News - 10.02.2019

32 ème Sommet de l'Union africaine : Le rapport du president de la Commission de l'UA, Salah Faki Mahamat

Tout sur le 32ème sommet de l'Union africaine qui s'ouvre ce dimanche à Addis-Abéba

Addis-Abeba - De l'envoyé spécial de Leaders, Taoufik Habaieb. ''De nombreux problèmes persistent, reconnaît le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamet. Dans son rapport présenté aux chefs d'Etat et de gouvernement des Etats membres réunis lors du 32ème Sommet, dimanche à Addis Abeba, il souligne que les conflits et la violence demeurent une réalité qui affecte la vie de larges couches de la population africaine. Les processus de démocratisation et la promotion de la bonne gouvernance sont encore semés d’embûches. La pauvreté et la misère sont le lot quotidien de centaines de millions de personnes, même si le continent est doté de richesses et de talents. La voix de l’Afrique sur la scène internationale n’est pas encore suffisamment prise en compte, même si le continent représente plus du quart des membres de l’ONU. Comme je l’ai observé au sommet de Nouakchott en juillet dernier, notre Union se trouve maintenant à un moment critique où nous devons améliorer la mise en oeuvre rapide, efficace et en opportun de toutes les décisions prises jusqu’à présent sur les divers problèmes et défis.''

Extraits d'un rapport instructif.

 

B. Renforcement du panafricanisme

i) Centenaire du premier congrès panafricain et en l’honneur de L’Empereur Haile Sélassié

L’année 2019 marquera le centenaire du premier Congrès panafricain organisé à Paris du 19 au 21 février 1919 par des personnes d’ascendance africaine. Le Sommet de février 2019 sera marqué par l’inauguration d’une Statue en l’honneur de l’Empereur Hailé Sélassié d’Éthiopie. L’empereur Hailé Sélassié a été l’un des pères fondateurs de l’OUA. Par son sens politique et son pragmatisme, il a comblé le fossé qui existait à l’époque entre les deux points de vue divergents - les blocs de Casablanca et de Monrovia - et a contribué à réunir les dirigeants africains à Addis-Abeba en 1963 pour réaliser l’objectif de tous les panafricanistes – la création de l’Organisation de l’Unité africaine en mai 1963.

ii) Commémoration du Centenaire de Mandela

iii) Encyclopaedia Africana

Depuis 2016, la Commission a pris des mesures pour revitaliser le projet Encyclopaedia Africana, en organisant, à cette fin, des réunions techniques consultatives en partenariat avec son Secrétariat à Accra. La Commission a également élaboré un cadre technique pour la publication de la 4e édition de l’Encyclopaedia Africana, qui inclura les contributions et les influences africaines sur le monde extérieur, notamment en médecine, en architecture et en éducation. La compilation et l’édition de la 4e édition a nécessité la reconstitution du Comité scientifique du projet, qui a reçu le soutien du Centre d’études linguistiques et historiques de l’UA (CELHTO) basé à Niamey (Niger), et de l’équipe Histoire générale de l’Afrique de l’UNESCO. La Commission s’est également engagée à rétablir la sensibilisation et la visibilité du projet Encyclopaedia Africana auprès des États membres. Le lancement de la 4e édition est prévu en 2023.

iv) L’industrie cinématographique africaine en tant qu’agent de l’intégration culturelle et de la Charte de la Renaissance africaine

32. 2019 marquera le jubilé d’or de la fondation du festival qui deviendra plus tard le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO), le plus important événement cinématographique et culturel du continent africain. Le FESPACO a été lancé en 1969 en tant qu’initiative privée mais est devenue plus tard un événement biennal financé par l’État. 

 

C. Mise en œuvre globale de l’agenda 2063

D. Réforme de l’Union

Promouvoir le programme de réformes reste l’une des priorités essentielles de notre Union. Je suis heureux d’annoncer que des progrès significatifs ont été accomplis depuis le Sommet de Nouakchott, qui a adopté une amélioration du processus budgétaire. Le budget de l’Union pour 2019 a été réduit de 12 % par rapport au budget de 2018, grâce à un processus plus rigoureux de préparation et de contrôle budgétaire.

E. Agenda d’intégration et de développement

i) Performance économique de l’Afrique en 2018 et perspectives pour 2019

La croissance de l’Afrique doit connaître une accélération en 2019, suite à une faible performance en 2018. La croissance de l’Afrique a augmenté de 3,2 % en 2018, ce qui est en légère baisse par rapport à 3,4 % en 2017. Certaines des plus grandes économies du continent connaissent une reprise, grâce à la hausse de la consommation privée, mais la croissance reste, toutefois, faible. Les pays ne disposant pas de richesses naturelles ont connu une croissance forte, grâce notamment à de lourds investissements publics dans les infrastructures.

Toutefois, le taux de croissance actuel de l’Afrique ne lui permet pas de réaliser ni les objectifs de l’Agenda 2063, de l’Agenda 2030 ni les Objectifs de développement durable (ODD). Il s’avère donc nécessaire de stimuler la croissance grâce à l’accroissement des investissements, qui représentent actuellement 25 % du produit intérieur brut (PIB), un chiffre nettement inférieur à celui des économies d’Asie de l’Est et du Pacifique. En conséquence, il est nécessaire donc pour l’Afrique d’accélérer la croissance à deux chiffres entre 2019 et 2030, en rehaussant le niveau d’investissement, et en améliorant, de manière substantielle, la productivité. La croissance de la productivité reste faible par rapport au reste du monde et aux niveaux nécessaires pour que les économies africaines puissent accélérer la diversification économique et améliorer leur compétitivité sur le marché mondial. Les États membres doivent également mener des réformes susceptibles de contribuer au renforcement de la résilience, d’accroître la croissance potentielle et l’inclusivité, et de s’acheminer vers la réalisation des objectifs de l’Agenda 2063.

La croissance du PIB réel de l’Afrique doit augmenter de manière marginale, passant de 3,2 % en 2018 à 3,4 % en 2019. Ces prévisions seront principalement motivées par l’accroissement continu de la consommation privée, l’augmentation des investissements publics viables, la hausse des prix des produits de base, l’exploration en cours et la production de pétrole et les conditions météorologiques favorables attendues. Toutefois, nombre d’économies africaines doivent faire face à des risques de baisse de la croissance, en raison d’une multitude de facteurs.

68. Étant donné que la plupart des pays africains qui importent des produits manufacturés et des produits agricoles de l’extérieur du continent, et que les machines et les équipements de transport occupent une plus grande partie du commerce intra-africain, il est nécessaire de poursuivre la diversification et la transformation structurelle afin de mieux soutenir l’industrialisation de l’Afrique.

ii) Zone de libre-échange continentale africaine

Il a été enregistré des évolutions positives concernant les perspectives de la création de la ZLECAf par l’Union africaine, depuis la signature de l’accord de la ZLECAf, à Kigali, en mars 2018. Je suis heureux d’annoncer qu’’à ce jour, quarante-neuf (49) États membres ont signé cet Accord. Seize (16) États membres ont ratifié l’Accord, alors que seulement neuf (9) pays, notamment le Tchad, la Côte d’Ivoire, ESwatini, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Niger, le Rwanda et l’Ouganda ont formellement déposé leurs instruments de ratification. J’exhorte les six autres pays qui n’ont pas encore signé l’Accord de la ZLECAf, à savoir le Bénin, le Botswana, l’Érythrée, la Guinée-Bissau, le Nigéria et la Zambie, à le faire dans les meilleurs délais, afin d’assurer la mise en oeuvre de ce projet phare. J’exhorte également tous les États membres qui n’ont pas encore ratifié cet instrument mais qui sont sur le point de le ratifier à le faire le plus tôt possible. 

L’Union peut déjà commencer à profiter pleinement des avantages de la ZLECAf, comme en témoigne le vif intérêt qu’a manifesté le secteur privé africain, notamment concernant l’organisation de la première foire commerciale intra-africaine, au Caire, en décembre 2018, qui a montré l’énorme potentiel sur le continent, pour que nous puissions bâtir une prospérité commune. Cet événement a connu beaucoup de succès, avec la participation de plus de 1 000 exposants venus de 44 États membres, lesquels ont conclu des accords dépassant 30 milliards de dollars américains. Je félicite l’Égypte pour toutes les dispositions qui ont été prises pour assurer le succès de cet événement. Je félicite le Rwanda pour avoir remporté l’organisation concurrentielle de la prochaine foire commerciale intra-africaine.

iii) Marché unique du transport aérien en Afrique

Des progrès continuent d’être accomplis, dans le cadre de la mise en oeuvre de la feuille de route des activités du Groupe de travail ministériel chargé de la création du marché unique du transport aérien en Afrique (MUTAA).. Elle contient en effet : i) le plaidoyer pour davantage de nombre d’États afin d’adhérer au MUTAA; ii) la mise en oeuvre de mesures immédiates par les parties du MUTAA pour honorer leur engagement solennel; iii) la finalisation et l’adoption des textes réglementaires de la décision de Yamoussoukro; iv) la mobilisation des ressources en faveur de l’Agence d’exécution (la Commission africaine de l’aviation civile (CAFAC); v) l’élaboration d’un mémorandum de coopération entre les CER et la CAFAC, portant sur le fonctionnement du MUTAA; vi) la mobilisation de l’assistance technique en faveur des États membres pour la mise en oeuvre des objectifs fixés à Abuja en matière de sécurité; et vii) l’élaboration des directives de politique extérieure comprenant des clauses contraignantes sur la négociation d’accords relatifs aux services aériens avec des pays et régions non africains.

iv) Libre circulation des personnes et le Passeport africain

Des efforts continuent d’être déployés dans le cadre de la libre circulation des citoyens africains à l’intérieur du continent. À ce jour, trente-deux (32) les États membres ont signé le Protocole au traité instituant la Communauté économique africaine relatif à la libre circulation des personnes, au droit de séjour et au droit d’établissement. Malheureusement, le Rwanda est, à ce jour, le seul pays à avoir ratifié ce Protocole. Dans le cadre de la campagne de ratification, la Commission a initié des consultations avec deux des CER ayant fait des progrès substantiels dans ce domaine, en l’occurrence la communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), en les encourageant à sensibiliser leurs membres à la nécessité de ratifier et de mettre en oeuvre ledit Protocole. Au même moment, des efforts continueront d’être consentis afin de sensibiliser les autres CER. Il est important de noter que les ratifications par les vingt-et-un (21) membres de la CAE et de la CEDEAO permettront d’assurer l’entrée en vigueur du Protocole, qui ne requiert, en effet, que quinze (15) ratifications.

Des progrès similaires ont été accomplis concernant le passeport africain. Les responsables des services d’immigration des États membres ont finalisé les directives sur la conception, la production et la délivrance du passeport africain au cours d’une réunion qui s’est tenue à Nairobi (Kenya), en mars 2018. Ces directives ont été adoptées par la réunion du Comité technique spécialisé sur les migrations, les réfugiés, les rapatriés et les personnes déplacées internes, qui a eu lieu à Malabo (Guinée Equatoriale) en octobre/novembre2018. Ces directives seront soumises à l’examen des organes politiques, à l’occasion du prochain Sommet. Une fois adoptées, ces directives devront préparer la voie à la délivrance du passeport africain par les États membres.

v) Économie numérique

Si certains États membres ont enregistré des progrès dans le développement de systèmes d’identification numérique (IN) comme base de l’identité légale et pour la participation à l’économie numérique, la grande majorité ne l’a pas fait. En conséquence, l’Afrique, dans son ensemble, est toujours à la traîne par rapport au reste du monde pour ce qui est de tirer parti des avantages de l’identification numérique. À cet égard, et notant avec préoccupation que moins de 20 % des Africains sont connectés, que la majorité de ceux qui ne le sont pas se trouvent dans les zones rurales, notamment les femmes et les personnes démunies, et que le coût moyen des lignes fixes et de l’Internet mobile dépasse 50 % du revenu moyen par habitant, la Conférence de l’Union, à sa session ordinaire de janvier 2018, a adopté la Déclaration Assembly/AU/Decl.3 (XXX) sur la gouvernance de l’Internet et le développement de l’économie numérique en Afrique afin de garantir la mise en place d’environnements juridiques et réglementaires qui permettront la croissance de l’économie numérique en Afrique grâce à des applications et services innovants, plaçant l’Internet au coeur du programme de développement de l’Afrique.

L’Afrique est prête à amorcer une transformation numérique qui pourrait changer la trajectoire du continent et fournir des emplois indispensables aux millions de jeunes qui entrent sur le marché du travail chaque année. L’économie numérique connaît une forte croissance, une innovation rapide et une application étendue à d’autres secteurs économiques. Elle devient de plus en plus un moteur important de la croissance économique mondiale et joue un rôle important dans l’accélération du développement économique, l’amélioration de la productivité, la création de nouveaux marchés et industries et la réalisation d’une croissance inclusive et durable. Pour soutenir cette tendance, et pour donner suite aux déclarations et décisions susmentionnées, j’ai l’intention de prendre un certain nombre de mesures pour faire en sorte que la Commission joue pleinement le rôle qu’on attend d’elle, notamment en appuyant le dialogue et en sensibilisant les États membres afin de faciliter la mise en oeuvre des engagements pris par les organes directeurs en matière de cybersécurité et de développement numérique.

vi) Sécurité des aliments et accueil de la première Conférence internationale UA/FAO/OMS sur la sécurité des aliments

L’Afrique est confrontée à nombre de défis dans les domaines de la sécurité sanitaire des aliments et souligné le travail entrepris par la Commission pour assurer la sécurité des aliments en Afrique au profit des consommateurs africains. Il convient de rappeler que les aliments dangereux sont répandus dans la majorité des pays du monde et causent de nombreuses maladies et décès chaque année. Cependant, le continent africain est affecté de manière disproportionnée par les défis en matière de sécurité sanitaire des aliments. Le nombre de maladies et de décès d’origine alimentaire est l’un des plus élevés au monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 91 millions de personnes en Afrique tombent malades chaque année en raison de maladies d’origine alimentaire et 137 000 décèdent de la même cause, ce qui représente un tiers du nombre total de décès dus aux maladies d’origine alimentaire.

En outre, l’UA accueillera une Conférence internationale sur la sécurité des aliments à Addis-Abeba, les 12 et 13 février 2019, en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C

vii) Éradication de la mouche tsé-tsé en Afrique

Suite à la formation dispensée par la Campagne de l’UA pour l’éradication de la tsé-tsé et de trypanosomiase (PATTEC), le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Mali, le Nigeria, l’Ouganda, le Sénégal, la Zambie et le Zimbabwe ont développé des capacités techniques adéquates pour renforcer les progrès enregistrés dans les zones où la charge de la trypanosomiase a été réduite et lancer des projets dans de nouvelles zones. En outre, la Tanzanie (mars 2018), le Mozambique (avril 2018), ainsi que la CEDEAO (mai 2018), la région de l’Afrique de l’Est (août 2018) et les États membres de la SADC (décembre 2018) ont reçu une formation sur l’application du système d’information géographique libre, une technologie moderne qui facilite l’identification, la planification, l’exécution et le suivi des programmes de lutte contre la trypanosomiase et la tsé-tsé.

viii) Initiative du bassin du Lac Tchad

Le Lac Tchad était autrefois le 6e plus grand lac du monde et une source majeure de subsistance pour des millions de personnes vivant dans tout son bassin. Cependant, depuis peu, le niveau d’eau du Lac Tchad a baissé de 90 % par rapport aux années 1960 et sa superficie s’est considérablement réduite. Ces développements sont principalement dus à un changement climatique et à des facteurs anthropiques qui ont conduit à la réduction de l’afflux des principales rivières qui alimentent le lac. Le déclin marqué s’est produit entre 1973 et 1984. L’analyse spatiale a démontré que, depuis 1973, 14 695 km2 d’eau de surface ont été réduits à 1 641 km2 en 1984. La baisse a atteint 1 389 km2 en 2001 et s’est légèrement redressée en 2018 pour atteindre 1 691 km2.

À cet égard, je propose que la reconstitution du Lac Tchad figure parmi les projets phares de l’Agenda 2063, pour lui donner la visibilité nécessaire et faciliter la mobilisation des ressources nécessaires à sa mise en oeuvre. Je demande aux gouvernements des pays de la région du Lac Tchad, aux autres pays africains et à la communauté internationale dans son ensemble de prendre des mesures décisives pour sauver le Lac Tchad, parallèlement aux autres initiatives en cours pour relever les défis en matière de sécurité, d’aide humanitaire et de développement dans la région. Il est impératif de mener une action globale et coordonnée pour aider à rétablir les moyens de subsistance de millions de personnes dans cette région, favoriser l’intégration et le développement régionaux et offrir une solution durable à la crise du Bassin du Lac Tchad dans son ensemble.

ix) Flux financiers illicites

Pour améliorer la mobilisation des ressources intérieures, les dirigeants africains étaient convenus de s’attaquer d’urgence au problème crucial des flux financiers illicites en provenance d’Afrique. Les flux financiers illicites pèsent en effet sur les ressources africaines, y compris les recettes fiscales, et entravent les économies nécessaires pour répondre aux besoins de développement. Ils sont le fruit de l’évasion fiscale et du blanchiment de transactions commerciales, d’activités criminelles, du vol de ressources publiques, de la corruption et d’autres formes de corruption.

Les flux financiers illicites en provenance du continent africain sont un problème africain avec une solution mondiale. Cette question ne peut être véritablement abordée que si les États membres réagissent de manière plus coordonnée. Je compte sur l’engagement constant des organes délibérants et sur la coopération accrue de la communauté internationale dans son ensemble.

F. Programme de la gouvernance, de la démocratie et de la paix

i) Rationaliser les organes judiciaires de l’Union

ii) Enraciner les valeurs démocratiques et les élections en Afrique

iii) S’appuyer sur les anciens chefs d’État et de gouvernement africains

Les anciens chefs d’État et de gouvernement africains constituent une ressource importante facilement accessible pour aider à la réalisation de l’Agenda 2063. Compte tenu de l’énorme richesse de leur expérience, de leur expertise et de leur pedigree mondial, je suis convaincu que leur sagesse individuelle et collective devrait être mise plus systématiquement au service de l’Union, à l’appui de son programme de transformation. Je suis également conscient que la majorité des anciens chefs d’État et de gouvernement sont disposés à contribuer aux efforts en cours et les compléter aux niveaux régional et continental. Il est également encourageant de constater qu’ils se sont également organisés dans le cadre du Forum africain des chefs d’État et de gouvernement de 2008, dont le siège est à Pretoria en Afrique du Sud.

iv) Faire taire les armes

Bien qu’il y ait eu des développements significatifs dans la mise en oeuvre du projet phare sur la réduction au silence des armes d’ici 2020, il y a encore beaucoup à faire. En effet, des conflits et des crises armés persistent dans certaines parties du continent, certains processus de paix sont bloqués ou en veilleuse depuis des décennies, et de nouvelles menaces apparaissent dans différentes parties de l’Afrique. Pendant ce temps, des pays dont on a immédiatement constaté - avec beaucoup d’espoir - qu’ils étaient sortis d’un conflit ont rechuté dans l’abîme de la violence. Dans l’ensemble, l’évolution de la situation dans le domaine de la paix et de la sécurité sur le continent demeure décourageante, comme en témoignent les rapports semestriels du Conseil de paix et de sécurité (CPS) présentés à la Conférence de l’UA sur ses activités et la Situation en Afrique en matière de paix et de sécurité.

v) Gagner la lutte contre la corruption: une voie durable vers la transformation de l’Afrique

Le défi de la corruption et des flux financiers illicites dans le cadre du programme de transformation de l’Union est monumental. Sans l’élimination de la corruption et des flux financiers illicites, l’exécution du premier Plan décennal de mise en oeuvre de l’Agenda 2063 ne sera pas réalisée. C’est cette réalité qui a contraint les dirigeants africains à dédier 2018 à la lutte contre la corruption sous le thème : Gagner la lutte contre la corruption: une voie durable pour la transformation de l’Afrique. L’année 2018 a été historique dans la lutte contre la corruption pour deux raisons. Premièrement, c’était la première fois que notre Union consacrait un an à la lutte contre la corruption. Deuxièmement, l’année 2018 a marqué un tournant important dans la campagne contre la corruption en Afrique, comme en témoigne la décision historique de la Conférence de consacrer le 11 juillet de chaque année à la Journée africaine contre la corruption. 

G. Programme humanitaire

i) Thème de l’année 2019: «Année des réfugiés, des rapatriés et des déplacés internes en Afrique: Vers des solutions durables aux déplacements forcé en Afrique»

ii) Agence humanitaire africaine

La Commission a défini les fonctions et objectifs généraux de l’Agence comme suit: (i) renforcer les capacités des États membres par la formation et les initiatives connexes, notamment en matière de préparation et d’intervention ; (ii) élaborer et diffuser des données et des informations régulières et complètes sur les déplacements et les crises humanitaires qui peuvent survenir sur le continent ; (iii) établir des mécanismes de coordination solides sur les questions humanitaires, en développant le partenariat et la coordination avec les États membres, les CER, les partenaires internationaux, les communautés locales et la population affectée ; (iv) renforcer, gérer et déployer une capacité flexible de réaction rapide en prenant en compte les mécanismes régionaux existants.

iii) Capacité africaine de gestion des risques (ARC)

L’Agence ARC a été créée pour aider les États membres à améliorer leurs capacités à mieux planifier, préparer et réagir aux phénomènes météorologiques extrêmes et aux catastrophes naturelles. À ce jour, dix-neuf (19) États membres ont conclu des protocoles d’accord avec l’ARC afin de mettre en oeuvre le programme de renforcement des capacités de l’ARC visant à renforcer les capacités nationales de gestion des risques de sécheresse et à assurer un engagement éclairé dans le pool d’assurance risque géré par l’ARC Insurance Company Ltd, une filiale de l’ARC. L’ARC Insurance Company Ltd a, depuis lors, effectué des prestations d’assurance au Sénégal, en Mauritanie, au Niger et au Malawi pour un montant total d’environ 38 millions de dollars E.U. Ces prestations ont permis, entre autres, de financer la distribution de denrées alimentaires et la vente subventionnée d’aliments bétail, le repositionnement des produits alimentaires dans les zones touchées par l’insécurité alimentaire, les transferts de fonds et la reconstitution des réserves stratégiques de céréales qui ont été épuisées.

H. Migrations

La Commission a révisé le Cadre de politique migratoire pour l’Afrique (MPFA), initialement adopté à Banjul en 2006. La MPFA révisée a été adoptée par la Conférence de l’Union en janvier 2018, et sa mise en oeuvre a commencé la même année dans le cadre du plan d’action (2018-2030).

I - Questions transversales : les jeunes et l’égalité entre les hommes et les femmes

i) Promotion de l’autonomisation des jeunes

La Commission a concentré son travail sur trois domaines clés: l’amplification des voix des jeunes, le renforcement des politiques et la mise en oeuvre d’actions concrètes pour l’autonomisation des jeunes. En ce qui concerne l’amplification des voix des jeunes, en novembre 2018, j’ai nommé un Envoyé pour la jeunesse, conformément à la Décision du 2ème Comité technique spécialisé sur la jeunesse, la culture et le sport qui «a appelé la nomination d’un Envoyé de l’UA pour la jeunesse afin d’aider à plaider en faveur des questions de développement de la jeunesse en Afrique et a demandé à la Commission d’élaborer les termes de référence dudit envoyé». L’Envoyé de l’UA pour la jeunesse et le Conseil consultatif ont été inaugurés le 1er novembre 2018, lors de la commémoration de la Journée africaine de la jeunesse. Mme Aya Chebbi de la Tunisie, est la première personne à occuper ce poste. Ancienne boursière de Mo Ibrahim et titulaire d’une maîtrise en politique africaine de l’École d’études orientales et africaines, Mme Chebbi a fondé plusieurs plates-formes de développement de la jeunesse et y a travaillé, avec un accent particulier sur le panafricanisme, la jeunesse, la paix et la sécurité.

ii) Promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes et l’autonomisation des femmes

a) Mise en oeuvre du Protocole de Maputo sur les droits des femmes

Les questions liées à l’égalité entre les femmes et les hommes ont continué d’attirer l’attention de la Commission et d’autres organes de l’Union, conformément aux instruments pertinents de l’UA. L’une des principales activités entreprises au cours de cette période concerne la tenue, les 12 et 13 décembre 2018, à Addis-Abeba, d’une consultation de haut niveau pour accélérer la ratification, l’appropriation et la mise en oeuvre du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo).

b) Égalité entre les femmes et les hommes au sein des structures de gouvernance en Afrique

Outre sa valeur intrinsèque, la participation des femmes est essentielle à la formulation de politiques efficaces qui répondent aux besoins différents des hommes et des femmes. Je note avec satisfaction que l’Afrique a fait des progrès considérables en ce qui concerne la participation des femmes à la prise de décisions, dépassant l’Asie, le Pacifique et le Moyen-Orient. Toutefois, d’importantes variations sous-régionales persistent. En novembre 2018, 2591 parlementaires sur un total de 11037 étaient des femmes, ce qui porte la moyenne africaine de la proportion de femmes au parlement à 23 % contre 8 % en 1997. Sur 35 pays comptant plus de 33 % de femmes dans les parlements nationaux à travers le monde, on compte 9 pays africains, dont le Rwanda (61 %), la Namibie (46 %), l’Afrique du Sud (42 %), le Sénégal (42 %), le Mozambique (40 %), l’Éthiopie (39 %), la Tanzanie (37 %), le Burundi (36 %) et l’Ouganda (34 %). Bien qu’il s’agisse là d’un progrès louable, beaucoup de travail reste à faire et doit être fait pour accélérer la réalisation de la pleine égalité entre les hommes et les femmes au sein de nos parlements.

c) Stratégie de l’Union africaine en matière de genre

L’UA a récemment adopté sa première Stratégie en matière de genre, reposant sur les principes suivants : maximisation des résultats, exploitation des possibilités, promotion et protection des droits de la femme, renforcement des capacités institutionnelles ainsi que la responsabilisation et la garantie aux femmes et aux filles d’une voix influente dans tous les domaines de la vie. La Commission suivra activement sa mise en oeuvre et coordonnera tous les efforts connexes avec les parties prenantes concernées.

d) Fiche des scores de l’UA en matière de genre

La Fiche de scores africaine en matière de genre est un outil d’action convivial dont l’objectif principal est de fournir à la Commission et aux États membres un moyen de suivi et de responsabilisation facile à utiliser pour évaluer les progrès réalisés dans la mise en oeuvre de leurs engagements régionaux et mondiaux en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes. La fiche de scores africaine sur l’égalité des sexes sert également à récompenser et à reconnaître les progrès réalisés dans les États membres pour avoir fait des progrès significatifs dans la réalisation des engagements de l’UA visant à réduire les inégalités sociales, économiques et politiques entre les hommes et les femmes. La fiche de scores est le résultat d’une collaboration permanente entre la Commission et un certain nombre de cadres multilatéraux.

J. Mise en œuvre de décisions et de politiques spécifiques de l’UA

i) Mise en oeuvre des Décisions relatives à la Cour pénale internationale

Depuis plusieurs années, l’UA exprime sa préoccupation face aux opinions exprimées par la Cour pénale internationale (CPI) sur la question de l’immunité des chefs d’État et de gouvernement et d’autres hauts responsables, en particulier en ce qui concerne les États non parties au Statut de Rome et l’obligation des États parties de coopérer avec la Cour pour arrêter et livrer une personne contre qui elle a émis un mandat d’arrêt. 

ii) Le point sur les conclusions sur l’avis consultatif en cours de la Cour internationale de Justice sur l’Archipel de Chagos

Il convient de rappeler que la procédure orale sur les arguments présentés à la CIJ sur cette question a été reportée au 3 septembre 2018. En préparation de la procédure orale, la Commission a adressé une communication aux États membres les encourageant à informer le Greffier de la CIJ de leur intention de participer aux audiences sur les conséquences juridiques de la séparation de l’Archipel des Chagos de Maurice avant le 15 juin 2018. En collaboration avec le Gouvernement mauricien, la Commission a continué de collaborer avec les États membres afin d’assurer la présence d’un plus grand nombre d’États membres de l’UA dans la procédure orale devant la CIJ.

iii) Mesures de suivi du procès Hissène Habré

La lutte contre l’impunité est l’un des principes fondamentaux de l’UA. Sur la base de ce principe, le Sénégal a été chargé par la Conférence d’organiser les poursuites contre Hissène Habré, ancien Président du Tchad, et d’autres personnes pour des crimes commis au Tchad entre 1982 et 1990. L’Accord portant création des Chambres africaines extraordinaires (CAE) au sein du système judiciaire sénégalais a été signé le 22 août 2012. Il est entré en vigueur en février 2013.

K. Responsabilité au sein de la commission

Le Bureau d’éthique a été mis en place en août 2016 conformément aux dispositions pertinentes du Statut et Règlement du personnel de l’UA. Un de ses principaux mandats est de veiller à ce que tous les élus et les membres du personnel observent et exercent leurs fonctions conformément aux normes d’intégrité les plus strictes, requises par le Code et autres règles et règlements de l’UA. Le Bureau couvre toutes les activités administratives des organes de l’UA, des bureaux de représentation et des opérations de soutien à la paix. En 2018, le Bureau d’éthique a révisé le Code de déontologie et de conduite et la politique relative au harcèlement. Il a élaboré une politique sur les cadeaux, le code vestimentaire, les déclarations financières et d’actifs, la gestion des conflits d’intérêts et la protection des lanceurs d’alerte afin de renforcer la gouvernance institutionnelle. Toutes ces mesures se trouvent à différentes étapes du processus d’approbation.

L. Partenariats stratégiques de l’UA

Certains des partenariats existants ont été jugés stratégiques, tandis que d’autres ont été jugés potentiellement stratégiques au cas où leur portée, leurs mécanismes de mise en oeuvre et leurs impacts peuvent être améliorés. L’évaluation a recommandé d’autres partenariats potentiels importants pour l’Afrique. Il a également été recommandé que la Commission et d’autres organes renforcent leurs capacités internes en vue d’une meilleure gestion des partenariats de l’Afrique et de la promotion de la voix de l’Afrique sur la scène mondiale. La Commission a continué de progresser dans plusieurs partenariats stratégiques, notamment la TICAD, le FOCAC et l’UA-UE. Dans ce contexte, la Commission a organisé avec le Japon, les Nations Unies et d’autres partenaires la réunion ministérielle de la TICAD à Tokyo en octobre 2018. Cette réunion préparatoire du Sommet de la TICAD à Yokohama en août 2019 a examiné les progrès accomplis depuis le dernier Sommet et identifié des moyens pour améliorer la performance de la TICAD, en particulier en ce qui concerne la mobilisation des investissements en Afrique, un domaine dans lequel l’évaluation de la TICAD est encore en cours, bien que la composante aide au développement soit sur la bonne voie. La Commission a également participé au sommet du FOCAC à Beijing en septembre 2018. Le plan d’action de Beijing a tenu compte des priorités de l’intégration régionale dans ses huit initiatives majeures et a défini le rôle de l’UA, le cas échéant. De nombreuses activités dans le cadre du partenariat UA-UE ont permis de réaliser des progrès significatifs dans la mise en oeuvre des résultats du Sommet d’Abidjan dans ses quatre domaines prioritaires. 

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