Tunisie-Japon 0-4: La tendance confirmée
Par Mohamed Kilani
Tunisie – Japon 0-4 (m-t 0-2)
Stade: Monterrey, Mexique
Arbitre: Istvan Kovacs (Roumanie)
Buts: Kamada 4’, Ueda 31’, 83’, Ito 69’.
Tunisie: Dahmen, Valéry, Rekik, Talbi, Bronn (Ben Hamida 46’), Abdi (Khedhira 91’), Skhiri ( Achouri 91’) Mejbri, Ben Slimane, Saad (Gharbi 46’), Tounekti (Chaouat 65’).
Depuis le fiasco retentissant devant la Suède qui a sonné le glas de Sabri Lamouchi et annoncé l'avènement de Hervé Renard, toute l'actualité en Tunisie n'a cessé de spéculer sur ce chambardement unique dans l'histoire de la Coupe du monde, et sur ce qu'il peut promettre pour la suite de la compétition.
Pour affronter le Japon, cet entraineur providentiel ne peut compter sur une baguette magique, mais gérer au mieux un effectif abattu psychologiquement et limité techniquement.
La formation alignée est un premier indicateur des réajustements nécessaires pour espérer rivaliser avec un adversaire redoutable ayant tenu la dragée haute aux Pays-Bas. Avec l'incorporation de Bronn, jugé opérationnel, et l’option tactique innovante en 5-3-2, Renard entend réaliser plus de liant entre les lignes et espérer concilier entre l’impératif de sécurité défensive et la nécessaire ambition offensive. Dahmen dans les buts, c’est la rationalité même, la Coupe du monde exigeant l’expérience et le mental.
Les premiers échanges indiquent la volonté de l’équipe avec le tir de Mejbri, de peu au-dessus, mais la réaction immédiate du Japon produit un but classique, à la Madjer, signé Kamada (4’). C’est le pire scénario puisque la course vers l’égalisation génère des prises de risques avec des concessions d’espaces. Le match est ainsi devenu un véritable supplice pour l’équipe et son entraîneur. Seule une égalisation pouvait les soulager.
A la 9ème minute, c’est Bronn qui s’illustre sur la ligne de but pour sauver une balle brulante, et Dahmen parvient à son tour à sauver de justesse une balle déviée (10’). Le rythme imprégné par des Japonais très entreprenants mit l’équipe en position attentiste, la prudence devenant le mot d’ordre. Mais beaucoup de déchets techniques pénalisent l’équipe ce qui a affecté son jeu d’attaque. Même Valéry et Abdi, absorbés par leur tâche défensive, privaient l’équipe de leur précieux concours offensif. L’équation est ainsi devenue problématique pour une formation soucieuse de réhabilitation, et menée à la marque par un adversaire encore conquérant. Ce n’est qu’après la pause-fraîcheur qu’Abdi se porta en attaque sans aller jusqu’au bout de son intention. Et pour tempérer l’ardeur des Nippons, Renard ordonna la conservation de la balle avec l’espoir de mieux rebondir, mais le but d’Ueda est une illustration des approximations maladives de l’équipe (31’). Le spectre du match inaugural est depuis devenu une véritable hantise d’autant que la supériorité de l’adversaire était évidente. L’ambition de l’équipe étant affectée, les joueurs ne pouvaient que s’appliquer au mieux sans trop d’idées pour porter le danger dans la zone adverse. Et ni Saad, ni Tounekti ne purent bénéficier de situations favorables pour menacer le gardien de but japonais Suzuki qui n’a eu à intervenir qu’à la fin la première période.
Avec deux buts de retard, Hervé Renard n’avait pas de solutions pour la deuxième période, conscient des limites de l’effectif et de la menace toujours latente des Japonais. Limiter les dégâts semblait même un objectif raisonnable. La rentrée de Gharbi et Ben Hamida est une ébauche tactique optimiste, mais l’avertissement japonais est immédiat avec un tir dangereux de Tanaka (48’). Les Tunisiens réagissent et ratent de peu le but par Mejbri (50’). Ces velléités sporadiques demeurent toutefois timides et peu appuyées pour menacer un adversaire confiant. Tounekti, esseulé, ne parvenait pas à optimiser les rares balles qui lui sont destinées. Son remplacement par Chaouat à la 65ème minute s’imposait mais le résultat est dans l’autre camp : une distraction de la défense permet à Ito de tromper Dahmen de près (69’). Le clavaire ressuscite le scénario suédois et rend Renard complétement anxieux durant plus de vingt interminables minutes. Et rien dans l’attitude des joueurs ne traduisit une volonté de se révolter, faute sans doute d’atouts. La mobilité des Japonais était même source de préoccupation. Un énième déchet technique faillit même alourdir la note (82’), mais ce n’était que partie remise avec un remake qui permet à Ueda de tromper d’une tête lobée l’infortunée Dahmen (83’). Faute de capacité dans la transition, l’équipe tourna en rond jusqu’au coup de sifflet final vécu comme une délivrance.
Ce millième match de la Coupe du monde, avec Infantino comme témoin de marque, ne constituera donc pas un souvenir agréable pour les Tunisiens. Avec ou sans Lamouchi, et même avec un prétendu renard appelé Hervé Renard, l’équipe a le même potentiel. Et le prochain rendez-vous face aux Pays-Bas à Kansas City se présente comme celui de la restauration si possible de l'image du football tunisien.
Déjà éliminée, l'équipe de Tunisie doit donc mobiliser tous ses moyens face à l'un des prétendants au titre, à la lumière de sa démonstration face à la Suède quelques heures plus tôt. Pour Hervé Renard, ce sera un challenge de plus dans son aventure inespérée, voire insensée.
Un dossier complet qui vous servira de guide, à télécharger.
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