Immuno-et-Curie-thérapies: deux avancées technologiques de traitements du cancer
Abdellaziz Ben-Jebria - Avec près de dix millions de décès annuels, le cancer est, selon l’Organisation Mondiale de Santé (OMS), la deuxième principale cause de mortalité dans le monde, après la cardiopathie ischémique (manque d’oxygène dans la sang du myocarde ou muscle cardiaque). Et selon toujours l’OMS, la dangerosité du cancer et son issue dramatique résident principalement dans sa propagation, souvent rapide, à d’autres organes vitaux de l’organisme (métastases). Ce sont donc les métastases qui sont la cause majeure des désespoirs malheureux, puisqu’elles entrainent inéluctablement la fin du parcours funeste. Mais la dissémination et la propagation des foyers cancérogènes peuvent être évitées par une détection préventive.
Cependant, et malgré une détection souvent tardive, quelques progrès récents ont vu le jour pour inhiber efficacement ces métastases et lutter contre certains foyers primaires du cancer. Parmi ces avancées techniques thérapeutiques, l’immunothérapie et la curiethérapie ont montré leurs efficacités curatives dans les traitements d’un certain nombre de cancers localisés.
Que peut-on dire, d’abord, des données mondiales de recensement du cancer?
Les statistiques épidémiologiques mondiales concernant les taux d’incidences et de mortalités du cancer sont actuellement inquiétantes. En effet, selon un récent rapport de l’OMS(1), daté du mois de juillet 2026, on recense globalement de nos jours environ 21 millions de nouveaux cas de cancer, entrainant près 26 milles décès par jour, soit près de 10 millions de fatalités par an dans le monde. Mais la répartition d’atteinte de la maladie du cancer, avec ses conséquences dramatiques, est très variable d’une région à l’autre dans le monde.
Ainsi, la cartographie mondiale du cancer montre clairement que dans les régions très peuplées, les pays asiatiques sont en tête de liste avec près de 51% des cas et de 57% des décès. Tandis qu’en Europe où on ne compte qu’environ 9% de la population mondiale, l’OMS y recense presqu’autant des cas (21%) que des décès (20%). En France, en particulier, l’Institut National du Cancer (INCa)(2) estime qu’en 2023, l’incidence et la mortalité du cancer étaient environ de 433 000 cas et de 164 000 décès, avec plus d’hommes diagnostiqués (355 pour 100 000) que de femmes (274 pour 100 000).
En revanche, de nombreux pays d’Afrique connaissent une incidence plus faible par rapport aux pays européens, mais une mortalité disproportionnée qui s’expliquerait par le manque des moyens technico-médicaux pour de diagnostics adéquats et d’interventions appropriées. Quant à la Tunisie où le cancer est devenu, depuis 2021, la première cause de mortalité, représentant ainsi 15,6% de l’ensemble des décès, on y recense, en 2024, environ 23 000 nouveaux cas, avec une moyenne de plus de 13 000 décès par an, et une incidence des taux d’environ 165 pour 100 000 chez les hommes, et 141 pour 100 000 chez les femmes.
Enfin, ce qui est doublement préoccupant est que l’OMS et le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) prédisent que le nombre annuel d’incidences du cancer pourrait presque doubler, d’ici 2050, et atteindrait ou dépasserait les 35 millions de cas. L’autre principale préoccupation, à l’échelle mondiale, est que le cancer du poumon, avec une mortalité qui avoisine près de deux millions par an, reste la principale cause de décès, avec le tabagisme actif et même passif, comme principal inducteur de la cancérogenèse pulmonaire.
Rappelons ensuite comment fonctionne la chimiothérapie conventionnelle?
La traditionnelle chimiothérapie conventionnelle est un traitement systémique du cancer qui consiste à introduire, dans le sang, des médicaments puissants pour détruire les cellules cancéreuses. Ce traitement standard de la chimiothérapie classique, circulant dans le sang presque partout dans le corps humain pour atteindre les tumeurs cancéreuses, cible donc toute cellule de l'organisme qui se divise et se multiplie rapidement. Comme les cellules cancéreuses se développent et se divisent beaucoup plus vite que la plupart des cellules saines, elles sont particulièrement des cibles vulnérables à ces médicaments. Toutefois, ces derniers diffusant dans l'ensemble de l’organisme, peuvent également endommager des cellules normales à croissance rapide, telles que celles de la peau, particulièrement les follicules pileux (racine du poil) , celles du tube digestif ou de la moelle osseuse, qui sont des voies favorables à d’éventuelles métastases.
Alors, pour éviter ou prévenir les éventuelles métastases qui peuvent se produire, malgré tout, au cours du traitement conventionnel de la chimiothérapie traditionnelle qui s’attaque à toute les cellules cancéreuses et saines, et qui entraîne fréquemment des effets secondaires comme la chute des cheveux, des nausées et un affaiblissement du système immunitaire, on a recourt progressivement à des thérapies récentes, comme la curiethérapie qui s’attaquent directement et localement aux foyers cancéreux et l’immunothérapie qui est conçue pour cibler spécifiquement des mutations ou altérations génétiques ou des voies immunitaires propres aux cellules cancéreuses.
Alors, que sait-on de l’immunothérapie?
Elle représente une nouvelle approche thérapeutique encourageante pour traiter le cancer sans recours à la chimiothérapie. Elle consiste plus précisément à saisir les anticorps (des soldats) qui font partie du système de défense immunitaire de l’organisme, pour les inciter à repérer, à s’attaquer et à combattre directement les cellules cancéreuses afin de les détruire.
Différentes approches ont été utilisées, pendant des décennies, avant de s'orienter récemment vers cette nouvelle stratégie immunothérapeutique très prometteuse. C’est donc une des alternatives à la chimiothérapie classique qui s’attaquant, sans discrimination, aussi bien aux cellules saines qu’aux cellules cancéreuses. Cependant, les cellules cancéreuses sont aussi tellement ʺsmartʺ qu’elles sont capables de tromper le système immunitaire endogène pour qu’il ne les identifie pas comme novices, en se cachant, en l’esquivant et en le déjouant par la libération des substances qui les rendent méconnaissables. Et c’est dans ce contexte particulier que l’immunothérapie intervient pour jouer son rôle inédit qui consiste à aider le système immunitaire à se réveiller et à s’activer, via des médicaments appropriés, pour rompre sa tolérance vis-à-vis des cellules cancéreuses, et pour le stimuler à s’engager dans leur destruction.
L’immunothérapie peut être appliquée avec succès pour traiter un certain nombre de cancers, le plus souvent par le biais d’inhibiteurs exogènes qui sont une classe de médicaments d'immunothérapie anticancéreuse qui démasquent les cellules tumorales, permettant ainsi au système immunitaire de l'organisme de les repérer et de les détruire. Ils agissent donc en bloquant des protéines spécifiques dites ʺpoints de contrôleʺ telle que (PD-1, PD-L1 et CTLA-4) qui sont situées à la surface des lymphocytes T (globules blancs immunitaires chargées de défendre l’organisme) que les cellules tumorales utilisent pour freiner leur activité immunitaire.
Le rôle crucial et novateur de la stratégie immuno-thérapeutique consiste donc à reconnaitre et à combattre spécifiquement la tumeur maligne pour l’éliminer définitivement. Et ce faisant, elle entraîne souvent moins d’effets secondaires et peut offrir aux patients une meilleure qualité de vie, tout en apportant un nouvel espoir là où d’autres traitements échoueraient.
• Selon ʺl’American Institue of Cancer Researchʺ (AICR)(3), l’application du traitement immuno-thérapeutique dépendra du type de cancer. L’administration médicamenteuse peut être injectée directement dans une veine, ou juste sous la peau; elle peut aussi s’effectuer localement sur la peau ; et elle peut être prise par voie orale, sous forme de comprimés ou de gélules. Par exemple, les injections sous-cutanées sont utilisées pour traiter certains types de cancer du poumon, tandis que des crèmes à application locale sont utilisées pour traiter certains cancers de la peau (mélanome métastatique du stade-VI quittant la tumeur d’origine pour se propager dans le sang vers d’autres organes).
Ainsi, les cancers les plus fréquemment traités par immunothérapie comprennent: les cancers de la peau (mélanome et certains cancers cutanés avec prolifération anormale des cellules de la peau); les cancers pulmonaires (prenant naissance dans la couche épithéliale tapissant les voies respiratoires, ou se développant dans le mucus des bronches et bronchioles); les cancers du sang (leucémie); les cancers génito-urinaires (vessie, rein et prostate); les cancers gastro-intestinaux (cancers colorectal, du foie et de l'œsophage); les cancers de la tête et du cou; les cancers gynécologiques (col de l'utérus); et le cancer du sein.
• Cependant, l’immunothérapie ne fonctionne pas toujours adéquatement pour tout le monde, principalement parce que les tumeurs possèdent elles-mêmes une grande capacité d’adaptation, et que le système immunitaire humain est très complexe. Ainsi, lorsque ce traitement échoue, c’est généralement parce que les cellules immunitaires du patient ne parviennent pas à reconnaitre le cancer en question, que la tumeur a érigé des barrières physiques ou biologiques, ou que le système immunitaire lui-même s’épuise pour des tas de raisons. L’efficacité de l’immunothérapie est donc intimement liée à la capacité potentielle ou non du système immunitaire à reconnaitre et à supprimer les tumeurs cellulaires du patient.
Ainsi, il n’existe pas de taux de réussite global unique pour l’immunothérapie, car le succès dépend entièrement du type de cancer spécifique, du stade de la maladie, de la combinaison de traitements et des biomarqueurs individuels. Toutefois, pour la plupart des tumeurs solides, les taux de réponse objective (i.e., les cas où les tumeurs rétrécissent ou se stabilisent) se situent généralement entre 15% et 50%.
Qu’en est-il enfin de la curiethérapie?
Comme on peut le deviner, rien que par le nom qui lui est attribué, la curiethérapie prend naissance suite à la découverte historique du radium et de la radioactivité, en 1898, par Marie Curie, deux fois lauréate du prix Nobel de physique et de chimie, en 1903 et en 1911 (Leaders, mars 2026). La curiethérapie est aussi appelée brachythérapie, faisant référence au mot grec ʺBrachyʺ qui signifie ʺdistance courteʺ. C’est donc une technique de radiothérapie qui a été mise au point à l’Institut Curie où la source radioactive, scellée solidement dans une capsule, est placée à l’intérieur ou à proximité immédiate de la tumeur à traiter. Elle est récemment utilisée comme traitement efficace pour soigner le cancer du col de l’utérus, du sein, de la peau ou de la prostate.
• Les récents progrès techniques, réalisés ces dix dernières années en imagerie guidée 3D (scanner ou IRM), ont permis au corps médical de mieux définir les foyers cibles pour la pose des cathéters dans la zone à traiter et d’ajuster avec précision les doses radioactives optimales à administrer localement aux cellules cancéreuses.
La curiethérapie est donc une technique radiothérapeutique interne qui consiste à identifier et à viser les foyers cancéreux, et à leur administrer localement des particules chargées d’une dose radioactive capable de détruire spécifiquement les tumeurs malignes et les empêcher de métastaser et de former des foyers secondaires dans l’organisme. Et ce faisant, la méthode permet ainsi de réduire considérablement les dommages causés aux tissus sains environnants, et de minimiser les effets secondaires au patient.
• On distingue, en réalité, deux modalités du traitement Bachy-thérapeutique, la curiethérapie temporaire et permanente:
- La curiethérapie temporaire, ou par implants temporaires, consiste à insérer, dans la zone à traiter, des aiguilles creuses contenant une source radioactive (en général iridium-192) qui devrait circuler pendant une courte durée avant d’être retirée. Le débit de la quantité radioactive délivrée (dose/unité de temps) s’effectue généralement à haut débit de dose (HDD), nécessitant des séances de quelques minutes, souvent en soin ambulatoire.
- La curiethérapie permanente, ou par implants permanents, consiste à mettre définitivement en place, à l’aide d’aiguilles très fines introduites à travers la peau du périnée, des grains radioactifs (souvent Iode-125), dans la prostate, ou dans la zone où se trouve la tumeur maligne. Ces grains émettent des rayonnements en continu pour irradier la zone ciblée pendant quelques semaines ou quelques mois, jusqu'à la disparition de leur radioactivité. Dans ce cas, le débit dosimétrique de la radioactivité est très faible, appelé donc bas débit de dose (BDD).
Contrairement donc à la radiothérapie classique externe, le traitement curie-thérapeutique est donc optimal pour cibler directement et avec précision la zone concernée par le cancer, comme par exemple celui de la prostate, sans trop irradier les organes situés à proximité, tels que le rectum et la vessie. C’est aussi un traitement à visée conservatrice, dont l’objectif essentiel est de guérir le patient mais également de préserver au maximum ses fonctions organiques, tout en limiteant les séquelles des irradiations externes.
• La curiethérapie est particulièrement indiquée dans le traitement local des cancers de la prostate, de l’ORL (langue, nez), de la peau, du sein, et des cancers gynécologiques (col de l’utérus). Ainsi, le taux de réussite de la curiethérapie pour le cancer de la prostate(4,5) est très élevé, variant de 85% à plus de 95% selon le type et le stade de la tumeur traitée atteignant plus de 90% à 95% de contrôle tumoral pour les formes localisées à faible risque. Le taux de survie sans récidive biologique à 5 et 10 ans se situe généralement entre 80% et 85%, ce qui rend cette technique aussi efficace que la chirurgie (prostatectomie totale) tout en préservant mieux la qualité de vie.
Abdellaziz Ben-Jebria
1) Global status report on cancer 2026: the future we choose together. www.who.int. Global report (July 2026).
2) Les chiffres-clés du cancer en France (2023). www.foundation-arc.org.
3) Immunotherapy for Cancer: How it works, Benefits and what’s next (2025). www.aicr.org.
4) Long-term results of permanent implant prostate cancer brachytherapy (2016). 10.1016/j.canrad.2016.02.009.
5) The evolution of brachytherapy for prostate cancer. Nat Rev Urology 14, 415–439 (2017).
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