News - 08.07.2026

Haykel Ben Mahfoudh: Slim Laghmani, un juriste libre, exigeant

Haykel Ben Mahfoudh: Slim Laghmani, un juriste libre, exigeant

C'est avec une émotion toute particulière que je m'associe, malgré la distance, à cette cérémonie pour adresser au Professeur Slim Laghmani mes plus sincères et chaleureuses félicitations à l'occasion de son élection comme juge au Tribunal international du droit de la mer.

Cette élection est naturellement la reconnaissance d'un parcours universitaire et scientifique exceptionnel, marqué par l'excellence, la rigueur et un engagement constant au service du droit international, mais aussi d'une certaine idée du droit, éclairée par la raison. Mais elle est surtout, à mes yeux, le commencement d'une nouvelle mission. Elle ouvre un nouveau chapitre à un moment où les juridictions internationales sont appelées à exercer leur mandat dans un contexte particulièrement exigeant.

J'ai toujours pensé que la fonction de juge est l'une des responsabilités les plus difficiles – pour ne pas dire dangereueses - qui soient. Elle impose de décider lorsque d'autres hésitent, de dire le droit lorsque les passions cherchent à l'emporter et de préserver son indépendance lorsque les pressions s'exercent. Être juge international aujourd'hui exige sans doute davantage encore: il faut savoir demeurer fidèle au droit dans un monde où celui-ci est de plus en plus contesté, où les institutions judiciaires internationales sont parfois remises en cause et où les juges eux-mêmes peuvent devenir la cible de critiques, de pressions ou de mesures de coercition. C'est précisément dans ces moments que la force d'une juridiction réside dans l'intégrité, le courage et la sérénité de celles et ceux qui la composent.

Pour cette raison, cette élection me paraît confier à Slim Laghmani une responsabilité à la mesure de ce qu'il a toujours été : un juriste libre, exigeant, profondément attaché au droit et peu enclin à rechercher la lumière autrement que par la force des idées.

Pour moi, cette élection revêt une signification toute particulière.

J'ai eu l'immense privilège de préparer, sous la direction de Slim Laghmani, la première thèse qu'il a encadrée. C'est un souvenir auquel nous sommes, je crois, tous les deux restés attachés. Comme tant de ses anciens étudiants, j'ai trouvé auprès de lui bien davantage qu'un directeur de recherche. J'y ai rencontré un maître, au sens le plus noble du terme: exigeant, rigoureux et attentif sans jamais être complaisant. Il m'a transmis une certaine idée de l'universitaire, faite de liberté intellectuelle, de méthode, d'humilité et de fidélité à la vérité scientifique.

La vie universitaire nous a ensuite conduits à poursuivre ce chemin. J'ai eu l'honneur de lui succéder à la direction du laboratoire de recherche qu'il avait fondé et développé. Cette responsabilité m'a permis de comprendre qu'une véritable école juridique ne se mesure pas seulement à ses publications ni aux fonctions occupées par ceux qui la composent. Elle se reconnaît à sa capacité de former, d'inspirer et de transmettre une manière de penser le droit, une exigence intellectuelle et un sens des responsabilités qui se prolongent bien au-delà des générations.

Si la vie a voulu que mon ancien directeur de thèse et son premier doctorant soient aujourd'hui appelés à servir, chacun dans sa juridiction, la justice internationale, j'y vois également le prolongement d'une même conception du droit et d'une même confiance dans la justice internationale. Cette confiance est sans doute le plus bel héritage qu'un professeur puisse transmettre à ses étudiants.

Cette élection est également une immense fierté pour notre Faculté, pour notre laboratoire de recherche et pour l'université tunisienne. Elle rappelle que nos universités ont vocation non seulement à produire le savoir, mais aussi à former des femmes et des hommes appelés à servir les institutions internationales et l'État de droit.

Les processus d'élection à ces hautes fonctions sont parmi les plus exigeants qui soient. Ils récompensent des années de travail, de recherche, d'engagement et de crédibilité internationale. C'est précisément cette exigence qui rend de tels parcours si inspirants pour les générations qui nous suivent.
J'aime croire que notre Faculté continue à former des juristes appelés à porter, chacun à sa manière, une voix au service de la paix et de la justice. Et puisse-t-elle voir, demain, un autre troisième — ou une autre troisième — collègue rejoindre à son tour une juridiction internationale, pourquoi pas la Cour internationale de Justice.

Cher Slim,

Ou, comme j'aime affectueusement t'appeler depuis tant d'années, Sidi Slim.

Aujourd'hui, je ne te félicite pas seulement pour l'honneur qui t'est fait. Je te félicite surtout pour la mission que tu acceptes d'assumer à un moment où servir la justice internationale exige plus de courage, plus d'indépendance et plus de fidélité au droit que jamais.

Je suis heureux de savoir qu'une nouvelle voix, nourrie de cette même liberté d'esprit, de cette même intégrité et de cette même exigence intellectuelle, viendra désormais enrichir le dialogue des juges internationaux.

Avec mon profond respect, ma reconnaissance et ma très fidèle amitié.

Haykel Ben Mahfoudh
La Haye, le 7 juillet 2026

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