Moncef Achour : disparition d’un pionnier des ponts et chaussées en Tunisie
La Tunisie vient de perdre l’un de ses grands ingénieurs et hauts cadres de l’État, Moncef Achour, ancien directeur général des Ponts et Chaussées. Avec lui disparaît une figure majeure de l’histoire de la construction et de la modernisation du réseau routier et autoroutier tunisien.
Pendant plusieurs décennies, il aura consacré son parcours professionnel à une mission dont on mesure aujourd’hui toute l’importance : relier les villes, désenclaver les régions, accompagner le développement économique et donner au pays les infrastructures nécessaires à son intégration territoriale.
Ingénieur centralien, Moncef Achour appartenait à cette génération d’ingénieurs de l’État qui ont fait de la compétence technique, de la continuité administrative et de la vision à long terme les ressorts de leur action. Il avait rejoint très tôt l’administration des Ponts et Chaussées. En 1975, il était déjà ingénieur principal et exerçait les fonctions de sous-directeur de l’Organisation et de la Programmation à la Direction des ponts et chaussées. Il accédera ensuite au grade d’ingénieur général et à de hautes responsabilités au ministère de l’Équipement.
En décembre 1988, il est nommé directeur général de la Planification, de la Coopération et de la Formation des cadres. Quelques années plus tard, il prend la direction générale des Ponts et Chaussées.
Vingt années à la tête des Ponts et Chaussées, de 1989 à 2009 : une longévité exceptionnelle qui témoigne à la fois de son expertise et de la confiance dont il bénéficiait au sein de l’administration.
Une génération qui a dessiné la Tunisie moderne
Moncef Achour s’inscrit dans une prestigieuse lignée d’ingénieurs qui ont dirigé les Ponts et Chaussées après l’indépendance. Avant lui, Mokhtar Latiri, M’hamed Ali Souissi, Mhamed Soula et Slaheddine Belaïd avaient contribué, chacun à leur époque, à bâtir les fondations du réseau moderne. Après lui, d’autres ingénieurs poursuivront cette œuvre.
L’homme des grands programmes
La période durant laquelle Moncef Achour dirige les Ponts et Chaussées correspond à une étape décisive de l’histoire des infrastructures tunisiennes. Le rôle joué par Moncef Achour dans l’élaboration, avec les responsables de l’époque, du programme routier et autoroutier du IXe Plan de développement (1997-2001), est de premier plan. Ce programme devait constituer l’ossature du « renouveau de l’infrastructure autoroutière et routière » du pays, avant d’être consolidé au cours du Xe Plan (2002-2006).
Ce témoignage permet de mieux comprendre la place de Moncef Achour : il ne fut pas seulement l’administrateur d’une direction technique. Il fut l’un des cadres qui ont participé à concevoir et à mettre en œuvre une politique nationale des infrastructures, dans une période où la Tunisie cherchait à accélérer son développement économique et à renforcer ses liaisons internes.
Une administration fondée sur la compétence
Ceux qui ont travaillé au sein ou autour de la Direction générale des Ponts et Chaussées se souviennent d’une administration où la technicité occupait une place centrale. En 2023, en présentant l’histoire et les grands chantiers de cette direction, Leaders évoquait encore le souvenir de ses anciens dirigeants, parmi lesquels Moncef Achour, dont l’empreinte demeurait présente dans les bureaux et les équipes.
Moncef Achour aura été l’un des principaux animateurs de cette chaîne durant une période particulièrement féconde.
Une discrète mais profonde empreinte
Les grands serviteurs techniques de l’État laissent rarement derrière eux une œuvre portant leur nom. Leur signature est ailleurs : dans les plans, les kilomètres réalisés, les ouvrages construits, les équipes formées et les institutions qu’ils ont contribué à faire fonctionner.
Moncef Achour aura incarné cette tradition.
Il fut un ingénieur avant d’être un haut fonctionnaire, et un haut fonctionnaire au service d’une vision technique de l’État. Sa longue présence aux commandes des Ponts et Chaussées lui a permis d’accompagner une transformation profonde du pays : celle du passage d’un réseau routier encore largement hérité des premières décennies de l’indépendance à un système progressivement structuré autour des autoroutes, des grandes liaisons interurbaines et des infrastructures destinées à rapprocher les différentes régions.
Sa disparition intervient alors que la Tunisie poursuit encore, plusieurs décennies plus tard, l’œuvre d’équipement qu’il avait contribué à engager.
À sa famille, à ses anciens collègues et à tous ceux qui ont travaillé à ses côtés, Leaders adresse ses sincères condoléances.
Allah Yerhamou.
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