Le musée romain et paléochrétien de Carthage-Dermech
Petit de taille, précieux de par ses pièces, attractif et didactique, le musée romain et paléochrétien de Carthage, qui vient de rouvrir ses portes le 3 décembre dernier, recèle de véritables trésors. Bénéficiant d’une judicieuse rénovation dans une scénographie épurée et un choix sélectif des pièces présentées, il offre une visite instructive. Son mérite est de mettre en valeur des éléments précieux de notre patrimoine mais aussi et surtout de suggérer le mode de vie, les usages et les croyances à cette époque.
En empruntant la grande avenue qui mène de Sidi Bou Saïd jusqu’à La Goulette, il suffit de longer le centre commercial et culturel de Carthage Dermech pour retrouver ce grand parc soigneusement clôturé et aménagé au milieu duquel se trouve le musée. Sa rénovation, comme celle de six autres musées, initiée depuis quelques années par l’Institut national du patrimoine (INP), a été soutenue avec attention par le nouveau directeur général de l’Institut et ses équipes et aura coûté près de 600.000 D. Ce qui est impressionnant, c’est la qualité de la présentation. Dans cet espace réduit qui a été repensé pour une circulation fluide, chaque vitrine a été conçue avec soin, sélectionnant des pièces particulièrement intéressantes, installées avec délicatesse, et accompagnées chacune par un texte très précis. Des experts en la matière ont en effet mis tout leur savoir-faire pour accomplir ce choix et veiller aux détails.
Les mosaïques sont magnifiques. Les fragments de quatre auriges grecs sont uniques. Pièce maîtresse, la statue de Ganymède, ce jeune berger enlevé par Zeus, est très prisée. Sculptée en marbre vitrifié, d'une hauteur de 49 cm, elle avait été volée au musée même de Carthage Dermech dans la nuit du 9 novembre 2013. Sa récupération était inespérée, mais grâce à sa ténacité, la division de protection des pièces archéologiques et œuvres d’art de la Police judiciaire parviendra à mettre la main sur un receleur le 26 janvier 2017. Elle sera remise le 6 février 2017 par le ministre de l’Intérieur, Hédi Mejdoub, à son collègue de la Culture, Mohamed Zine El Abidine, avant d’être acheminée, sous haute protection, à l’INP. Sa valeur à l’époque était estimée à 10 millions de dinars.
Le visiteur sera dans l’émerveillement. Des tablettes interactives mises à disposition l’aident à décrypter l’origine et la signification de chaque pièce. On réalise alors l’ampleur du savoir historique partagé et de l’effort muséographique déployé. On comprend surtout que le véritable trésor de l’Institut à travers ses collections, ses réserves et ses musées, est servi par des équipes compétentes. Pour la rénovation du musée romain et paléochrétien de Carthage Dermech, un quatuor d’excellence sera mobilisé. Il est formé de Siwar Chaabani, conservatrice, Sihem Aloui, ancienne conservatrice, Néjib Ben Lazreg, chercheur et expert international de renom, et John Humphrey, universitaire américain qui a longtemps travaillé sur les fouilles dans le site et apporté une précieuse contribution personnelle à la réalisation du projet. Le haut niveau académique des membres de l’équipe, leur expertise opérationnelle et leur synergie ont largement contribué à l’aboutissement réussi du projet.
L’appui de l’Institut et l’engagement de l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle, dirigée par Rabiaa Belfghira, seront constants. Ravie de procéder à la réouverture du musée, la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, n’a pas manqué de multiplier félicitations et encouragements.
A visiter absolument.