News - 14.01.2018

Raoudha Laabidi : L’urgence d’un plan tunisien de lutte contre la traite des êtres humains

Raoudha Laabidi: L’urgence d’un plan national

A peine naissante, la toute nouvelle Instance nationale de lutte contre la traite des personnes ne compte que quelques mois d’activité depuis sa création en février dernier. Placée sous la tutelle du ministère de la Justice, elle est présidée par une magistrate chevronnée, Mme Raoudha Laabidi. Malgré la modestie des moyens qui lui sont jusque-là alloués, elle commence à se mettre en place et déployer ses activités. Grande urgence, l’élaboration d’un plan national intégré.

Quelle est l’ampleur de ce phénomène ?

La traite des êtres humains, acte criminel et violation des droits de l’homme mondialement répandus, constitue la troisième activité illégale la plus lucrative après le commerce de la drogue et des armes. Elle risque même de passer en deuxième position de par son importance et les fonds illicites qu’elle génère. Des millions de personnes sont victimes de ce crime chaque année (21 millions) et ce fléau touche tous les pays au niveau interne et transnational. La Tunisie n’y échappe pas comme un pays source, pays de transition et de destination pour la traite des êtres humains.

Quels sont les moyens de lutte dont nous disposons aujourd’hui ?

La loi organique adoptée par la Tunisie en 2016 est très aboutie, et conforme aux normes internationales minimales en matière de lutte contre la traite. Elle est construite autour de la prévention, la protection des victimes et criminalise la traite tout en fournissant aux autorités les mesures et les mécanismes nécessaires pour enquêter, poursuivre et juger les affaires de traite des personnes. Mais cette loi est encore récente et peu connue. L’Instance nationale de lutte contre la traite s’est donc attelée depuis sa création en février 2017 à former les fonctionnaires, les juristes, les agents de la police judiciaire, de la sécurité nationale, les juristes, les médias et la société civile, en leur expliquant la loi, ses champs d’action et ses buts. Ce travail s’effectue dans des conditions particulières, en l’absence de local pour l’instance.

Quels sont vos moyens d’intervention?

L’Instance a pour rôle de concevoir les stratégies d’action nationale pour la lutte contre la traite, de coordonner les actions de tous les intervenants, de former, de sensibiliser ainsi que d’assurer l’aide et l’assistance aux victimes. Pour cela, il est nécessaire de procéder à la collecte d’informations afin de créer une base de données et d’établir des statistiques qui guident les politiques à mettre en œuvre. Le caractère dissimulé de la traite ne permet que des estimations approximatives en l’absence d’enquête. La principale entrave reste pour le moment un local pour l’instance qui permettra de mettre en place un numéro vert, pour recevoir les signalements et les alertes, ainsi que pour accueillir les victimes et permettre à l’Instance de se réunir pour suivre l’application de la stratégie et le plan d’action.

Quel rôle joue l’Instance dans la lutte contre la traite transnationale?

L’Instance est un organisme de coordination qui de par sa composition avec des représentants de chaque ministère ainsi que des médias et des ONG et des droits de l’Homme rend le travail efficace et plus rapide, ce qui est un grand avantage dans les situations d’urgence. Malgré les difficultés, l’absence de local, de numéro vert, nous sommes déjà venus en aide à toutes les victimes signalées à l’Instance, en coopération avec nos partenaires (associations et ONG), et avons prodigué les soins médicaux nécessaires, reloger et assister sur le plan juridique et financier certaines victimes de traite.

Le ministère des Affaires sociales s’investit dans la construction de centres pour personnes vulnérables, le ministère de la Santé prend en charge les soins médicaux, le ministère de la Justice assure le conseil juridique et la protection des victimes. Une brigade a été créée au sein du ministère de l’Intérieur, spécialisée en matière de traite, et nous continuons à former les agents, et dans tous les cas, chacun de nous et toutes nos institutions sont concernés par la lutte contre la traite des personnes et sont tenus d’assurer leur rôle dans ce combat. L’étape suivante est primordiale, celle de l’élaboration et de la mise en place d’un Plan d’action national, avec un ensemble complet de mesures visant à prévenir la traite, à identifier, assister et protéger les victimes et poursuivre les trafiquants, lancer les campagnes d’information et de sensibilisation et  élaborer des programmes éducatifs à l’intention des jeunes pour lutter contre toutes les discriminations.

Raoudha Laabidi: Présidente de l’Instance nationale de lutte contre la traite des personnes.

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