui n’est pas scindée, ni séparée par une sorte de ‘’mur de Berlin’’, ce qui rend par là-même caduque la solution à deux États.

Mais ceux qui manipulent ces sources omettent le fait qu’avant l’épisode de l’Exode du peuple hébreu, la Terre promise était occupée par un peuple, les Cananéens, desquels se réclament les palestiniens d’aujourd’hui. Dans les années 1970, l’idée a émergé au sein de la sphère politique internationale selon laquelle, les Arabes de Palestine descendraient directement des anciens Cananéens. C’est d’ailleurs ce qui est enseigné actuellement dans les écoles de l’Autorité Palestinienne.

Ce chapitre constitue un domaine particulièrement sensible que les historiens ne souhaitent pas étudier, tant il est vrai que tout dans cette question revêt une consonance politique. En effet, au XXIème siècle, la légitimité de la propriété sur cette terre, des peuples Arabes et/ou Juifs, représente toujours un débat particulièrement sensible et un dilemme non tranché par la société internationale. Aussi, toutes les investigations à caractère historique sur le sujet, toutes les découvertes archéologiques, prennent immédiatement des allures de prise de position dans le conflit israélo-arabe.

Toutefois, les informations rassemblées par l’Empire Ottoman, à partir du XVIème siècle, les relevés effectués par les autorités du Mandat britannique, au début du XXème siècle, de même que les travaux de rares spécialistes, permettent d’avancer plusieurs hypothèses sur les origines réelles des Palestiniens.

Aux temps bibliques, les Cananéens se mélangèrent aux Israélites, contrairement aux autres peuples de la région, les Moabites, les Edomites, les Hasmonéens, les Ammonites, les Phéniciens et les Philistins, dont pourrait descendre le peuple palestinien.

Les peuples de la région ont aussi subi, pendant vingt siècles, des dominations successives, chrétienne, byzantine et Arabe à l’époque de l’expansion de l’Islam, au VIIème siècle.

Jérusalem, qui provient de l’hébreu Yerushalayim, Ir-ha-Shalom, la ville de la Paix, a hébergé pendant près de trois millénaires une présence juive continue.

Au Moyen-âge, bien que Jérusalem n’apparaisse qu’indirectement dans le Coran, la cité a acquis le statut de troisième ville sainte de l’Islam. Mais auparavant, elle constituait une halte pour les pèlerins musulmans de vastes régions telles le Maghreb, l’Afghanistan, le Yémen ou le Nigéria, en chemin pour la Mecque, dont certains se seraient fixés dans la ville sainte et se seraient mélangés à la population du lieu. Les Palestiniens et les Israéliens possèderaient ainsi, assurément, des origines ancestrales communes, à savoir les anciens Hébreux de l’Exode. Au cours de l’histoire, une partie du peuple des Hébreux est demeurée fidèle à la loi de Moïse, alors que l’autre se serait adaptée aux influences des divers envahisseurs s’étant succédés dans la région, et particulièrement à l’Islam déferlant.

Même si l’histoire n’est pas certaine à déterminer qui étaient là les premiers à des époques reculées et révolues en raison du peu de recherches effectuées, ce qui ressort de ces hypothèses, c’est que Palestiniens et Israéliens ont une histoire qui s’entremêle et que si l’on devait se fonder sur ces sources pour trouver une solution au conflit, il faudrait considérer que les deux peuples ont un destin commun et sont appelés à vivre ensemble de manière indissociable. Nous en sommes toujours à la situation des frères ennemis. Ces peuples sont les deux faces d’une même médaille et les querelles pérennes qui les opposent sont anachroniques, sans fondement, sinon celui politique et de possession territoriale, d’influence et du pouvoir. J’aimerai poser une hypothèse dans le cadre d’une réflexion sur une solution possible au problème. D’abord un retour à la situation mise en place par la Déclaration de principes signée par Arafat et Rabin le 13 septembre 1993 (accords d’Oslo I) à Washington, basée sur les résolutions 242 de 1967 et 338 de 1973. Ces accords ont été suivis du ‘’Processus d’Oslo’’ et des accords de Taba (Egypte) signés le 28 septembre 1995 (Accords d’Oslo II), à Washington devant permettre des négociations finales pour la consécration d’un Etat palestinien. Faut-il encore bien des années et la mort inlassable des hommes de bonne volonté, pour concilier et apaiser l’instabilité de ce point du monde, les antagonismes et les rancœurs ? Un nouveau déchaînement de passions, toujours à craindre, risquerait, dans l’état de division présent de la région, de provoquer l’anéantissement pur et simple de tout ce qui y subsiste, d’une histoire trois fois millénaire à laquelle s’attache l’histoire et la foi de centaines de millions d’hommes. Palestiniens, Israéliens, Russes, ONU... chacun a une vision différente du statut que devrait avoir la ville de Jérusalem.

Faire de Jérusalem, une cité-Etat

La solution ne pourrait-elle pas être de donner à Jérusalem le statut de Cité-Etat, comme l’est l’Etat de la Cité du Vatican ou encore la Cité-Etat de Singapour, qui se situerait entre Israël et la Palestine Etat ? Même à titre provisoire, cette solution pourrait concilier les positions même des plus orthodoxes et les ramener à la table des négociations.

La ville de Jérusalem est cosmopolite et s’étend sur 126 km2 et compte une population multiculturelle de 900 000 habitants (Hiérosolymitains) en 2016 (« Statistical Abstract of Israël 2017 »). L’Etat-Cité de Jérusalem serait créé par un accord international, qui serait signé par l’ensemble de la société internationale et qui en définirait son existence en tant qu’organisme souverain de droit public international, avec les modalités et effets de droit qui en découlent, lesquels seraient indiqués dès l’introduction du traité en question. Le but de cet accord serait d’assurer aux lieux et à la ville, saints, en leur qualité d’institutions supérieures religieuses et d’héritage civilisationnel, culturel et cultuel mondial, une indépendance absolue et visible et de garantir à la ville, dans la totalité de ses limites, une souveraineté indiscutable et une indépendance, même dans le domaine international.

Jérusalem réaliserait sa mission à la fois par le biais d’une administration des différents lieux saints distincts, et d’un gouvernement central, formé de représentants des différents peuples présents (juifs, chrétiens et musulmans) et des organismes qui l’aident dans l’exercice de ses responsabilités envers le monde. Ce gouvernement se présenterait sous la forme d’une République pratiquant une forme aménagée de démocratie directe, avec comme Chef de l’État, un triumvirat représentant les principales confessions, qui aurait la plénitude du pouvoir exécutif et qui partagerait le pouvoir législatif avec une agora, un collège de représentants de la population, et un pouvoir judiciaire indépendant. Le pouvoir législatif serait exercé par des citoyens nommés pour quatre ans par tirage au sort. Le pouvoir exécutif serait confié aux trois Présidents qui, dans ce rôle, prendrait le nom de Triumvirat et serait aidé par un Secrétaire Gouvernemental et un Vice-Secrétaire Gouvernemental. C’est de lui que dépendraient les Directions et les Offices centraux, qui formeraient le Gouvernement, soit l’ensemble des organismes par lequel passe ce pouvoir. Le pouvoir judiciaire serait exercé, au nom du peuple, par les institutions constituées selon l’organisation judiciaire de l’État. L’État-Cité de Jérusalem disposerait de son propre drapeau, divisé en trois champs pour représenter les trois confessions. Il pourrait frapper sa propre monnaie, et émettre ses propres timbres. Les 900 000 habitants pourraient jouir de la nationalité Hiérosolymitaine. La sécurité serait assurée par un corps de Gendarmerie, qui s’occuperait de tous les services de police et de sécurité de l’État et qui serait en poste pour quatre ou six ans. Il n’y aurait pas d’utilité d’une armée.

Avec l’aide de toute la société internationale surtout celle des peuples, on pourrait arriver à trouver une vraie solution en s’en donnant vraiment la peine et en mettant de côté la paranoïa, le racisme, la xénophobie et la soif de pouvoir qui sont autant d’obstacles psychologique à une solution. Ce pourra être une réalité pour demain si nous le voulons.

Monji Ben Raies

Universitaire, Enseignant et chercheur en droit public et sciences politiques,

Université de Tunis El Manar, Faculté de droit et des sciences politiques de Tunis

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