Le septième centenaire de la naissance d’Ibn Khaldoun: Le premier du mois de ramadan 732 de l’hégire
2010-08-22
Ibn khaldoun un nom aurifère qui ne se rouille jamais, mais qui, en revanche, demande continuellement du lustrage pour que sa rutilance brille encore et encore. Depuis cinq ans, en 2006, s’est vu naître une vague de célébrations quasi universelle pour le sixième centenaire de sa mort au Caire et son inhumation au cimetière des soufis ; en 2011 il sera célébré le septième centenaire de sa naissance à Tunis dans le quartier des Andalous, à la médina, près de la mosquée Zitouna.
A-t-il vécu 95 ans pour que notre calcul soit exact ?
Non, il n’a vécu que 76 ans selon le calendrier musulman hégirien, et seulement 74 ans selon le calendrier occidental grégorien. Ce quiproquo s’explique de la manière suivante : l’année lunaire utilisée dans le calendrier hégirien est courte de 11 jours par rapport à l’année solaire employée dans le calendrier grégorien. En réalité, 33 années lunaires valent 32 années solaires, et l’accumulation de ce décalage sur 700 ans engendre un écart de presque 20 ans, cela explique pourquoi Ibn khaldoun n’a pas vécu 95 ans. Il est né le premier ramadan de l’an 732 hégirien équivalant le 27 mai 1332, mort le 26 ramadan 808 équivalant le 17 mars 1406.
Après 5 ans des festivités quasi planétaires qui ont marqué le sixième centenaire de sa mort, quel intérêt pour célébrer le septième centenaire de sa naissance ?
En réalité, deux motifs s’imposent.
Primo, parce que l’occasion est rare, et ne se renouvelle qu’une fois par siècle ; alors que la répétition de ce genre de festivités représente une belle opportunité pour raviver l’aura dont il jouit à l’échelle internationale, et pour donner l’occasion aux jeunes générations la possibilité d’être fières d’un ancien « compatriote », fils de la Tunisie, génie universellement reconnu. Ces solennités bien choisies ne font qu’ancrer les solides balises sociétales participant à l’immunisation de la communauté contre les maux identitaires. Les commémorations bien accommodées protocolairement, bien mises en relief (au minimum le décrassage de sa statue trônant avenue Bourguiba, la restauration - à la manière des demeures hafsides - de la maison dite appartenant à sa famille sise rue Torbet el Bey, la distinction des sépulcres de ses sœurs, l’organisation de colloques internationaux traitant et de sa vie et de ses œuvres…), et bien exploitées fonctionnellement via une relecture du socle historique tunisien ; tout cela ne peut que participer à procurer à la société tunisienne une certaine densité morale, dans le sens de lui inculquer une forte personnalité collective, et de lui montrer, sans narcissisme ou chauvinisme, sa singularité dans son milieu géographique. La relecture en continu de la mémoire collective est à la fois une obligation et une responsabilité.
Secundo, ces célébrations devront être l’occasion de faire le point sur les commémorations de 2006 pour éviter leurs carences, tout aussi pour faire resurgir leurs réussites, qui, le cas échant, en seront préservées. Elles furent presque internationales, ce fut l’occasion pour beaucoup de pays d’essayer de grignoter pour eux même une part du capital symbolique du nom Ibn Khaldoun. Dans ce contexte, énormément d’institutions universitaires à l’échelle internationale ont organisé, à propos de notre illustre personnage, des colloques, séminaires, conférences…; où ont été, dans l’empressement, conviés, pèle mêle, des chercheurs chevronnés et d’autres novices en la matière. Certaines institutions ont commencé à publier les actes des colloques qu’ils ont organisés. Hélas, interrogeant leurs contenus, il s’avère que seulement quelques uns sont d’un excellent niveau, la majorité y sont d’un niveau très moyen, alors que d’autres frôlent le stade du navet. Articles écrits dans la précipitation, dans le contexte d’un tsunami de confabulation à propos d’Ibn khaldoun, leurs auteurs n’ont pu atterrir que dans des déserts scientifiques. Ceux la, penserais-je ne vont plus renouveler cet impair ; c’est vers cette minorité de chercheurs se prévalant d’une maitrise sans faille des méthodes d’investigations scientifiques les plus poussés, doublés d’une excellente connaissance des écrits d’Ibn khaldoun et des écrits faits autour de lui, qu’il faut se tourner pour les inviter aux colloques du septième centenaire. Il est impératif, maintenant de concevoir un réel élan de recherche sur Ibn Khaldoun dans le cadre de la rareté créatrice, plutôt que dans l’espace de la vaine logorrhée.
L’engagement de la Tunisie à être la première à étrenner les préparatifs, une année à l’avance, des festivités de la naissance de son illustre personnage représente une opportunité renouvelée pour réorienter vers elle les regards internationaux dans le cadre d’un heureux large happening. Et comme en 2006 où elle s’était révélée comme le pays le plus actif qui a commémoré le sixième centenaire de la mort d’Ibn Khaldoun ; idem, elle peut l’être pour les célébrations du septième centenaire de sa naissance, singulièrement qu’elle à réussi toutes les manifestations diverses à caractère régional ou international qu’elle a organisées. De surcroit, ce serait pour elle l’occasion d’être fidèle à son célèbre fils, qui nonobstant ses virées en Occident maghrébin et en Orient où il mourut, lui demeura indéfectiblement attaché ; elle seule, il l’a considérée comme étant sa patrie.
Ali Bouaziz
Directeur du site Ibn Khaldoun- site des études khaldouniennes
www.exhauss-ibnkhaldoun.com.tn
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