Chadli Laroussi: Hommage à la mémoire du Professeur Mustapha Besbes
Un grand scientifique, un bâtisseur et un ami de toujours.
Il est des hommes dont la disparition nous attriste profondément. Il en est d'autres dont le départ nous donne, en outre, le sentiment qu'une page de notre histoire personnelle et collective vient de se tourner.
Mustapha Besbes appartient à cette seconde catégorie.
Aujourd'hui, c'est avec une profonde émotion que je prends la plume pour rendre hommage à celui qui fut, durant plusieurs décennies, mon collègue, mon compagnon de route et, surtout, mon grand ami.
Mustapha Besbes était de ces hommes qui honorent leur pays par la science, leurs institutions par leur engagement et leurs amis par leur fidélité.
Scientifique de renommée internationale, académicien, chercheur reconnu dans le domaine de l'hydrogéologie, il aura consacré une grande partie de son existence à l'étude de cette richesse aussi vitale que discrète: l'eau souterraine.
Son parcours scientifique témoigne d'une intelligence rigoureuse, d'une curiosité insatiable et d'une volonté constante de faire progresser les connaissances.
Ses liens avec l'École des Mines de Paris, ses travaux sur les grands systèmes aquifères et, notamment, ses recherches approfondies sur les immenses réserves d'eau souterraine que recèle le sous-sol commun à l'Algérie, à la Libye et à la Tunisie, constituent une contribution majeure à la connaissance des ressources hydriques de notre région.
Il avait compris, bien avant que la question de l'eau ne devienne l'une des préoccupations majeures de notre temps, que la connaissance scientifique de cette ressource conditionnerait largement l'avenir économique, social et environnemental de nos pays.
Étudier les eaux souterraines, c'était pour lui explorer un patrimoine invisible, accumulé au cours des âges, dont la connaissance, la préservation et la gestion raisonnée engagent la responsabilité des générations présentes envers celles qui leur succéderont.
Mais Mustapha ne fut pas seulement un chercheur.
Il fut également un homme d'institution, un universitaire profondément attaché à la formation des ingénieurs, à la transmission du savoir et à l'excellence de l'enseignement supérieur tunisien.
À la tête de l'École Nationale d'Ingénieurs de Tunis, l'ENIT, qu'il dirigea pendant cinq années, il laissa son empreinte, contribuant à son rayonnement et à la consolidation de sa vocation scientifique et technologique.
Son itinéraire illustre ainsi ce que notre pays a su produire de meilleur: une génération de scientifiques et d'universitaires qui ont accompagné la construction de la Tunisie moderne, convaincus que l'indépendance véritable d'une nation repose aussi sur la maîtrise du savoir, la compétence de ses ingénieurs et la qualité de ses institutions.
Cependant, derrière le scientifique reconnu, derrière l'académicien et le responsable universitaire, il y avait Mustapha, l'homme que nous avons connu, côtoyé et apprécié.
Pour ma part, plusieurs décennies de compagnonnage professionnel et d'amitié me lient à lui.
Que de rencontres, que d'échanges, que de souvenirs accumulés au fil de ces longues années!
Il est difficile, en un moment comme celui-ci, de dissocier la tristesse du départ de la reconnaissance pour tout ce que cette longue amitié nous a apporté.
Car le temps donne à certaines relations une profondeur singulière. Les collègues deviennent des compagnons de route, les compagnons de route deviennent des amis et les amis finissent par appartenir à cette famille que l'on se choisit au cours de l'existence.
Cher Mustapha,
Tu as consacré ta vie à explorer les profondeurs de la terre pour mieux comprendre les richesses qu'elle abrite. Tu nous laisses aujourd'hui une autre richesse, immatérielle celle-là : celle de ton œuvre, de ton savoir transmis, de ton engagement universitaire et du souvenir que tu imprimes dans nos mémoires.
La science conservera la trace de tes travaux. Les institutions que tu as servies garderont l'empreinte de ton passage. Tes collègues, tes disciples et tes amis perpétueront, chacun à sa manière, quelque chose de ce que tu leur as apporté.
Il est des héritages qui ne se mesurent ni en titres ni en distinctions. Ils résident dans les générations que l'on a formées, dans les vocations que l'on a suscitées, dans les connaissances que l'on a fait progresser et dans les liens humains que l'on a patiemment cultivés.
À ta famille, à tes proches, à tes collègues et à toute la communauté scientifique tunisienne et internationale, j'adresse mes condoléances les plus sincères.
La Tunisie perd un grand scientifique. L'université perd l'un de ses serviteurs éminents. Et moi, je perds un ami de toujours.
Cher Mustapha,
Au terme de ce long compagnonnage, je voudrais simplement te dire merci.
Merci pour les années partagées, pour cette amitié que le temps a consolidée et pour cette belle leçon de vie que constitue ton parcours.
Que Dieu t'accueille dans l'immensité de Sa miséricorde.
Repose en paix, cher Mustapha.
Chadli Laroussi
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